Le site du journal L'age de faire https://lagedefaire-lejournal.fr Solidaire, social et écologique Fri, 28 Feb 2020 14:48:17 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.3.2 https://lagedefaire-lejournal.fr/wp-content/uploads/2015/12/cropped-icone-150x150.png Le site du journal L'age de faire https://lagedefaire-lejournal.fr 32 32 Saillans, ou la démocratie expérimentale https://lagedefaire-lejournal.fr/saillans-ou-la-democratie-experimentale/ Fri, 28 Feb 2020 14:46:44 +0000 https://lagedefaire-lejournal.fr/?p=463206 Cet article Saillans, ou la démocratie expérimentale est apparu en premier sur Le site du journal L'age de faire.

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La Petite République de Saillans raconte les découvertes et tâtonnements de ces élu·es qui ont choisi, pour le meilleur et pour le pire, de partager le pouvoir avec les habitant·es. Un précieux retour d’expérience.

Maud Dugrand a grandi à Saillans, en Drôme. Revenue s’installer dans une commune proche, cette ancienne journaliste de L’Humanité a suivi de près l’élection, aux municipales de 2014, d’une liste pas comme les autres, qui avait décidé de placer les habitant·es au cœur des décisions politiques. Tout au long de la mandature, elle a échangé avec des élu·es et des habitant·es sur les réussites et les échecs de ce fonctionnement communal expérimental. Son livre, La Petite République de Saillans, dresse un portrait nuancé de l’aventure.
Sans jamais prétendre être un modèle, l’expérience de Saillans a été étudiée sous toutes ses coutures en tant que village précurseur. Son existence a, en effet, contribué à provoquer un déclic : pour les élections municipales à venir ce mois-ci, l’association Action commune a répertorié près de 250 listes participatives – sans compter toutes celles qui ne se sont pas inscrites sur la cartographie. Si certaines parviennent à être élues, le retour d’expérience du village drômois pourra se révéler précieux.
En matière de participation des habitant·es, la révision du Plan local d’urbanisme (PLU) est l’une des réalisations les plus abouties de l’équipe municipale… et l’une des plus douloureuses. Groupes d’étude, ateliers de promenade, travail sur des cartes géantes ou en 3D, réunions publiques, questionnaire individuel, ateliers de vidéo avec des jeunes… En deux ans, 434 personnes différentes, dans ce village de 1 300 habitant·es, ont participé au moins une fois au processus. Ce travail a permis de définir les objectifs de la révision : favoriser les solidarités locales, la proximité, la convivialité ; préserver et mettre en valeur le cadre de vie ainsi que le paysage et le patrimoine de la commune ; améliorer les déplacements et le stationnement ; inscrire la commune dans la transition énergétique.

Le PLU « ne convient à personne »

En parallèle, douze habitant·es tiré·es au sort ont travaillé avec quatre élu·es. Au rythme de deux réunions par mois, ce comité de pilotage s’est formé, a réfléchi ensemble, et a décidé du contenu du nouveau PLU. « Au sein du groupe, élus, habitants, chacun a la même place, le même temps de parole et bénéficie de la même écoute », a raconté Élise à Maud Dugrand. Cette habitante tirée au sort a eu l’impression de redécouvrir son village, de comprendre de nouveaux enjeux : « Une expérience vertigineuse car très exigeante. » Cependant, « nous avons manqué de temps pour aller au fond des débats entre nous, pour monter en compétence. Il m’a semblé difficile parfois de prendre des décisions éclairées ».
Sabine Girard, l’élue qui s’est énormément investie dans la révision du PLU, reconnaît que le nouveau texte « ne convient à personne » : pas de position politique forte, pas de prise en compte suffisante des enjeux de transition écologique – même si certains le trouvent au contraire trop militant et écolo. « Mais ce qui est intéressant, c’est que tout le monde a pu renforcer son argumentaire et élever le niveau du débat en vivant les divisions au sein des élus et des habitants » (1), souligne-t-elle.

« Il faut une formation intellectuelle pour entrer dans le cadre »

Ces divisions ont été révélées lors d’un conflit autour de l’habitat démontable. Fin 2018, la municipalité inaugure par ce thème « une série de cafés d’urbanisme autour de sujets inscrits dans le PLU », écrit Maud Dugrand.

Et là, surprise, une centaine de personnes se pressent au débat. La plupart, très remontées, soupçonnent la mairie de défendre ces nouveaux modes d’habitat.

Au bout du compte, le groupe de pilotage du PLU a voté l’interdiction officielle de l’habitat démontable sur la commune. « Je ne suis pas arrivée à l’écrire. Une collègue l’a fait à ma place. J’étais vraiment en conflit entre mes valeurs et ce qui a été décidé par le vote », raconte Sabine Girard.
Michel Gautheron, membre du conseil municipal, est un agent de la DDE à la retraite, passionné de marche et de chasse. Son « univers » n’est pas le même que celui de Sabine Girard, chercheuse et écologiste, et d’autres élu·es « néo-ruraux ». Maud Dugrand décrit la « position délicate » de Michel Gautheron : « être à l’écoute de la population réfractaire à ce nouveau mode de gouvernance dont beaucoup sont des gens avec qui il a grandi, et assumer d’agir au sein d’une équipe dans laquelle il se positionne souvent dans l’opposition ».
Ces différences, reflet de celles qui traversent le village, ne sont pas sans conséquence sur la participation politique. Car si le travail par petits groupes, cadré par des règles issues de la communication non violente, permet à de nombreuses personnes de s’exprimer et de prendre confiance en elles, il est nécessaire pour l’intégrer de savoir formuler ses idées en contrôlant ses émotions – une compétence inégalement répartie en fonction des milieux sociaux.

Il faut écouter ceux qui prennent la parole en hurlant car après ils ne hurlent plus et un vrai débat peut commencer, plaide Greg, un habitant. La méthode laisse du monde sur le côté, car il faut une formation intellectuelle pour entrer dans le cadre.

Pour ces municipales, une liste d’opposition s’est constituée dans la foulée du conflit autour du PLU. Elle épingle l’équipe actuelle sur ses erreurs, ses méthodes et ses choix politiques, mais ne remet pas en question la participation des habitant·es. Au sein de la majorité du conseil municipal, seuls quatre élu·es ont décidé de se représenter, aux côtés de nouveaux qui ont bien voulu se lancer dans l’aventure. Vincent Beillard, le maire actuel, ne sera pas tête de liste. Si elle est réélue, la liste annonce qu’elle testera d’autres formes de participation comme des assemblées de village, avec débats et votations.

Lisa Giachino
……………………………………………
1 – La Petite République de Saillans, Maud Dugrand, éd. du Rouergue, 2020. Toutes les citations de cet article sont tirées du livre.

Numéro 150 – Mars 2020

Dossier 4 pages : Jeunes des années 2020

Muriel est partie avec trois sous en poche en Palestine pour y rencontrer des paysans, Billel fait des maraudes pour porter des repas aux sans-abri, Noémie organise des ateliers autour de la décolonisation avec des adolescents, Geronimo documente la lutte des Gilets jaunes, Tristan part à la recherche de géants… Ils n’ont pas 25 ans mais construisent déjà un monde plus juste et joyeux. Rencontres.

Au sommaire du numéro 150

  • Édito : Le débat tronqué sur la police municipale / Saillans, ou la démocratie expérimentale
  • Bière + pain : la brewlangerie !
  • Femmes en lutte une création collective contre les meurtres d’amérindiennes / Entretien enseignement : « La profession n’a jamais été aussi énervée ! »
  • Projet Iter / Lessive à la cendre
  • Reportage / la nouvelle vague des magasins participatifs / Carte
  • Carte de la presse pas pareille
  • Actu / Assange / Huile de palme, le gouvernement plie face à Total
  • Économistes atterrés : Réforme des retraites : quand la technocratie prend la main
  • Lorgnette Zehra Doğan : l’art et la liberté plus forts que toutes les chaînes /
  • 5G mon amour, extrait
  • L’atelier Opération zéro déchet ! / au jardin / Couture & Compagnie / Le coin naturopathie
  • Fiche pratique La tour à patates
  • Diffusez L’âge de faire dans les campings

Jeunes des années 2020

Muriel est partie avec trois sous en poche en Palestine pour y rencontrer des paysans, Billel fait des maraudes pour porter des repas aux sans-abri, Noémie organise des ateliers autour de la décolonisation avec des adolescents, Geronimo documente la lutte des Gilets jaunes, Tristan part à la recherche de géants… Ils n’ont pas 25 ans mais construisent déjà un monde plus juste et joyeux. Rencontres.

