
Manifester, c’est exister. » Voilà qui donne le ton. Au-dessus du bureau du maire trône en effet l’une des « écritures manuscrites blanches sur fond noir » de Ben. L’artiste, niçois d’adoption, rend parfois visite à Mouans-Sartoux, qui héberge un Musée d’art concret, et offrit à l’occasion d’un vernissage cette œuvre au maire. André Aschieri avoue avoir dressé ce « pavillon noir » pour avertir qui entre dans son bureau qu’on ne transige pas avec une certaine vision de la politique. « Ça fait office de test, en fonction de la réaction des gens que je reçois en rendez-vous, je devine un peu comment l’entretien va se passer » confesse-t-il.
Celui qui détient les clés de la municipalité depuis 1974, a mené depuis trente ans nombre de combats. Il s’est d’abord engagé au côté des paysans, lui qui était à l’époque l’intellectuel du village, pour préserver la commune d’un vaste projet immobilier qui l’aurait défigurée. Puis ce fut le tracé de l’autoroute, qui aurait dû tronçonner Mouans-Sartoux, le combat pour la réouverture de la gare SNCF, fermée depuis quarante ans, la lutte contre l’implantation d’un magasin Ikea et, surtout, la constitution en régie municipale de quasiment tous les services communaux. Depuis le service de traitement des eaux jusqu’à la cantine scolaire en passant par le service des obsèques : « A défaut d’être égaux dans la vie, je voulais que tous les Mouansois soient égaux face à la mort, alors j’ai créé les obsèques à un euro. » Le maire de Mouans-Sartoux (par ailleurs vice-président de l’Association des éco maires de France) confie cependant que depuis qu’il est grand-père, sa priorité reste les vivants, et plus spécialement les enfants. « Dès 1999, avec le scandale de la vache folle, le maire a décidé d’intégrer le bio au menu des cantines scolaires » explique Gilles Pérole, l’adjoint à l’enfance. Ce fut d’abord le bœuf, puis le pain, les pommes, les salades et les laitages. En 2009, 25% des menus étaient bio. L’année suivante, la commune a doublé ce pourcentage en ajoutant les pâtes, les céréales, les pommes de terre, les carottes et les compotes. Et, le 1er janvier dernier, les cuisines sont passées au 100%.
100% BIO
Mais le projet a vraiment pris forme en mars 2011, avec l’installation d’une agricultrice sur la commune. « L’idée de créer une régie agricole est née en 2008 » précise Gilles Pérole. « Comme on ne trouvait pas de petits producteurs bio en Provence pour répondre à nos marchés publics et qu’on ne voulait pas faire venir des poires d’Argentine, on s’est dit qu’on allait cultiver nos légumes nous-mêmes. On a donc cherché des terres sur la commune et en mai 2010, des employés des espaces verts ont fait des expérimentations sur le terrain avec des pommes de terre et des courges. » Le modèle imaginé par la municipalité est original : « Les terres sont la propriété de la commune, on a réaménagé un appartement dans le mas et l’agricultrice est salariée de la mairie. On est donc autoproducteur. » Une démarche qui permet aux Mouansois de ne plus dépendre des marchés publics et de limiter le transport des produits destinés à leur restauration scolaire. Aujourd’hui, les légumes servis dans les trois écoles de la ville mais aussi au centre de loisirs pendant les vacances, à la crèche et au personnel municipal parcourent entre 1,5 et 3,5 km avant d’être dégustés !
AIDEE PAR LES EMPLOYES DE LA MAIRIE
« Du 1er juillet au 30 octobre 2011, on a été autonomes en légumes » explique Gilles Pérole. « En 2011, ce potager municipal a produit 10 tonnes de légumes variés et de saison, soit un tiers de nos besoins. L’objectif de 2012 est d’être autonomes à 75% avec 22 tonnes. » Un projet à l’évolution progressive, qui n’a pas eu d’impact sur le budget des familles. En effet, le coût moyen des ingrédients pour un repas « est passé de 1,90 en 2009 à 1,70 euro en 2011, alors que la part du bio passait de 25% à 73% ! » se félicite un communiqué de la mairie. Ceci grâce à « la diminution de 75% des restes alimentaires, une optimisation de la gestion de l’économat, la disparition des emballages à la portion, une cuisson dernière minute et un accompagnement éducatif des enfants ». Les familles paient en fonction de leurs revenus : le repas et les deux heures de centre de loisirs sont facturés entre 2 et 5,30 euros selon le quotient familial. Au total, vingt personnes travaillent dans le secteur de la restauration scolaire et préparent chaque jour plus de 1 000 repas pour les écoliers. L’agricultrice fonctionnaire est régulièrement aidée par les employés de la mairie, mais aussi par les enfants qui viennent de temps en temps récolter des patates.
