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La fondation Abbé Pierre sort un rapport « très noir » sur le mal logement

mercredi 2 février 2011, par Webmaster

« Actuellement, l’accession à la propriété est profondément inégalitaire »

La fondation Abbé Pierre a présenté le 1er février son 16e rapport sur le mal-logement, qui se penche en particulier sur la politique du gouvernement en faveur d’une « France de propriétaires ».

« La fondation Abbé Pierre n’a rien contre l’accession à la propriété. Mais peut-on penser qu’une « France de propriétaires » va améliorer le sort des ménages modestes et mal logés ? » Christophe Robert, l’un des responsables de la fondation, l’a répété mardi 1er février à l’attention de Benoist Apparu. Le secrétaire d’Etat au logement, qui avait donné la veille une conférence de presse (lire aussi cet article), était présent à la présentation du rapport annuel de l’organisation fondée en 1988 par l’abbé Pierre. Un rapport « très noir » aux dires de ses auteurs, qui déplorent les conséquences inégalitaires des choix politiques et économiques du gouvernement.

Le second chapitre du document est consacré au souhait de Nicolas Sarkozy, exprimé en 2007, d’atteindre en France le chiffre de 70 % de propriétaires –ils sont 58 % aujourd’hui. Si la fondation reconnait que l’accession à la propriété « correspond aux aspirations de la majorité des ménages », elle regrette que cet objectif soit devenu « l’étendard presque exclusif de la conception [du président] sur la question du logement. Le mirage d’une propriété aux vertus magiques pour tous ne résiste pas à l’analyse de l’hétérogénéité des propriétaires et du processus inégal de développement de la propriété », ont écrit les auteurs du rapport.

Le document pointe en premier lieu les difficultés d’accès à la propriété : « Celle-ci ne se diffuse pas au même rythme dans toutes les catégories sociales. Malgré les mesures de soutien à l’accession, adoptées par le gouvernement ces dernières années, les résultats ne sont pas au rendez-vous, puisque les ménages modestes et les classes moyennes ont de plus en plus de mal à devenir propriétaires. » Selon la fondation, ils représentaient 45 % des acquéreurs de résidences principales en 2003 contre à peine plus de 30 % en 2008. « Les ménages les plus pauvres sont de moins en moins souvent propriétaires de leur logement, alors que les plus aisés le sont de plus en plus. »

Des bénéfices cumulatifs

Ainsi, loin de constituer un facteur de justice comme l’affirme le gouvernement, la propriété immobilière contribue plutôt à renforcer les inégalités : « Les bénéfices liés aux patrimoines sont cumulatifs et rebondissent dans le temps. Ceux qui ont fini de payer des charges de remboursement de prêt peuvent épargner ou acheter un autre bien et sont donc d’autant plus en mesure, à terme, de transmettre une partie de leur patrimoine à leurs enfants qui verront leurs efforts pour accéder à la propriété diminuer d’autant. Le logement contribue ainsi au creusement des inégalités de patrimoine en France qui sont bien supérieures aux inégalités de revenus. Les 10 % des ménages les moins fortunés disposaient en 2004 d’un patrimoine privé moyen de 810 euros contre 656 380 euros pour les 10 % des ménages les plus riches. » Et Christophe Robert de souligner : « En faisant la promotion de l’accession à la propriété, on renvoie la charge du coût du logement aux ménages. »

Autre problème : le piège du surendettement et de la précarité qui guette les ménages lorsqu’ils consacrent « une part trop importante de leurs revenus » -plus de 42 % pour les plus modestes- à l’accès à la propriété. Devenir propriétaire dans des conditions financières trop tendues peut également conduire à des situations de mal-logement dont il est difficile de s’extirper, lorsque le ménage ne peut ni remettre en état son bien, ni le revendre à un prix lui permettant de s’installer ailleurs.

Par ailleurs, les ménages modestes, pour accéder à la propriété, sont souvent contraints de choisir un bien en zone rurale ou semi-urbaine, ce qui leur occasionne des frais de transports importants, contribue à l’étalement urbain, et a également pour conséquence « un coût écologique lourd ».

Enfin, la fondation remarque que dans les pays qui comptent une majorité de propriétaires (Espagne, Grèce, Italie), l’absence d’une offre locative pose problème, notamment pour les jeunes qui peuvent difficilement quitter le domicile parental. « Une politique qui conduirait à réduire l’importance du parc locatif ferait l’impasse sur son utilité sociale et conduirait inévitablement à rendre encore plus problématique la crise du logement. »

Lisa Giachino pour www.lagedefaire.org

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