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Jeunes des années 2020 https://lagedefaire-lejournal.fr/jeunes-des-annees-2020/ https://lagedefaire-lejournal.fr/jeunes-des-annees-2020/#respond Fri, 28 Feb 2020 12:52:43 +0000 https://lagedefaire-lejournal.fr/?p=463081 Cet article Jeunes des années 2020 est apparu en premier sur Le site du journal L'age de faire.

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Numéro 150 – Mars 2020

Dossier 4 pages : Jeunes des années 2020

Muriel est partie avec trois sous en poche en Palestine pour y rencontrer des paysans, Billel fait des maraudes pour porter des repas aux sans-abri, Noémie organise des ateliers autour de la décolonisation avec des adolescents, Geronimo documente la lutte des Gilets jaunes, Tristan part à la recherche de géants… Ils n’ont pas 25 ans mais construisent déjà un monde plus juste et joyeux. Rencontres.

Au sommaire du numéro 150

  • Édito : Le débat tronqué sur la police municipale / Saillans, ou la démocratie expérimentale
  • Bière + pain : la brewlangerie !
  • Femmes en lutte une création collective contre les meurtres d’amérindiennes / Entretien enseignement : « La profession n’a jamais été aussi énervée ! »
  • Projet Iter / Lessive à la cendre
  • Reportage / la nouvelle vague des magasins participatifs / Carte
  • Carte de la presse pas pareille
  • Actu / Assange / Huile de palme, le gouvernement plie face à Total
  • Économistes atterrés : Réforme des retraites : quand la technocratie prend la main
  • Lorgnette Zehra Doğan : l’art et la liberté plus forts que toutes les chaînes /
  • 5G mon amour, extrait
  • L’atelier Opération zéro déchet ! / au jardin / Couture & Compagnie / Le coin naturopathie
  • Fiche pratique La tour à patates
  • Diffusez L’âge de faire dans les campings

Jeunes des années 2020

Muriel est partie avec trois sous en poche en Palestine pour y rencontrer des paysans, Billel fait des maraudes pour porter des repas aux sans-abri, Noémie organise des ateliers autour de la décolonisation avec des adolescents, Geronimo documente la lutte des Gilets jaunes, Tristan part à la recherche de géants… Ils n’ont pas 25 ans mais construisent déjà un monde plus juste et joyeux. Rencontres.

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L’écriture inclusive : on s’y met tou·tes ? https://lagedefaire-lejournal.fr/lecriture-inclusive-on-sy-met-tou%c2%b7tes/ Thu, 20 Feb 2020 16:26:33 +0000 https://lagedefaire-lejournal.fr/?p=451428 L’écriture inclusive, que nous pratiquons depuis quelques années, ne fait toujours pas l’unanimité – y compris à la rédaction de L’âge de faire ! Pour répondre aux interrogations des personnes qui se demandent pourquoi nous encombrons nos textes de ·e, nous remettons en ligne notre « Guide de la grammaire féministe » publié en novembre 2016 dans…

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L’écriture inclusive, que nous pratiquons depuis quelques années, ne fait toujours pas l’unanimité – y compris à la rédaction de L’âge de faire !
Pour répondre aux interrogations des personnes qui se demandent pourquoi nous encombrons nos textes de ·e, nous remettons en ligne notre « Guide de la grammaire féministe » publié en novembre 2016 dans le numéro 113 (épuisé-en vente en PDF sur ce site).

Cliquez ici ou sur l’image pour télécharger le pdf de cette infographie.

Pour une grammaire non sexiste

Pour une grammaire non sexiste

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Reportage chez les égoutiers de Lyon https://lagedefaire-lejournal.fr/reportage-chez-les-egoutiers-de-lyon/ Fri, 14 Feb 2020 16:02:12 +0000 https://lagedefaire-lejournal.fr/?p=442561 Cet article Reportage chez les égoutiers de Lyon est apparu en premier sur Le site du journal L'age de faire.

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Le seul avantage – et la seule reconnaissance sociale – dont bénéficient les égoutiers pour leur travail indispensable est le départ en retraite anticipée, aujourd’hui menacé. Plongée au cœur d’un quotidien dangereux avec une équipe d’égoutiers lyonnais.

L’agent soulève la lourde plaque qu’il dépose à côté du trou béant. S’en échappe une vapeur épaisse à l’odeur caractéristique, « l’odeur d’égout ». « C’est pas trop gênant, on s’y habitue. » Un deuxième agent sécurise le trou avec des barrières. Les gestes sont routiniers, les procédures bien en place : un premier regard a déjà été ouvert et sécurisé, quelques centaines de mètres plus loin, pour faire appel d’air. « Maintenant on attend 15  minutes avant de descendre, le temps que l’air soit moins chargé, que ce soit moins dangereux. » Un troisième agent a sorti le matériel du camion et commence à s’équiper : cuissardes, gants épais, masque filtrant, casque avec frontale, détecteur de gaz, harnais. Dans son dos, un « masque auto-sauveteur » avec une petite capsule d’oxygène, en cas d’extrême urgence. Par-dessus, une combinaison jetable. « On est toujours au moins trois en intervention. On ne descend jamais tout seul, et le troisième reste en surface pour la sécurité des passants, faire passer le matériel, et au cas où il y ait un problème en bas. »

Selon le médecin biologiste Claude Danglot, qui a étudié de près le cas des travailleurs parisiens, les égoutiers ont une espérance de vie de 7 ans inférieure à l’espérance de vie des autres ouvriers. © ADF

Nous sommes sur un grand boulevard lyonnais, un mardi matin de janvier. Une équipe d’égoutiers de la métropole de Lyon – ils sont 250 au total – s’apprête à poser une vanne de curage. C’est une opération qui fait partie du quotidien : le dispositif bloque les eaux en amont et les relâche mécaniquement à partir d’une certaine pression, de manière à créer un courant suffisant pour emporter les matières qui stagnent en aval. Plus loin, ces « sédiments lourds » se déposent, par gravité, dans des bassins de dessablement plus profonds que les canalisations, bassins régulièrement curés par les égoutiers qui les remontent à la surface et les évacuent en station de traitement des boues. Si les effluents qui parcourent les 3 300 km du réseau de la métropole sont suffisamment liquides pour ne pas être piégés par les 200 bassins de dessablement, ils arrivent en station d’épuration où ils sont « traités » avant d’être rejetés dans la nature. « Effluents », « matières »…

Ne nous y trompons pas, les égoutiers sont très rarement confrontés à des crocodiles. Ils sont par contre en contact direct et quotidien avec tout ce que nous rejetons, à commencer par nos excréments. Matières fécales, urines, crachats, cheveux et autre crasse qui bouche parfois nos petites canalisations, virus en tous genres et bactéries ; il y a aussi les mégots et les sacs plastique, les gaz d’échappement et les particules toxiques que l’eau de pluie lessive, ou qui sont directement rejetées :

Il y a certaines zones industrielles où l’on fait encore plus attention parce qu’on constate qu’elles rejettent des produits qu’elles n’ont pas le droit d’évacuer comme ça…

900 heures sous terre

Ses deux collègues sont maintenant sous terre. Michel (1) attache un morceau de la vanne de curage à une corde, qu’il laisse filer peu à peu. La pièce en métal s’engouffre dans le noir, une voix confirme la bonne réception. « La vanne est trop lourde et trop volumineuse pour qu’on puisse la descendre d’un seul bloc. Les collègues devront assembler les pièces avant de la fixer à la canalisation. » Voilà près de vingt ans que Michel est égoutier. Même s’ils se relaient sur le poste en surface, les trois hommes ont chacun comptabilisé, l’an dernier, un peu plus de 900 heures sous terre.

