Il est urgent de lever le pied : selon l’Agence internationale de l’énergie, les émissions de gaz à effet de serre devront diminuer à partir de 2017, si l’on veut limiter à 2°C la hausse de température sur l’ensemble de la planète. Les dernières discussions internationales sur le réchauffement climatique, qui ont (encore) accouché d’une souris (lire ci-contre), ont montré les limites de cette approche par le haut : non seulement les négociations sont longues et peu efficaces, mais les accords portent sur une vision purement comptable de la lutte contre l’effet de serre. Cette vision réductrice tourne parfois à l’absurde. C’est le cas avec le programme Redd+ mis en place par les Nations unies pour lutter contre la déforestation (lire p.3) : anticipant sur la création d’un « marché carbone », des entreprises achètent des forêts ou des terres dont elles chassent les habitants sous prétexte de planter ou de protéger les arbres. Les « crédits carbone » ainsi obtenus pourront être vendus à d’autres entreprises… leur donnant le droit d’émettre du gaz carbonique !
Loin de cette logique qui reproduit les travers du libéralisme économique, nous nous penchons dans ce numéro sur des initiatives qui donnent une dimension humaine à l’écologie. Leurs auteurs n’affichent pas seulement leurs émissions de CO2 : ils parlent de création d’emploi ou de réduction du temps de travail, du transport des écoliers et des personnes âgées, de vie en plein air et d’amour pour un vieux métier… Les uns veulent remettre au goût du jour le transport fluvial (p.12-13) ; d’autres proposent les services de vélos-taxis ou d’un attelage d’ânes (p.2 et 5) ; un père de famille se rend au travail à vélo et pédale une heure chaque jour sur les chemins de traverse (p.14-15)… Certes, ils n’inverseront pas à eux-seuls la courbe de température du globe. Mais ils montrent que l’on peut sortir des autoroutes et inventer, avec bonheur, de nouvelles voies qui nous ressemblent. C’est quand même moins triste qu’un bilan carbone !
Autre remède à la tristesse : le film Tous au Larzac, de Christian Rouaud. Nous avons recueilli les témoignages de plusieurs protagonistes du film et d’autres paysans du plateau, parmi lesquels le plus célèbre d’entre eux, José Bové (p.8-9). La réussite de cette lutte, qui a mené à une gestion collective du foncier et à une indéfectible solidarité entre des gens qu’a priori tout opposait, « donne envie de se lever » comme le disent de jeunes spectateurs après la projection du film. Elle donne aussi espoir aux agriculteurs, élus locaux, retraités, jeunes squatters… qui refusent la création d’un nouvel aéroport à proximité de Nantes (p.1, 3 et 9). Tous défendent « un projet de société qui propose d’économiser l’espace agricole et de lutter contre le réchauffement climatique ». Du bon sens, à l’heure où il est urgent de lever le pied.







