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Tahara Haidara

mardi 5 juillet 2011, par Webmaster

Tahara Haidara, femme au caractère bien trempé, tente de faire reculer les préjugés. Elle se bat pour la dignité et l’indépendance à travers l’Association des femmes handicapées de Tombouctou.

Tombouctou, aux portes du désert malien. La chaleur est écrasante, le vent chaud balaye les rues ensablées. Des hommes palabrent sous des arbres et des touaregs chargés d’argenterie guettent les rares touristes s’aventurant dans cette zone classée rouge face aux risques terroristes. Dans ce décor, une femme boîte, boubou et robe assortis, regard brillant et sourire dévastateur. Tahara Lala Haidara Cissé est belle. « Je vais au marché. Si les gens me regardent, ce n’est pas mon problème. Je ne suis pas quelque chose que l’on doit regarder. Je suis un être humain, comme tout le monde. » Femme malienne, handicapée depuis l’enfance : on pourrait appeler cela la triple peine. Car dans un des pays les plus pauvres du monde, c’est l’accès à l’eau, à l’éducation, à la santé, au travail qui sont encore plus précaires pour ces femmes cabossées par la vie. Handicap International estime que les personnes handicapées représentent plus de 7% de la population du pays. Comme ce chiffre, la discrimination et les préjugés à leur encontre sont extrêmement forts. Alors Tahara peste : « Les gens pensent qu’être handicapé est quelque chose de grave et que tu dois rester à la maison. Ils te voient d’un autre œil. Les familles cachent leurs handicapés, c’est une honte.  » Même son de kora pour Abdoulaï Koulibali, délégué régional au développement social malien : « Avant, les personnes handicapées étaient vues comme des personnes qui apportaient à la famille du malheur, comme si on leur avait envoyé un mauvais sort.  » L’emploi du passé n’est pas anodin. Depuis 2005 et la création de l’Association des femmes handicapées de Tombouc¬tou (AFHT), un vent de changement souffle sur la capitale. On le doit à Tahara, ce bout de femme déterminée, une sorte de wonderwoman malienne, patronne d’une auberge en dépit des avis masculins et mère de quatre enfants. Voyageuse militante, elle met à mal la loi du silence et s’acharne à faire reconnaître le droit des femmes. Son courage, elle l’explique humblement : « Moi j’ai eu de la chance parce que ma famille, intellectuelle, ne m’a jamais cachée, j’ai été à l’école, appuyée par mes parents. J’y allais à pied, c’était très dur, mais c’est cela qui m’a donné du courage. Les autres n’ont pas eu cette chance. » Un courage qu’elle a voulu partager.

« Ne pas être à la charge de la famille »

L’association rassemble aujourd’hui 65 femmes, pour la plupart atteintes de poliomyélite. Sans aide de l’Etat, elles fabriquent de l’artisanat (teinture, savons), pour dégager des revenus et tenter de s’émanciper financièrement. « On veut être indépendantes et pouvoir faire ce que l’on veut pour nous mêmes mais aussi pour d’autres personnes. Nous ne voulons pas être à la charge de la famille et de la société  », insiste Tahara. Aujourd’hui, elle rêve de transformer l’AFHT en un centre de formation professionnelle, pour que les femmes prennent part au développement économique local. Elle mise aussi sur le développement des micro-crédits. Ce lieu de rencontre où elles papotent, travaillent et chantent, permet au quotidien à Aïcha, Fatima, Aïssatou et les autres de trouver un espace qui bannit la solitude et ébranle le poids du regard de l’autre.

Un regard qui pèse moins lourd depuis que l’action de l’AFHT a trouvé écho auprès d’acteurs de la solidarité. L’association toulousaine Via Brachy, par exemple, dont le projet de caravane solidaire emmène des personnes handicapées et valides à travers l’Afrique de l’ouest, vient régulièrement pour des temps de rencontre et des ateliers. Quand les toubabs sont là, les femmes arrivent en masse, en boitant ou rampant au sol. Les tenues sont colorées, les bijoux clinquants et les regards lumineux soulignés au khôl. On convoque les griots, on danse, on rit. Et on oublie. « La présence de blancs, chaque année, y compris handicapés, qui font des kilomètres pour venir seulement échanger avec nous, ça nous va droit au cœur », murmure Tahara. Elle qui a voyagé, en Europe et aux Etats-Unis, réfléchit à l’organisation d’une conférence internationale sur le handicap à Tombouctou « pour que les personnes handicapées du monde entier se rendent compte de ce que nous vivons ». Audrey Bregou

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Ecologie, Citoyenneté, Solidarité.

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