Quel que soit le temps à l’extérieur, l’atmosphère est toujours chaude et très humide. Il fait noir, on doit travailler physiquement dans des petits espaces, moins d’1,50 m de large, et certaines portions obligent à se tenir voûté. Quand il pleut, le niveau des effluents est plus haut, ça complique les mouvements.

Il y a aussi les rats, morts et vivants, les blattes, les araignées… « Faut pas être claustrophobe ! »

Ce que redoutent le plus les égoutiers, c’est l’odeur d’œuf pourri, caractéristique du sulfure d’hydrogène (H2S). « En remuant la came (les excréments, Ndlr), on crève des poches d’H2S, faut faire gaffe. Un collègue s’est brûlé les poumons pas très loin d’ici. » Il y a les accidents graves, pas rares, mais il y a aussi le quotidien : depuis 2010, les égoutiers portent un détecteur qui les avertit quand ils ont respiré la « dose journalière autorisée », pourrait-on dire. « Chaque jour sur la métropole, au moins une équipe doit remonter avant d’avoir fini le boulot. » Mais tout agent respire un peu quotidiennement, en dessous du seuil, de ce gaz, cela fait partie du boulot. L’H2S provoque ainsi très régulièrement « des maux de tête qu’on ramène chez soi », et, compilé à tout le cocktail vaporeux, « des petites nausées, des petites diarrhées »… La douche méticuleuse à la fin du service n’y change rien : les systèmes immunitaires sont très sollicités, et ce 24 heures sur 24.
Ce n’est pas le salaire qui pousse Michel et ses collègues à accepter de telles conditions. En fin de carrière, un égoutier gagne 2 000 euros en comptant les primes. En revanche, ils bénéficient d’un départ anticipé à la retraite : 32 ans de service pour prendre une retraite à taux plein (contre 42 ans), s’ils justifient de « vingt ans de service effectif complet en réseau souterrain. »

13 ans d’espérance de vie en moins qu’un cadre

Encore faut-il qu’ils y arrivent : selon le médecin biologiste Claude Danglot, qui a étudié de près le cas des travailleurs parisiens, les égoutiers ont une espérance de vie de 7 ans inférieure à l’espérance de vie des autres ouvriers, ce qui fait 13 ans d’écart avec les cadres, d’après l’Insee (2). Pascal Wild, chercheur à l’INRS (3), a calculé de son côté qu’avant 65 ans, un égoutier a deux fois plus de risques de mourir que la moyenne, surtout pour cause de risque accru de maladies digestives, de cancers et de suicide. Après-demain, les trois hommes sacrifieront une journée de salaire pour aller manifester, comme la grande majorité des égoutiers du pays. Leur seule compensation est en effet menacée par la réforme des retraites. Michel et son collègue, avec leur ancienneté, ne sont pas directement concernés par la réforme. Ils iront par solidarité. Le troisième collègue, lui, n’a pas 30 ans. Il ne s’attarde pas sur la pénibilité du travail.

Mais « je me demande comment je vais trouver la motivation pour me lever tous les matins et aller racler. » « Moi j’ai signé en connaissance de cause, mais avec le départ anticipé. Supprimer ça, c’était pas le deal, c’est tout. C’est dégueulasse. »

Fabien Ginisty
…………………………………………….
1 – Le prénom a été modifié.
2 – Institut national de la statistique et des études économiques.
3 – Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles.

Numéro 149  : février 2020

Ménage, qui fait le « sale boulot » ?

Pour Roman, de la communauté Longo Maï, c’est « un révélateur de la qualité de vie collective ». Pour Ghislaine, employée de mairie, un métier qu’elle « n’aime pas », faute de reconnaissance. Ce mois-ci, L’âge de faire s’intéresse au ménage, dont la répartition est marquée par les inégalités de genre et de classe. En coloc, en entreprise, en famille, entre les couches sociales…
Si on partageait équitablement le « sale boulot » ?

Numéro 149  : février 2020

Ménage, qui fait le « sale boulot » ?

Pour Roman, de la communauté Longo Maï, c’est « un révélateur de la qualité de vie collective ». Pour Ghislaine, employée de mairie, un métier qu’elle « n’aime pas », faute de reconnaissance. Ce mois-ci, L’âge de faire s’intéresse au ménage, dont la répartition est marquée par les inégalités de genre et de classe. En coloc, en entreprise, en famille, entre les couches sociales…
Si on partageait équitablement le « sale boulot » ?

Au sommaire du numéro 149

  • Édito : Frustration en terrasse / Un « pacte » qui stimule le débat communal
  • Film : Marcher avec les loups / Ma petite entreprise : un restau légumes
  • Femmes « Black Feminism » en Afrique du Sud / Entretien avec Francis Hallé : « Une forêt tropicale humide ne brûle pas »
  • Carte des alternatives à Tours
  • Actu : La fausse annonce de Castaner / Grrr-ondes : 5G, le grand mensonge de la transition énergétique / Économistes atterrés :Statistiques de la pauvreté et pauvreté des statistiques en Outre-Mer
  • Lorgnettes : Intimité chez soi : les rideaux bientôt obsolètes ? / Pesticides : « On n’arrive pas à protéger les populations »
  • L’atelier : Opération zéro déchet ! / Au jardin / Couture & Compagnie / Le coin naturopathie
  • Fiche pratique : Faire son bokashi

Ménage, qui fait le « sale boulot » ?

Pour Roman, de la communauté Longo Maï, c’est « un révélateur de la qualité de vie collective ». Pour Ghislaine, employée de mairie, un métier qu’elle « n’aime pas », faute de reconnaissance. Ce mois-ci, L’âge de faire s’intéresse au ménage, dont la répartition est marquée par les inégalités de genre et de classe. En coloc, en entreprise, en famille, entre les couches sociales…
Si on partageait équitablement le « sale boulot » ?

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Ménage, qui fait le « sale boulot » ? https://lagedefaire-lejournal.fr/menage-sale-boulot-balai-cuisine/ Sat, 08 Feb 2020 10:16:03 +0000 https://lagedefaire-lejournal.fr/?p=386093 Cet article Ménage, qui fait le « sale boulot » ? est apparu en premier sur Le site du journal L'age de faire.

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À L’âge de faire, nous faisons nous-mêmes le ménage… dans une entente collective parfois houleuse. Le sociologue Jean-Claude Kaufmann a étudié cette activité « faussement dérisoire », qui fait partie des socles de notre société.

Dans le coin cuisine de L’âge de faire, nous avons scotché un papier qui rappelle les tâches nécessaires au bon fonctionnement de notre vie collective. Des binômes sont désignés pour faire, à tour de rôle, le ménage mensuel : « aspirateur/serpillière, chiottes, vider poubelles+tri, frigo, nettoyage des torchons », est-il précisé. Il y a aussi « l’entretien courant », qu’il faut assurer régulièrement et qui est laissé à la bonne volonté de chacun·e : « chiottes » (encore !), « plaques de cuisson, dessus buffet, rebord évier, achat café, huile, vinaigre ».
En 2011, les six employé·es de L’âge de faire ont créé une Scop (1), à laquelle l’association de départ a confié l’édition du journal. L’une de nos premières décisions, en tant que salarié·es-associé·es, a été de rompre le contrat avec l’entreprise qui envoyait, une fois par semaine, une femme de ménage nettoyer nos locaux. Sur le moment, notre argument était que nous pouvions faire des économies en effectuant nous-mêmes ce travail simple, ce qui permettrait d’augmenter légèrement le budget destiné aux illustrations et aux journalistes pigistes.

