Il y a un an, à l’occasion du salon de l’agriculture, Nicolas Sarkozy annonçait que « l’environnement, ça commence à bien faire ». Cette année sur le même salon, le président a jugé « particulièrement déplacée » la campagne de sensibilisation aux dégâts provoqués par le productivisme agricole, lancée très opportunément à l’intention des Parisiens par la Fédération nature environnement (FNE) (1). Benoît Hartmann, porte-parole de la FNE, précise que « nous voulions placer la thématique environnementale au cœur du salon. Depuis un an, nous n’arrivons plus à faire progresser nos idées, et ce qui semblait être des acquis du Grenelle, même s’il s’agissait déjà de compromis, est remis en cause, alors on change de ton. Notre rôle est d’alerter l’opinion ». Grand branlebas dans Landerneau… Très concernés, des élus bretons montent au créneau. Outrés, d’aucuns réclament même la suppression des subventions publiques accordées à la FNE qui rassemble quelques 3 000 associations environnementales ! Le ministre de l’Agriculture Bruno Lemaire parle de provocation dans une tribune confiée au journal Libération (2), dans laquelle il délire littéralement sur le caractère exemplaire de notre modèle agricole. L’essentiel n’est pas là : en France, les politiques n’ont plus réellement droit au chapitre en matière d’orientation agricole. Il faut entendre le discours de Jean-Michel Lemétayer (3), prononcé lors du 64ème congrès de la FNSEA (4), qu’il présidait encore en mars 2010. Arrogant face au ministre, haineux envers les associations, populiste, cynique… M. Lemétayer reconnaissait un désastre économique ainsi que la faillite financière et sociale de l’agriculture, mais faisait fi de l’écrasante responsabilité de son syndicat dans cet état de fait, sachant qu’il a participé pleinement à tous les choix qui ont marqué l’agriculture depuis 50 ans. La plus lourde conséquence étant la répartition très injuste des aides financières : elles servent toujours, indirectement, à faire disparaître les petits paysans au profit des gros. La preuve est établie sur le terrain que d’autres modèles agricoles sont possibles. Ils existent, mais vont à l’encontre de tout ce qui a amené aux dégâts dont la FNE ne dénonce que quelques aspects. Y compris la détresse humaine de ceux qui, écoutant les sirènes productivistes, se sont laissés entraîner dans le piège de l’endettement. Entre autres, depuis plus de 30 ans, le Cedapa (5) a fait la démonstration de pratiques où l’on travaille moins, où l’on s’endette peu, où on ne pollue pas et ou l’on gagne plus. Le modèle est généralisable, qu’attend la FNSEA ? Le problème, c’est que cela ne va pas dans le sens qui convient aux lobbies qui, par paysans interposés, empochent le gros des plus values produites « du sol à l’assiette », dont les généreuses subventions européennes à l’agriculture.
Alain Duez
1- Fédération nature environnement de quelque 3000 associations. La campagne consiste en l’affichage dans 3 stations de métro parisien de 6 affiches dénonçant OGM, pesticides et algues vertes dont 3 ont été censurées par la RATP au motif du « devoir de neutralité de la fonction publique » Sous quelles pressions ?
2 - http://www.liberation.fr/terre/0101...
3 - http://www.fnsea.fr/sites/webfnsea/...
4 - Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles.







