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Du nouveau sur l’industrie du jouet : interview de Debby Chan, militante chinoise

mercredi 1er décembre 2010, par Webmaster

Debby Chan, responsable de l’ONG chinoise SACOM, etait à Paris dans le cadre de la campagne « C’est pas du jeu ! ». Elle a donné notamment un petit déjeuner de presse mardi 30 novembre.

Des propos recueillis par Lisa Giachino, pour www.lagedefaire.org

« Maintenant, les ouvriers parlent plus facilement »

Debby Chan est l’une des coordinatrices de la Sacom, l’association chinoise Etudiants et universitaires contre la mauvaise conduite des entreprises. De passage à Paris dans le cadre de la campagne « C’est pas du jeu ! », elle a répondu (par téléphone) à nos questions.

Depuis un an, soutenue par les ONG européennes de la campagne C’est pas du jeu !, la Sacom fait pression sur les multinationales qui sous-traitent avec des entreprises chinoises. Avez-vous constaté une évolution de la situation ?

Après notre première enquête menée en 2009, nous sommes retournés cette année dans l’une des usines étudiées, Tian Yu Toys. La campagne a permis des améliorations : les ouvriers ont maintenant des feuilles de salaire, ce qui a mis fin aux tricheries et à l’arbitraire sur les paiements. Ils ont aussi reçu une copie de leur contrat. Mais ils sont encore payés trente jours après la date normale, n’ont pas d’assurance sociale, et sont obligés de faire des heures supplémentaires en quantité excessive. La pression de la campagne a aussi permis la constitution d’un Comité de travailleurs démocratiquement élu, et certains ont réussi à se faire rembourser des déductions illégitimes sur leurs salaires.

Ces résultats ont-ils incité les ouvriers à se battre pour leurs droits ?

Oui, ce comité de travailleur a déjà porté des revendications à la connaissance de la direction. Au début de nos enquêtes dans l’usine Tian Yu Toys, il était très difficile de gagner leur confiance. Maintenant, ils parlent plus facilement et se servent de la campagne pour leurs revendications.

Dans vos rapports, vous regrettez la politique du cut and run (sauve-qui-peut) pratiquée par les multinationales lorsque l’un de leurs sous-traitants est accusé de maltraiter ses employés. Le fait de mettre en avant les abus de l’usine Tian Yu Toys, a-t-il provoqué le départ de certains de ses gros clients ?

C’est un point sensible et beaucoup de rumeurs ont couru, affirmant que Disney allait quitter Tian Yu. Nous avons connu ce genre de problème par le passé, mais heureusement, cela ne s’est pas produit cette fois. Par l’intermédiaire de la Fédération internationale de l’industrie du jouet, nous avons indiqué à Disney ce que nous voulions : que les conditions de travail des ouvriers soient améliorées, mais surtout, qu’il ne quitte pas l’usine.

Avez-vous obtenu une réponse de la part de Disney ?

En octobre, avec les ONG européennes de la campagne « C’est pas du jeu ! », nous avons mené une action de protestation devant les bureaux de Disney à Hong-Kong. Le responsable n’a pas souhaité nous rencontré, il a dit qu’il nous répondrait plus tard mais ne l’a toujours pas fait. Nous ne demandons pas seulement aux multinationales de peser de façon ponctuelle sur les fabricants pour que les conditions de travail soient améliorées. Il faut qu’elles augmentent les prix à la commande et les délais de livraison, pour ne plus faire peser une pression insupportable sur les usines chinoises.

Recueillis par Lisa Giachino, pour www.lagedefaire.org

Voir en ligne : La campagne c’est pas du jeu

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