Discussion houleuse

Aujourd’hui, nous sommes sept. Les débats entre nous, ainsi que les réflexions suscitées par les sujets que nous abordons dans le journal, ont fait mûrir notre position. Parfois, lorsque nous sommes débordé·es par les multiples tâches indispensables dans une petite entreprise de presse, l’un·e de nous se risque à proposer que l’on délègue à nouveau le nettoyage – « après tout, si ça peut donner du travail à quelqu’un… ». Mais il y en a toujours un·e pour protester contre cette spécialisation du travail dans laquelle les un·es exercent les activités les plus épanouissantes et les plus valorisées, tandis que d’autres s’usent physiquement et moralement pour un maigre salaire. Nous faisons donc notre ménage nous-mêmes parce que nous trouvons ça plus juste, plus sain, et que ça nous fait du bien d’aérer nos neurones en remettant de l’ordre après le bouclage du journal.
Une fois qu’on a dit ça… tout n’est pas (et ne sent pas la) rose. En août dernier, lors de la réunion mensuelle de l’équipe, le sujet du ménage a été mis sur le tapis par celles qui supportaient le moins la crasse dans laquelle nous nous étions installé·es… et qui, du coup, se coltinaient tout le boulot. La discussion, longue et houleuse, a été résumée en ces termes dans le compte-rendu : « Chacun décide dans son for intérieur de grandir, et d’aller vers le nettoyage de sa merde de manière à ce que les communs ne soient pas une tragédie et un nid à infections. Les tours de ménage sont réhabilités, relancés, ça va frotter. »
Depuis, ça frotte… un peu. Chacun·e a mis de l’eau dans son vinaigre, et pris conscience des différences dans nos rapports à la propreté et nos façons de prendre en charge les espaces communs.

« Une œuvre existentielle »

Ces différences portent la marque du genre… mais pas seulement, loin de là. Dans son livre Le cœur à l’ouvrage (2), le sociologue Jean-Claude Kaufmann affirme que « le ménage est une œuvre existentielle ». C’est pour lui « une activité faussement dérisoire dont le principe est en apparence très simple puisqu’il suffit, jour après jour, de remettre les choses à leur place. Le premier problème est que cette place n’est définie nulle part ». D’après le sociologue, le fait d’organiser l’espace en donnant une place aux choses fait partie des éléments sur lesquels se sont construites nos sociétés. Jean-Claude Kaufmann fait remonter à 30 000 ans avant notre ère l’un des actes fondateurs d’un « système d’ordre très complexe » : le fait de stocker les détritus (carcasses d’animaux) à l’extérieur de l’abri.

Depuis,

La danse du propre ne s’est jamais interrompue, recommencée chaque matin, par des individus entraînés dans des chorégraphies toujours plus larges et complexes […] Des guerres, des épidémies, des idées nouvelles, des inventions techniques ont bouleversé les mouvements de la danse […] Certains schémas anciens sont transmis depuis des générations, d’autres mis en sommeil, d’autres réactivés lorsque les circonstances le commandent. Quand le XIXe siècle européen crut inventer les usages de l’eau, bien des rituels de purification que l’on aurait pu croire oubliés retrouvèrent en fait leurs automatismes.

Rituels religieux et communautaires, école républicaine, enseignement ménager, magazines féminins, publicité… Ces strates se sont superposées pour former nos comportements de base, que chaque individu décline en fonction de ce qu’il a vu faire dans son enfance, de son mode de vie, de son échelle de valeurs… Pour Jean-Claude Kaufmann, « la mémoire de soi se sédimente dans les gestes les plus simples. Il faut se méfier du balai. Il nous possède autant que nous le possédons. Il cache des secrets, des trésors d’intelligence ».

Lisa Giachino
……………………………………………………………………

1 – Entreprise coopérative où les salarié·es sont majoritaires en voix et en capital.
2 – Le cœur à l’ouvrage, théorie de l’action ménagère, de Jean-Claude Kaufmann, 1998 pour la première édition.

Numéro 149  : février 2020

Ménage, qui fait le « sale boulot » ?

Pour Roman, de la communauté Longo Maï, c’est « un révélateur de la qualité de vie collective ». Pour Ghislaine, employée de mairie, un métier qu’elle « n’aime pas », faute de reconnaissance. Ce mois-ci, L’âge de faire s’intéresse au ménage, dont la répartition est marquée par les inégalités de genre et de classe. En coloc, en entreprise, en famille, entre les couches sociales…
Si on partageait équitablement le « sale boulot » ?

Numéro 149  : février 2020

Ménage, qui fait le « sale boulot » ?

Pour Roman, de la communauté Longo Maï, c’est « un révélateur de la qualité de vie collective ». Pour Ghislaine, employée de mairie, un métier qu’elle « n’aime pas », faute de reconnaissance. Ce mois-ci, L’âge de faire s’intéresse au ménage, dont la répartition est marquée par les inégalités de genre et de classe. En coloc, en entreprise, en famille, entre les couches sociales…
Si on partageait équitablement le « sale boulot » ?

Au sommaire du numéro 149

  • Édito : Frustration en terrasse / Un « pacte » qui stimule le débat communal
  • Film : Marcher avec les loups / Ma petite entreprise : un restau légumes
  • Femmes « Black Feminism » en Afrique du Sud / Entretien avec Francis Hallé : « Une forêt tropicale humide ne brûle pas »
  • Carte des alternatives à Tours
  • Actu : La fausse annonce de Castaner / Grrr-ondes : 5G, le grand mensonge de la transition énergétique / Économistes atterrés :Statistiques de la pauvreté et pauvreté des statistiques en Outre-Mer
  • Lorgnettes : Intimité chez soi : les rideaux bientôt obsolètes ? / Pesticides : « On n’arrive pas à protéger les populations »
  • L’atelier : Opération zéro déchet ! / Au jardin / Couture & Compagnie / Le coin naturopathie
  • Fiche pratique : Faire son bokashi

Dossier 7 pages
Ménage, qui fait le « sale boulot » ?

Pour Roman, de la communauté Longo Maï, c’est « un révélateur de la qualité de vie collective ». Pour Ghislaine, employée de mairie, un métier qu’elle « n’aime pas », faute de reconnaissance. Ce mois-ci, L’âge de faire s’intéresse au ménage, dont la répartition est marquée par les inégalités de genre et de classe. En coloc, en entreprise, en famille, entre les couches sociales…
Si on partageait équitablement le « sale boulot » ?

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Statistiques de la pauvreté et pauvreté des statistiques en Outre-Mer https://lagedefaire-lejournal.fr/statistiques-de-la-pauvrete-et-pauvrete-des-statistiques-en-outre-mer/ Sat, 08 Feb 2020 10:03:41 +0000 https://lagedefaire-lejournal.fr/?p=385982 Cet article Statistiques de la pauvreté et pauvreté des statistiques en Outre-Mer est apparu en premier sur Le site du journal L'age de faire.

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Les départements d’Outre-Mer sont-ils en moyenne plus pauvres que les départements de France métropolitaine ? La réponse à cette question, simple en apparence, est en fait loin d’être aisée : sur le site de l’Insee, l’information est difficile à trouver et parfois à comprendre.
L’Insee calcule le « taux de pauvreté » à partir d’un seuil qui correspond à 60 % du revenu médian national et qui varie selon la situation familiale. Par exemple, en 2016 (dernière année pour laquelle les statistiques sont consolidées), ce seuil est de 11 094 euros annuels pour une personne célibataire, et 14 % de la population française se situe sous le seuil de pauvreté.

Une statistique de la pauvreté à deux vitesses ?

