
Sur 182 employés vous êtes 102 à défendre la reprise de l’usine par les salariés. Comment avez-vous construit ce projet ?
Au printemps 2010, nous avons eu un gros conflit sur les salaires. A partir des chiffres de la direction, nous avons calculé que sur une boîte de thé vendue 1,80 à 2,60 euros en magasin, le coût du travail s’élevait à 0,16 euro. Cette analyse a aidé à faire grandir les consciences. Alors quand la direction a annoncé la fermeture, en septembre 2010, en disant que l’entreprise n’était plus rentable, aucun salarié ne l’a crue. Nous avons rédigé un document qui lançait les bases de notre projet. On nous a dit que c’était « rocambolesque, fada »… Puis nous avons fait le tour des collectivités locales, et la région a accepté de financer une étude de notre projet. C’est ce dossier réalisé par un expert, que nous avons présenté à la Région et à l’Etat.
Savez-vous vers quelle forme juridique vous vous dirigez ?
La SCIC (Société coopérative d’intérêt collectif) nous paraît la meilleure formule : des collectivités locales et des privés sont intéressés pour s’y associer. Mais on ne ferme la porte à aucune possibilité. Tout ce qu’on sait, c’est que le collectif de salariés doit être majoritaire pour décider des choix stratégiques.
Sous quelle forme les salariés apporteraient-ils leur part de capital ?
Nous demandons que l’outil industriel, que nous avons contribué à développer par notre travail, appartienne au collectif des salariés. D’autre part dans son plan social, Unilever prévoit une clause attribuant 20 000 euros à chacune des personnes qui créeront leur entreprise. Nous demandons que la somme monte à 50 000 euros et nous mettrons cet argent dans le pot commun. Ceci est indépendant des indemnités que nous demandons pour le préjudice subi depuis le début de la lutte.
Que pensez-vous de l’idée selon laquelle des salariés pourraient utiliser leurs indemnités pour reprendre l’entreprise qui les licencie ?
Les solutions doivent être étudiées au cas par cas. On nous a comparés à Seafrance, mais ce n’est pas la même situation : Seafrance était une entreprise d’Etat en difficulté financière, alors qu’Unilever est une multinationale dont la grande partie du résultat part aux actionnaires
Votre projet prévoit de recourir au commerce équitable et aux circuits courts…
Nous ne voulons pas traiter les producteurs de thé comme des esclaves, même si la matière première doit nous coûter plus cher. Les circuits courts concerneraient les arômes et certaines plantes pour les infusions. C’est là que les collectivités locales ont un rôle à jouer.
Vous demandez aussi à ce qu’Unilever ne lâche complètement l’entreprise qu’au bout de plusieurs années.
Il faut savoir qu’Unilever a déshabillé complètement notre entreprise de l’amont (fournisseurs) et de l’aval (commercialisation). Nous préconisons que le groupe crée les conditions pour nous permettre de fonctionner pendant cinq à dix ans, par exemple en nous confiant des productions. Cela correspondrait à ce que l’on appelle dans les plans sociaux « redynamisation du bassin de l’emploi », mais qui reste en général à l’état de belles paroles..