André Aschieri et les habitants de Mouans-Sartoux ont organisé une consultation populaire qui a largement désapprouvé le schéma de la préfecture qui prévoit de regrouper 27 communes.
Quand on lui dit qu’on a pris l’habitude de l’appeler Aschierix, le maire de Mouans-Sartoux, André Aschieri, avoue « que ça [le] flatte beaucoup ». Reste que l’irréductible Mouansois a bien du mal à mener son dernier combat, celui contre le vaste projet d’intercommunalité que souhaiterait imposer le préfet. « Nous souhaitons un projet intercommunal choisi par les élus et la population, à une échelle humaine, correspondant à un bassin de vie cohérent. D’ailleurs, Mouans-Sartoux a été à l’origine en 1992 de la première communauté de communes des Alpes-Maritimes, Provence d’Azur » explique sur son blog Marie-Louise Gourdon, adjointe au maire et élue au Conseil général. Or le schéma adopté par le préfet découpe le département en seulement quatre intercommunalités : à l’est, la métropole niçoise englobe la Riviera et ses hauteurs ; à l’ouest, Mouans-Sartoux serait noyé dans une communauté d’agglomérations de 27 communes. Sur ces 27 communes, 24 ont manifesté leur opposition au projet. Suivant l’exemple de trois autres localités, André Aschieri et ses administrés ont organisé une consultation populaire sur le sujet. Comme la mairie ne pouvait légalement organiser ce référendum, un collectif s’est créé afin d’ordonnancer la consultation. Laurent Broihanne était chargé de gérer le bureau centralisateur. « Tout s’est passé comme pour une élection normale avec des assesseurs, des procès-verbaux, les listes, les enveloppes. »
« MOBILISER LES ELUS » Le 21 novembre, 3 569 Mouansois ont voté. Avec 45,9% de votants et 97% de non, le plébiscite contre la grande intercommunalité était probant. Le jour du référendum, tous les bureaux de vote habituels étaient ouverts. Les tracts diffusés sur le marché, les messages micro émis depuis une voiture circulant dans la commune, les deux réunions publiques organisées par la mairie mais surtout le bouche à oreille auront réussi à convaincre presque la moitié des électeurs. « Quand on nous donne l’opportunité de donner notre avis sur ce qui se fait dans la ville, il faut la saisir ! » commente Anne-Marie, auxiliaire de puériculture. « Nos deux enfants vivent à l’étranger, mais ils nous ont fait remplir des procurations. » Reste que la commission départementale de coopération intercommunale a malgré tout validé le schéma. « Le préfet va maintenant prendre un arrêté de périmètre qui sera soumis en 2012 à l’approbation des communes. Il faut que la moitié des communes représentant la moitié des habitants du département le valide. Ce qu’il y a de fou dans cette affaire, c’est qu’il n’y a eu aucune étude élaborée pour traiter les enjeux induits par l’intercommunalité » précise Marie-Louise Gourdon, qui siège dans l’opposition à la commission. Tout n’est donc pas perdu pour Mouans-Sartoux : « Il faut maintenant continuer de mobiliser les élus, souvent mal et peu informés » explique la conseillère générale.
Lorsqu’on interroge certains Mouansois, on comprend que l’échelon local est pour eux une force. « Ici, le citoyen est intégré à la politique municipale et à l’activité de la ville. Soit disant, le préfet voudrait casser le millefeuille administratif. Mais il s’agit surtout d’éloigner le citoyen des espaces de décision » commente Régis, guichetier à La Poste. De nombreux habitants craignent qu’une intercommunalité trop large ne remette en cause les projets de leur ville ou ne dilue leur impact sur les communes voisines. « Moi je n’aime pas qu’on appelle le maire Aschierix » confie Régis, « car qu’est-ce qu’il va devenir notre petit village si toutes ses initiatives ne font pas tâche d’huile ? »
Carole Brousse et Ludovic Fulleringer