Mais qu’en est-il en Outre-Mer ? Concentrons-nous en particulier sur les départements et régions d’Outre-Mer (DROM) (1). Pour ces cinq territoires, il y a deux cas de figure. En ce qui concerne la Guadeloupe, la Guyane et Mayotte, les derniers chiffres disponibles datent de 2011. Or, ces chiffres sont calculés à partir du revenu médian local et non national, ce qui donne lieu à des taux de pauvreté bien plus faibles (puisque le revenu médian local est inférieur à celui de la métropole). Cette méthode de calcul n’a pas lieu d’être : les prix ne sont pas plus faibles dans les DROM (comme le montre la prime de « vie chère » accordée dans ces territoires pour la fonction publique). Cela signifie donc que les taux de pauvreté communiqués sur ces trois départements sont artificiellement faibles : en 2011, 20,1 % des Guadeloupéens, 30,2 % des Guyanais et 32,4 % des Mahorais sont considérés comme pauvres selon cette convention comptable (2). Si on redresse ces chiffres à partir du revenu médian national, on en conclut que 49,1 % des Guadeloupéens, 61,2 % des Guyanais et 84,5 % des Mahorais sont pauvres en 2011… soit un chiffre bien supérieur à la moyenne française.
Depuis la parution de ces chiffres, l’Insee a revu les statistiques de pauvreté concernant la Martinique et La Réunion, où le taux de pauvreté est désormais calculé comme pour la métropole. On apprend ainsi qu’en 2016, respectivement 29,8 % des Martiniquais et 39 % des Réunionnais se trouvent sous le seuil de pauvreté. En comparaison, la Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre de France métropolitaine, affiche un taux de pauvreté de 28,6 % la même année.
Avec la parution de chiffres actualisés pour tous les DROM, annoncés par l’Insee dans le courant de l’année, il y a fort à parier que la pauvreté en Outre-Mer soit réévaluée bien à la hausse !

Anaïs Henneguelle, économiste atterrée et Valentin da Silva
1 – Du fait de leur statut particulier, il est encore plus difficile de trouver des données sur les Collectivités d’Outre-Mer.
2 – D’après un rapport de la CNCDH paru en 2017.

Numéro 149  : février 2020

Ménage, qui fait le « sale boulot » ?

Pour Roman, de la communauté Longo Maï, c’est « un révélateur de la qualité de vie collective ». Pour Ghislaine, employée de mairie, un métier qu’elle « n’aime pas », faute de reconnaissance. Ce mois-ci, L’âge de faire s’intéresse au ménage, dont la répartition est marquée par les inégalités de genre et de classe. En coloc, en entreprise, en famille, entre les couches sociales…
Si on partageait équitablement le « sale boulot » ?

Numéro 149  : février 2020

Ménage, qui fait le « sale boulot » ?

Pour Roman, de la communauté Longo Maï, c’est « un révélateur de la qualité de vie collective ». Pour Ghislaine, employée de mairie, un métier qu’elle « n’aime pas », faute de reconnaissance. Ce mois-ci, L’âge de faire s’intéresse au ménage, dont la répartition est marquée par les inégalités de genre et de classe. En coloc, en entreprise, en famille, entre les couches sociales…
Si on partageait équitablement le « sale boulot » ?

Au sommaire du numéro 149

  • Édito : Frustration en terrasse / Un « pacte » qui stimule le débat communal
  • Film : Marcher avec les loups / Ma petite entreprise : un restau légumes
  • Femmes « Black Feminism » en Afrique du Sud / Entretien avec Francis Hallé : « Une forêt tropicale humide ne brûle pas »
  • Carte des alternatives à Tours
  • Actu : La fausse annonce de Castaner / Grrr-ondes : 5G, le grand mensonge de la transition énergétique / Économistes atterrés :Statistiques de la pauvreté et pauvreté des statistiques en Outre-Mer
  • Lorgnettes : Intimité chez soi : les rideaux bientôt obsolètes ? / Pesticides : « On n’arrive pas à protéger les populations »
  • L’atelier : Opération zéro déchet ! / Au jardin / Couture & Compagnie / Le coin naturopathie
  • Fiche pratique : Faire son bokashi

Dossier 7 pages
Ménage, qui fait le « sale boulot » ?

Pour Roman, de la communauté Longo Maï, c’est « un révélateur de la qualité de vie collective ». Pour Ghislaine, employée de mairie, un métier qu’elle « n’aime pas », faute de reconnaissance. Ce mois-ci, L’âge de faire s’intéresse au ménage, dont la répartition est marquée par les inégalités de genre et de classe. En coloc, en entreprise, en famille, entre les couches sociales…
Si on partageait équitablement le « sale boulot » ?

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Pesticides : « On n’arrive pas à protéger les populations » https://lagedefaire-lejournal.fr/pesticides-on-narrive-pas-a-proteger-les-populations/ Fri, 07 Feb 2020 12:13:58 +0000 https://lagedefaire-lejournal.fr/?p=375584 Cet article Pesticides : « On n’arrive pas à protéger les populations » est apparu en premier sur Le site du journal L'age de faire.

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Les populations qui vivent à proximité de zones d’épandage de pesticides ne sont toujours pas protégées par le nouvel arrêté du gouvernement. Quant à l’État, en l’absence de politique ambitieuse, il n’a pas atteint son objectif de réduction de 50 % de l’usage des pesticides au cours des dix dernières années. Bien au contraire. Entretien avec François Veillerette, directeur de Générations Futures.

L’âge de faire : Le gouvernement a fixé par arrêté les distances d’épandage de pesticides à 3, 5 ou 10 mètres des habitations, pour la quasi-totalité des produits. Votre réaction ?
François Veillerette : Des distances de 5 et 10 mètres qu’on peut réduire à 3 et 5 mètres, si on emploie un certain type de dispositifs, c’est à peine la largeur d’un chemin ! Ce n’est pas ça qui va protéger les riverains des pesticides. À noter que les 20 mètres retenus pour les produits les plus dangereux ne concernent qu’une quantité infime de produits. Au niveau des distances, le compte n’y est pas. On regrette aussi l’absence d’information réelle des riverains. C’est un grand manque. Le gouvernement a décidé de renvoyer l’information des riverains aux chartes départementales d’engagement qui sont prises sous la direction des chambres d’agriculture. Dans tous les cas que nous avons étudiés, elles ne prévoient pas d’information précise des riverains sur chaque traitement. On va leur montrer un calendrier de traitement à l’année, ce qui leur sera absolument inutile, et leur mentionner des produits autorisés par la loi. Ce que demandent les gens, c’est de savoir si demain, ils pourront envoyer leurs enfants jouer dans le terrain ou s’ils pourront faire un barbecue dehors, sans être aspergés par les produits. C’est un échec. Pour la première fois, il y a des distances d’éloignement des pesticides, mais elles sont tellement faibles que ça reste purement symbolique. Avec d’autres organisations, on est en train d’étudier d’éventuels recours contre ces textes au Conseil d’État.

L’arrêté précise que les distances d’épandage de 5 et 10 mètres peuvent être réduites à 3 et 5 mètres, si l’utilisateur de pesticides met en place des moyens pour limiter la dérive (1).
Est-ce que ça a du sens ?

F.V. : Techniquement, on sait qu’il y a des procédés qui sont moins mauvais que d’autres. Les buses anti-dérives ont une certaine efficacité, c’est une question de taille de goutte. Ça limite mais ne supprime pas le problème, d’autant plus que l’exposition des riverains n’a pas lieu uniquement par la dérive initiale des produits, elle a lieu aussi par la volatilisation des produits. Si des produits volatiles sont sur le champ, à trois mètres de chez vous, dans les heures et les jours qui suivent, ils vont se ré-évaporer et vous allez les respirer. Dans les études qui sont disponibles, on voit que pour certains types de produits, en fonction de leurs caractéristiques physico-chimiques, il y a plus d’exposition par la ré-évaporation que par la dérive. Contrôler la dérive ne répond que partiellement au problème. On trouve donc que cette mesure est inacceptable.

À quoi sert finalement cet arrêté ?
F.V. : Ces textes ne répondent pas à l’obligation de protection des riverains tels que les textes européens l’imposent. Cela n’aurait pourtant rien coûté d’intégrer l’obligation pour les agriculteurs de prévenir les riverains. C’est très facile d’envoyer un SMS à la liste de ses voisins, ça prend trente secondes. Il faut rappeler que, si on a eu ce nouveau texte sur l’utilisation des pesticides, c’est parce que Générations Futures a fait abroger partiellement, par le Conseil d’État, l’arrêté de 2017 qui gérait les conditions d’utilisation des pesticides. L’État n’a pas choisi de publier un nouvel arrêté, il a été enjoint par le conseil d’État de le faire. Il avait jusqu’à la fin de l’année pour le faire, et il l’a publié le 29 décembre, in extremis.

