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Edito février 2011

lundi 31 janvier 2011, par Webmaster

Écologiste convaincu de l’extrême gravité de la situation et en cela atterré par l’attentisme des décideurs, Hervé Kempf (1) publie un troisième volume (2) exprimant sa vision du monde.

Écologiste convaincu de l’extrême gravité de la situation et en cela atterré par l’attentisme des décideurs, Hervé Kempf (1) publie un troisième volume (2) exprimant sa vision du monde. Comprendre les mécanismes qui régissent nos sociétés et détecter les rouages qui en pervertissent le fonctionnement semble être son obsession et le moteur de sa participation à ce qui pourrait déclencher la mobilisation salutaire : « Identifier le mal c’est se donner les moyens de le guérir » écrit-il. Dans « Comment les riches détruisent la planète », il démontrait le rôle néfaste des riches dans la force d’attraction consumériste qu’ils exercent sur les couches sociales sous jacentes avec effet domino jusqu’en bas de l’échelle. Dans « Pour sauver la planète, sortez du capitalisme », il concluait avec force arguments que sans changement de modèle économique, point de salut écologique. Avec « L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie », Hervé Kempf donne l’alerte avant qu’un discours vicié ne se vulgarise : la démocratie porterait la responsabilité de l’incurie des gouvernements face aux enjeux environnementaux. Énormités contredites par les sondages d’opinion : en dépit d’une forte désinformation, une majorité de citoyens inquiets attendent des mesures concrètes que les lobbies sabordent en coulisse. La démarche de l’auteur consiste à démontrer que la démocratie ne peut être mise en cause car elle n’est plus, remplacée subrepticement par l’oligarchie, régime politique oublié depuis la Grèce antique. Il explique : « Ce vide conceptuel est un piège redoutable. Car qui oserait prétendre que nous sommes en dictature ? (…) Rien de plus difficile que d’appréhender quelque chose qu’aucun terme ne désigne (…) et quoi de plus efficace qu’un pouvoir dont le mot manque ? » (3)

On ne sort pas de la lecture de ce livre comme on y est entré. Avant, on ne s’autorisait pas, en dépit de tout, à affirmer que les pays occidentaux ne sont plus démocratiques. Après démonstrations très documentées de l’auteur, il est clair qu’il n’y a plus de « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Avant lecture, les oligarques n’étaient qu’une catégorie sociale commettant des abus graves, déniant souvent la démocratie. Mais, rien ne permettant de parler de dictature, ces dérives restaient comme des verrues dans le champ démocratique. Après lecture, on a clairement pris conscience que ces transgressions sont le cœur d’un régime politique nouveau où le peuple méprisé est manipulé par une pieuvre aux ramifications complexes, qui exerce le pouvoir réel en ne respectant que les oripeaux de la démocratie que sont devenues les élections et la liberté de presse.

Maintenant que nous savons, comment allons-nous manifester notre indignation, notre refus de cette mascarade démocratique ? Comment vont réagir les forces de progrès ? Les prochaines campagnes électorales pourront-elles faire l’impasse sur ces évidences ? Si le propos d’Hervé Kempf est entendu, la réhabilitation de notre démocratie n’est-elle pas le préalable à tout ?

Alain Duez

1) Journaliste au journal Le Monde et écrivain

2) "L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie", Hervé Kempf, éd. Le seuil – 14 €

3) Longue interview de l’auteur : http://www.franceculture.com (émission Terre à terre samedi 22 janvier)

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