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vendredi 3 février 2012, par Webmaster

Dans l’industrie, le rachat d’une société par ses salariés n’ est envisagé qu’en dernier recours. Un collectif propose d’instaurer un droit de préemption des employés sur leur entreprise. La mesure pourrait faire évoluer les mentalités.

Le cas de la compagnie Seafrance, placée en liquidation judiciaire avant que les salariés intéressés par une reprise n’aient pu construire un projet solide, est symptomatique : dans le monde des grosses entreprises, « la Scop est souvent le projet de la dernière chance » constate Stéphane Veyer, directeur de la coopérative d’activité et d’emploi Coopaname. « Une fois que l’entreprise a perdu son carnet de clientèle, sa crédibilité, ses fournisseurs et ses éléments les plus dynamiques, le projet de Scop arrive comme un cheveu sur la soupe : il est déjà trop tard. »

Pour Jean-Pierre Caldier, qui anime le projet Agir pour une économie équitable (AP2E), le problème vient du fait que les salariés ne sont considérés comme des repreneurs potentiels qu’en dernier recours. « Ils n’ont leur mot à dire que quand la situation est catastrophique, que plus personne ne veut de l’entreprise et qu’ils se sont battus contre sa fermeture. » C’est pourquoi AP2E a lancé, il y a près de deux ans, la rédaction d’une proposition de loi instaurant un droit de préemption des salariés lors de la vente de leur entreprise. Débutées le 27 octobre dernier avec une soixantaine de personnes, des séances de travail collectif doivent permettre d’affiner la proposition pour la rendre efficace et renforcer ses chances d’être adoptée par les parlementaires. La présence de députés a ainsi permis d’adapter le texte au « travail du législateur ».

UNE PROPOSITION DE LOI

La prochaine rencontre est prévue le 2 février à l’Assemblée nationale. « Nous aurons pratiquement tous les représentants de l’économie sociale et solidaire, et des partis politiques de la gauche jusqu’aux centristes. » AP2E mène également des démarches en direction du gouvernement et des syndicats pour « rassembler le plus largement possible ». Jean-Pierre Caldier et sa complice Sylvie Mayer, ancienne députée européenne pour le Parti communiste, ont aussi invité des salariés concernés par l’actuelle vague de licenciements. « Il y aura des employés de Fralib, de Lejaby, d’entreprises du secteur des énergies renouvelables… Nous souhaitons que chacun, à partir de l’expérience de son entreprise, juge de l’efficacité du texte que nous préparons » souligne Jean-Pierre Caldier. Une fois la proposition corrigée, « on fera le tour de tous les partis politiques ».

« UN CONTRAT SOCIAL FORT »

L’initiative, si elle aboutit, devrait contribuer à changer les mentalités. Mais les milliers d’ouvriers et de cadres confrontés à la mise en vente de leur entreprise, seront-ils prêts à quitter le salariat classique pour investir un projet de coopérative ? « S’il y a autant de réticences de la part des syndicats pour soutenir les reprises, c’est parce qu’ils sentent bien qu’il est difficile de prendre en charge les entreprises en tant que managers » analyse Jean-Pierre Caldier. « C’est aussi pourquoi certains salariés préfèrent toucher leurs indemnités et ne pas les remettre dans l’entreprise. C’est un obstacle sur lequel personne ne s’est vraiment penché. »

Les créateurs de coopératives de production sont soutenus par les Unions régionales des Scop, qui ont acquis une expertise dans le montage et l’accompagnement de ces entreprises. « On peut apporter un suivi technique sur les aspects comptables et la gestion » explique Cyrille Rodriguez, délégué régional de l’Urscop Paca. « On peut également aider le collectif à bien définir son projet et à le mettre en place, et intervenir sur les aspects plus humains. Mais il n’y a pas de recette toute faite pour que chacun se sente bien au sein d’une coopérative. »

Et si cette aide s’avère souvent précieuse pour les groupes qui ont mûri leur projet de travailler ensemble, elle parait insuffisante pour que les employés d’une grosse entreprise se transforment en coopérateurs. Question de culture, d’abord : « Dire « maintenant c’est toi le citoyen et le responsable », à quelqu’un qui a baigné durant toute sa carrière dans les rapports classiques au temps, au pouvoir et à la propriété, ça ne marche pas toujours » estime Stéphane Veyer. « Les gens risquent de reproduire le schéma classique : les salariés se remettent dans une posture de revendication, le patron se comporte comme le seul maître à bord. » Question de temps, aussi. « La difficulté, c’est qu’une Scop n’est pas une entreprise comme les autres. Elle repose forcément sur un contrat social fort » poursuit Stéphane Veyer. « Or la démocratie est quelque chose de très long à se mettre en œuvre. » Si les salariés n’ont pas envisagé suffisamment tôt de reprendre leur entreprise, ils n’ont donc pas grand-chose à quoi se raccrocher.Pour combler ce vide, le directeur de Coopaname propose une piste à creuser. « Dans les coopératives d’activité et d’emploi, l’entrepreneur-salarié lance son activité et intègre son risque à l’intérieur de la coopérative. Est-ce qu’il ne faudrait pas essayer de décalquer cette méthode à une échelle plus vaste ? On peut imaginer une sorte d’organisme qui permettrait aux coopératives de reprendre l’activité dans un cadre juridique qu’on leur prêterait. Cela laisserait au projet le temps de mûrir, et ce stade intermédiaire permettrait de libérer les collectifs de salariés du risque. »

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