Environ 50 000 personnes ont participé à la consultation publique sur les distances d’épandage. On en sait plus sur ce qu’elles ont exprimé ?
F.V. : On n’a pas eu de bilan chiffré, ce qui à mon avis montre la gêne du gouvernement, car s’il y avait eu des proportions chiffrées très en faveur des mesures proposées, je ne doute pas une seconde que le gouvernement l’aurait dit. Le fait qu’il y ait un silence cache le fait, pour moi, que cette consultation a sans doute été très majoritairement critique vis-à-vis des textes.

Le chiffre communiqué récemment par le comité d’orientation stratégique et de suivi (Cos) du plan national de réduction des produits phytosanitaires sonne comme un aveu d’échec…
F.V. : L’indicateur de suivi, en nombre de doses par hectare, montre une augmentation de l’utilisation des pesticides de 24 % entre 2017 et 2018. Quand on calcule sur l’ensemble du plan Écophyto (2), depuis 2009 jusqu’à 2018, on est aujourd’hui à plus de 40 % (3) d’augmentation de pesticides en nombre de doses, alors qu’on aurait dû diminuer de 50 %. On a commencé à 64 000 tonnes, et on est à 85 000 ! C’est un échec total. Il n’y a pas de volonté politique ni de volonté dans la profession d’y arriver.

Au final, cette décision gouvernementale concernant les distances d’épandage, n’est-ce pas l’arbre qui cache la forêt ?
F.V. : C’est juste une manière de gérer l’urgence. On n’avance ni sur les évolutions de pratique agricole sur le long terme, ni sur la gestion du risque en attendant les améliorations. Donc, c’est un vrai immobilisme.

Que pensez-vous du fait que les agriculteurs en conventionnel expriment souvent l’impossibilité économique d’évoluer vers moins d’usage de pesticides ?
F.V. : Je connais des agriculteurs en Picardie, Normandie et ailleurs, qui sont en forte diminution, depuis 10 ou 15 ans, au moins de 50 %. Ils arrivent à l’optimum économique en réduisant l’usage des pesticides. Ils sont bien encadrés par des ingénieurs agronomes et ils arrivent à faire du très bon travail. Donc on sait que c’est possible. Ça demande un bon encadrement technique, agronomique et presque psychologique, car il faut apprendre à travailler autrement : faire des impasses sur certains traitements, revoir les systèmes de production, mettre des cultures en rotation, semer plus tard, moins dense, etc. Et ça fonctionne, ça ne demande pas forcément de subventions. Il peut y avoir une aide à l’investissement quand on passe au désherbage mécanique. Dire qu’on ne peut pas faire est complètement faux.
Un gros rapport d’expertise, publié il y a dix ans par l’Inra, Écophyto recherche et développement, montrait qu’il y a, en grandes cultures, un potentiel de réduction des pesticides de 50 %, grâce à des systèmes de production intégrée  (4), avec des baisses de rendement, mais pas forcément de rentabilité. Quand vous passez à des systèmes moins utilisateurs de pesticides et d’engrais, vous perdez éventuellement un peu de rendement, mais vous dépensez moins. Ce système concerne une poignée d’agriculteurs, qui ne vont pas jusqu’au bio mais divisent pas deux, parfois plus, l’usage des pesticides. Ça devrait être le minimum du minimum en attendant que les gens aillent vers le bio, de manière générale. On est à 8 % de bio, il reste encore 92 % de l’agriculture française à convertir. Ça va prendre du temps. Cette agriculture intermédiaire pourrait se généraliser, mais ce n’est pas le cas. On entend toujours : « On sait pas faire, on peut pas faire », car le logiciel de l’agriculture tel qu’il est prôné par la FNSEA, c’est toujours un logiciel hyper simplifié, spécialisé, avec des objectifs de rendements élevés sur des systèmes de cultures relativement inchangés.

Pour en sortir, vous prônez le système bonus-malus…
F.V. : Il faut changer de braquet et mettre en place des mesures contraignantes, avec de la fiscalité qui impose des choses. Ça veut dire, donner de la visibilité à la profession agricole sur ce qu’on va exiger d’elle dans les années à venir, en disant : dans 5 ans, on va exiger tel pourcentage de diminution, tel autre dans 10 ans, 15  ans… avec un objectif opérationnel par culture et par région. Ceux qui font des efforts et qui sont dans les clous sont aidés, ce qui leur sert d’assurance récolte, et ceux qui s’en moquent sont taxés, ce qui permettra de financer les bonus. L’autre levier, c’est la nouvelle Politique agricole commune (Pac), qui consiste à ne plus donner de droits à produire avec les paiements fixes à l’hectare pour tout le monde. Il faut réduire ces paiements à l’hectare au profit du deuxième pilier de la Pac, avec de plus en plus de mesures agro-environnementales, fléchées sur les réductions de pesticides, et conditionner ces aides aux changements de pratiques. C’est là qu’est l’argent et le levier financier.

Recueilli par Nicole Gellot
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1 – Une partie des produits est emportée hors de la zone ciblée (fossé, cours d’eau) ou la quitte avant d’atteindre le sol, polluant l’air.
2 – Le plan Écophyto, entré en vigueur en 2008, prévoyait une réduction de l’usage des pesticides de 50 % en 2018.
3 – François Veillerette est le seul à donner ce chiffre de 40 % (en valeur annuelle) pour la période 2009/2018. Les chiffres officiels qui sont de 21 ou 25 % sont des moyennes glissées triennales, ce qui abaisse les variations.
4 – La production intégrée repose sur la mise en place de systèmes de culture donnant la priorité au préventif plutôt qu’au curatif. Elle lutte contre les risques liés aux maladies, insectes, adventices…par des pratiques culturales (rotations longues, semis moins denses…), des variétés résistantes, le désherbage mécanique, etc. La lutte chimique est appliquée si tous les autres moyens sont épuisés.

Numéro 149  : février 2020

Ménage, qui fait le « sale boulot » ?

Pour Roman, de la communauté Longo Maï, c’est « un révélateur de la qualité de vie collective ». Pour Ghislaine, employée de mairie, un métier qu’elle « n’aime pas », faute de reconnaissance. Ce mois-ci, L’âge de faire s’intéresse au ménage, dont la répartition est marquée par les inégalités de genre et de classe. En coloc, en entreprise, en famille, entre les couches sociales…
Si on partageait équitablement le « sale boulot » ?

Numéro 149  : février 2020

Ménage, qui fait le « sale boulot » ?

Pour Roman, de la communauté Longo Maï, c’est « un révélateur de la qualité de vie collective ». Pour Ghislaine, employée de mairie, un métier qu’elle « n’aime pas », faute de reconnaissance. Ce mois-ci, L’âge de faire s’intéresse au ménage, dont la répartition est marquée par les inégalités de genre et de classe. En coloc, en entreprise, en famille, entre les couches sociales…
Si on partageait équitablement le « sale boulot » ?

Au sommaire du numéro 149

  • Édito : Frustration en terrasse / Un « pacte » qui stimule le débat communal
  • Film : Marcher avec les loups / Ma petite entreprise : un restau légumes
  • Femmes « Black Feminism » en Afrique du Sud / Entretien avec Francis Hallé : « Une forêt tropicale humide ne brûle pas »
  • Carte des alternatives à Tours
  • Actu : La fausse annonce de Castaner / Grrr-ondes : 5G, le grand mensonge de la transition énergétique / Économistes atterrés :Statistiques de la pauvreté et pauvreté des statistiques en Outre-Mer
  • Lorgnettes : Intimité chez soi : les rideaux bientôt obsolètes ? / Pesticides : « On n’arrive pas à protéger les populations »
  • L’atelier : Opération zéro déchet ! / Au jardin / Couture & Compagnie / Le coin naturopathie
  • Fiche pratique : Faire son bokashi

Ménage, qui fait le « sale boulot » ?

