Le journal l'âge de faire
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edito avril 2011

mercredi 6 avril 2011, par Webmaster

En marge du dérapage de notre démocratie vers l’oligarchie tel que l’a décrypté Hervé Kempf dans son dernier livre (1), le rituel des élections ne pourra plus tenir longtemps sans dérives extrémistes.

En marge du dérapage de notre démocratie vers l’oligarchie tel que l’a décrypté Hervé Kempf dans son dernier livre (1), le rituel des élections ne pourra plus tenir longtemps sans dérives extrémistes. En l’état, face à l’inéluctable, les partis politiques progressistes sont face à un mur, impuissants, sans perspectives, incapables d’engagements crédibles. Sans oser envisager les changements radicaux qui s’imposent de toute évidence, en composant avec un modèle économique condamné, ils se décrédibilisent. Plus au fait des réalités du terrain, plus en quête de vérité que de promesses, les électeurs ne s’y trompent pas en désertant les bureaux de vote. Le sentiment de précarité gagne, dans une société fragilisée par sa totale dépendance à des énergies qui se raréfient ou sont dangereuses, à des technologies nouvelles lancées subrepticement sans précautions, à des multinationales qui jonglent avec l’emploi, au casino de la spéculation financière mondialisée... Il n’y a pas d’avenir si l’objectif reste la croissance économique par le productivisme et la consommation de masse, si l’économie reste sous le joug des agences de notation et des marchés financiers, si les réalités écologiques ne sont pas prises d’urgence à bras le corps. « Une telle situation ouvre aux forces de transformation et notamment à l’ESS (2) des opportunités importantes mais aussi des responsabilités considérables », nous dit Patrick Viveret (3). La balle est dans notre camp et ce n’est que dans le changement progressif des paradigmes de notre économie que viendra le salut. Si les initiatives se multiplient, elles ne touchent encore que des cercles restreints, sans commune mesure avec les besoins. Les outils de l’ESS et d’autres réalisations expérimentales existent et témoignent de leur pertinence. Si l’on y croit, il faut investir dans ce qui permettra la généralisation progressive de ces réalisations prometteuses, a priori reproductibles partout si les conditions sont favorables. Il ne suffit pas de s’indigner parce que la grande distribution s’empare de la bio et du commerce équitable, que les banques se lancent dans la finance solidaire : pourquoi ne le feraient-elles pas, au nom de quoi pouvons-nous les en empêcher ? Les nouveaux chantiers sont à la fois à notre portée et à notre porte, à nous de proposer des offres de proximité réellement solidaires et plus attrayantes. Dans le cadre des Etats généraux de l’ESS qui se préparent sous l’égide de Claude Alphandéry (4) et qui se tiendront les 17, 18 et 19 juin au Palais Brongniart à Paris, notre numéro de mai sera en partie consacré à la proposition que fait L’âge de faire, ambitieuse et réaliste, à la hauteur des enjeux.

Alain Duez

1- Journaliste et écrivain. L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie, éd. Le Seuil (2011) 14 €.

2 - Economie sociale et solidaire.

3 - Conseiller référendaire à la Cour des Comptes, philosophe et essayiste altermondialiste.

4 - Fondateur de France active et du Labo de l’ESS. A lire : Une si vive résistance, éd. Rue de l’échiquier (2011) 9,90 €.

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