Pour Roman, de la communauté Longo Maï, c’est « un révélateur de la qualité de vie collective ». Pour Ghislaine, employée de mairie, un métier qu’elle « n’aime pas », faute de reconnaissance. Ce mois-ci, L’âge de faire s’intéresse au ménage, dont la répartition est marquée par les inégalités de genre et de classe. En coloc, en entreprise, en famille, entre les couches sociales…
Si on partageait équitablement le « sale boulot » ?

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Francis Hallé : « Une forêt tropicale humide ne brûle pas » https://lagedefaire-lejournal.fr/francis-halle-une-foret-tropicale-humide-ne-brule-pas/ Mon, 03 Feb 2020 16:08:47 +0000 https://lagedefaire-lejournal.fr/?p=318026 Cet article Francis Hallé : « Une forêt tropicale humide ne brûle pas » est apparu en premier sur Le site du journal L'age de faire.

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Pour le botaniste Francis Hallé, les méga-feux de forêts en Australie nous montrent l’urgence d’agir pour limiter le dérèglement climatique. Nous devrions aussi apprendre auprès des peuples forestiers les techniques permettant d’utiliser les forêts sans les détruire.

L’âge de faire : On parle de 10 millions d’hectares de forêts qui ont brûlé en Australie depuis le mois de septembre. Ce sont notamment des eucalyptus qui sont partis en fumée. Ont-ils les facultés nécessaires pour se régénérer suite aux incendies ?
Francis Hallé : Ils ont d’énormes facultés. Ils brûlent jusqu’au niveau du sol, et quand le feu est arrêté, il suffit d’une petite pluie pour que la souche rejette. C’est d’ailleurs la technique habituelle d’exploitation de ces arbres : on les coupe au niveau du sol, et on attend que ça reparte. Ajoutons à cela que ce sont des plantes qui produisent énormément de graines. Celles-ci tombent au sol et résistent au feu, elles peuvent donc germer une fois l’incendie terminé.
Mais il faut signaler que les eucalyptus représentent aussi une grande part du problème des feux, car ils brûlent terriblement bien. Ils sont bourrés d’essence ! Vous n’avez qu’à froisser une de leur feuille, et vous aurez une flopée de molécules volatiles très inflammables. D’ailleurs, lorsqu’il y a des feux dans certaines régions, comme au Portugal, on rouspète parce que des eucalyptus ont été plantés et qu’ils ont favorisé ces incendies. Mais en Australie, on ne peut pas dire ça, ils n’ont pas été plantés, ils sont chez eux !

Outre les forêts d’eucalyptus, plusieurs centaines d’hectares de forêts tropicales humides sont également partis en fumée. Or, celles-ci ne sont, normalement, pas touchées par les incendies…
F.H. : C’est une très grande surprise pour tous ceux qui s’occupent de ces forêts-là. Nous pensions effectivement qu’elles ne brûlaient pas, et je continue d’ailleurs à penser qu’une forêt tropicale humide ne peut pas brûler. Mais s’il y a des mois et des mois de sécheresse exceptionnelle, ce ne sont en fait plus vraiment des forêts tropicales humides : on ne peut plus les appeler comme ça ! L’Australie a eu un été particulièrement sec et chaud. On s’aperçoit donc que même les forêts tropicales anciennement humides sont capables de brûler. C’est un très mauvais signe pour les Australiens.

Est-ce que, avec le dérèglement climatique, on peut s’attendre à voir se multiplier des événements comme ceux qui ont actuellement lieu en Australie ?
F.H. : Ce à quoi on assiste, ce ne sont pas des feux normaux, que l’être humain est capable d’arrêter. Ce sont des « mégafeux » qui ne s’arrêtent que quand il n’y a plus rien à brûler. Il faut lire Quand la forêt brûle, de Joëlle Zask, de l’université d’Aix-Marseille. Elle explique que ce qui se passe en Australie actuellement, c’est ce qui va se passer un peu partout si on ne fait rien contre l’élévation de la température. Dans quelques années, nous pourrions donc nous retrouver dans la situation des Australiens. Et quand je dis « nous », c’est ici, le long du bassin méditerranéen !
Il y a tout de même une bonne nouvelle dans toute cette histoire. Elle concerne le pin Wollemi, qu’on appelle aussi le « pin dinosaure », parce qu’il est contemporain des dinosaures. Ce n’est en fait pas vraiment un pin, mais un Araucaria, dernier représentant d’un genre que l’on croyait disparu depuis des millions d’années. En milieu naturel, il n’en reste qu’une centaine d’individus sur la planète, situés… à une centaine de kilomètres à l’ouest de Sydney, dans les Montagnes Bleues. Or, les Blue Mountains ont brûlé, et tous les collègues australiens étaient horrifiés à l’idée que le pin Wollemi disparaisse. Mais les Australiens ont pris des précautions, ils ont arrosé le fond du canyon dans lequel les arbres se trouvaient. Ça a fonctionné : les pins Wollemi sont sauvés.

Les Aborigènes connaissent certaines techniques pour éviter les feux, faut-il s’en inspirer ?
F.H. : Les Aborigènes font des feux précoces, quand la végétation n’est pas encore vraiment sèche, de sorte que les flammes sont encore faciles à contrôler. Et ainsi, durant la saison sèche suivante, il y aura beaucoup moins de risques de départ d’incendie. Ce sont des connaissances traditionnelles que l’on trouve dans pas mal de pays, on faisait ça aussi en Europe.
Les gens qui habitent dans la forêt, les peuples forestiers, sont les seuls qui savent utiliser la forêt sans la détruire. Ils ont des milliers de techniques très curieuses pour limiter les incendies, mais aussi pour que les arbres poussent plus vite, qu’ils donnent plus de fruits, etc. Le savoir de ces gens-là est extrêmement précieux, nous devrions très vite consigner tout cela.

Recueilli par Nicolas Bérard

Numéro 149  : février 2020

Ménage, qui fait le « sale boulot » ?

Pour Roman, de la communauté Longo Maï, c’est « un révélateur de la qualité de vie collective ». Pour Ghislaine, employée de mairie, un métier qu’elle « n’aime pas », faute de reconnaissance. Ce mois-ci, L’âge de faire s’intéresse au ménage, dont la répartition est marquée par les inégalités de genre et de classe. En coloc, en entreprise, en famille, entre les couches sociales…
Si on partageait équitablement le « sale boulot » ?

Numéro 149  : février 2020

Ménage, qui fait le « sale boulot » ?

Pour Roman, de la communauté Longo Maï, c’est « un révélateur de la qualité de vie collective ». Pour Ghislaine, employée de mairie, un métier qu’elle « n’aime pas », faute de reconnaissance. Ce mois-ci, L’âge de faire s’intéresse au ménage, dont la répartition est marquée par les inégalités de genre et de classe. En coloc, en entreprise, en famille, entre les couches sociales…
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  • Édito : Frustration en terrasse / Un « pacte » qui stimule le débat communal
  • Film : Marcher avec les loups / Ma petite entreprise : un restau légumes
  • Femmes « Black Feminism » en Afrique du Sud / Entretien avec Francis Hallé : « Une forêt tropicale humide ne brûle pas »
  • Carte des alternatives à Tours
  • Actu : La fausse annonce de Castaner / Grrr-ondes : 5G, le grand mensonge de la transition énergétique / Économistes atterrés :Statistiques de la pauvreté et pauvreté des statistiques en Outre-Mer
  • Lorgnettes : Intimité chez soi : les rideaux bientôt obsolètes ? / Pesticides : « On n’arrive pas à protéger les populations »
  • L’atelier : Opération zéro déchet ! / Au jardin / Couture & Compagnie / Le coin naturopathie
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Ménage, qui fait le « sale boulot » ?

Pour Roman, de la communauté Longo Maï, c’est « un révélateur de la qualité de vie collective ». Pour Ghislaine, employée de mairie, un métier qu’elle « n’aime pas », faute de reconnaissance. Ce mois-ci, L’âge de faire s’intéresse au ménage, dont la répartition est marquée par les inégalités de genre et de classe. En coloc, en entreprise, en famille, entre les couches sociales…
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Frustration en terrasse https://lagedefaire-lejournal.fr/frustration-en-terrasse/ Sat, 01 Feb 2020 16:23:56 +0000 https://lagedefaire-lejournal.fr/?p=289119 Cet article Frustration en terrasse est apparu en premier sur Le site du journal L'age de faire.

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La terrasse chauffée est tendance. Sors ton brasero, ton poêle à gaz, ton parasol chauffant, à toi la clientèle des fumeurs. Mais on ne crame pas que des clopes dans les soirées chauffées : on brûle aussi l’équivalent CO2 d’un SUV qui ferait 350 km… par jour. Et alors ? Un tiers des débits de boissons se seraient équipés en France, 12 500 uniquement à Paris. Grosso modo, cela équivaut à une centaine de véhicules tout-terrain qui font le tour de la Terre chaque jour.

Les terrasses chauffées sont une innovation tellement grotesque qu’elles révèlent quelques-uns des grands ressorts de notre économie, et la façon dont nous les encadrons, ou pas.
D’abord, la concurrence : du moment qu’un cafetier propose le service, son concurrent, même s’il trouve cela stupide, doit le proposer pour rester compétitif. Ainsi, la concurrence profite à certains, mais elle contraint la plupart à s’adapter, à investir, c’est-à-dire à s’endetter. Les plus faibles, ceux qui n’ont pas les moyens, disparaîtront. C’est la « destruction créatrice », bonne pour la croissance. La disparition du petit commerce et des exploitations agricoles à taille « humaine » sont des illustrations de ce que la croissance détruit.

Le deuxième de ces ressorts est la « satisfaction des besoins » des consommateurs, censés arbitrer les innovations de la concurrence. Pour le coup, les consommateurs se ruent sur les terrasses chauffées… preuve qu’il y avait auparavant un « besoin non satisfait » ? Bien sûr que non : on voit ici comment nos désirs sont façonnés par notre environnement. Par les temps qui courent, le désir, et son corollaire, la frustration, semblent naître de l’innovation, et non le contraire.
Mais n’est-ce pas un peu facile d’incriminer le système ? Un entrepreneur ne peut-il pas innover en investissant dans des couvertures, et afficher sa militance écolo en tête de gondole pour rester compétitif ? Le consommateur ne peut-il pas consommer au nom de valeurs, et boycotter les terrasses chauffées ? Tout à fait. C’est d’ailleurs sur ce postulat qu’on a décidé de baser la principale régulation morale de notre économie : le choix individuel, en pensant que c’était la seule alternative au péril stalinien – et qu’accessoirement, cela ferait gagner beaucoup d’argent à certains, argent qui ruissellerait…
Bref, ce postulat sous-entend, si on y réfléchit, que l’intérêt général est la somme des intérêts particuliers, et que le marché sert de juge arbitre : « Il n’y aura plus de terrasses chauffées – et de pesticides – le jour où personne ne consommera ces produits. » Il amène à faire peser toute la responsabilité – et toute la culpabilité – sur l’individu.

Heureusement, il y a quand même quelques domaines où c’est la collectivité, et non le marché, qui sert de juge arbitre. Car les choix individuels sont, à moins de s’appeler Bill Gates, toujours contraints. Doit-on, par exemple, offrir le choix aux parents d’envoyer leur enfant à l’usine ? La collectivité interdit également certains comportements qu’elle juge dangereux, contraires à l’intérêt général : nous n’avons plus la liberté de rouler à 180 km/h sur les nationales ou de porter une arme par exemple. Qui s’en plaindra ?

Au nom d’une vision bêtement court-termiste de l’économie, les ayatollahs du libéralisme qui sont au pouvoir refusent d’interdire les terrasses chauffées, refusent encore d’interdire des produits dont la toxicité est pourtant avérée : certains pesticides, nitrites dans la charcuterie, produits d’entretien ménager… Les parents, surtout les plus pauvres, doivent donc faire « le choix » d’empoisonner leurs enfants, et même Bill Gates doit, s’il veut faire preuve de « citoyennisme », prendre sur lui une sacrée dose de frustration pour ne pas s’installer à la terrasse chauffée d’à côté.
Pendant ce temps, Rennes a interdit les terrasses chauffées depuis le 1er janvier. Parions qu’un mois plus tard, les fumeurs ont déjà oublié cette affaire, et que les cafetiers apprécient, finalement, l’économie d’énergie.

Fabien Ginisty

Numéro 149  : février 2020

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Pour Roman, de la communauté Longo Maï, c’est « un révélateur de la qualité de vie collective ». Pour Ghislaine, employée de mairie, un métier qu’elle « n’aime pas », faute de reconnaissance. Ce mois-ci, L’âge de faire s’intéresse au ménage, dont la répartition est marquée par les inégalités de genre et de classe. En coloc, en entreprise, en famille, entre les couches sociales…
Si on partageait équitablement le « sale boulot » ?

Numéro 149  : février 2020

Ménage, qui fait le « sale boulot » ?

Pour Roman, de la communauté Longo Maï, c’est « un révélateur de la qualité de vie collective ». Pour Ghislaine, employée de mairie, un métier qu’elle « n’aime pas », faute de reconnaissance. Ce mois-ci, L’âge de faire s’intéresse au ménage, dont la répartition est marquée par les inégalités de genre et de classe. En coloc, en entreprise, en famille, entre les couches sociales…
Si on partageait équitablement le « sale boulot » ?

Au sommaire du numéro 149

  • Édito : Frustration en terrasse / Un « pacte » qui stimule le débat communal
  • Film : Marcher avec les loups / Ma petite entreprise : un restau légumes
  • Femmes « Black Feminism » en Afrique du Sud / Entretien avec Francis Hallé : « Une forêt tropicale humide ne brûle pas »
  • Carte des alternatives à Tours
  • Actu : La fausse annonce de Castaner / Grrr-ondes : 5G, le grand mensonge de la transition énergétique / Économistes atterrés :Statistiques de la pauvreté et pauvreté des statistiques en Outre-Mer
  • Lorgnettes : Intimité chez soi : les rideaux bientôt obsolètes ? / Pesticides : « On n’arrive pas à protéger les populations »
  • L’atelier : Opération zéro déchet ! / Au jardin / Couture & Compagnie / Le coin naturopathie
  • Fiche pratique : Faire son bokashi

Ménage, qui fait le « sale boulot » ?

Pour Roman, de la communauté Longo Maï, c’est « un révélateur de la qualité de vie collective ». Pour Ghislaine, employée de mairie, un métier qu’elle « n’aime pas », faute de reconnaissance. Ce mois-ci, L’âge de faire s’intéresse au ménage, dont la répartition est marquée par les inégalités de genre et de classe. En coloc, en entreprise, en famille, entre les couches sociales…
Si on partageait équitablement le « sale boulot » ?

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Pour Roman, de la communauté Longo Maï, c’est « un révélateur de la qualité de vie collective ». Pour Ghislaine, employée de mairie, un métier qu’elle « n’aime pas », faute de reconnaissance. Ce mois-ci, L’âge de faire s’intéresse au ménage, dont la répartition est marquée par les inégalités de genre et de classe. En coloc, en entreprise, en famille, entre les couches sociales…
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Pour Roman, de la communauté Longo Maï, c’est « un révélateur de la qualité de vie collective ». Pour Ghislaine, employée de mairie, un métier qu’elle « n’aime pas », faute de reconnaissance. Ce mois-ci, L’âge de faire s’intéresse au ménage, dont la répartition est marquée par les inégalités de genre et de classe. En coloc, en entreprise, en famille, entre les couches sociales…
Si on partageait équitablement le « sale boulot » ?

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  • Édito : Frustration en terrasse / Un « pacte » qui stimule le débat communal
  • Film : Marcher avec les loups / Ma petite entreprise : un restau légumes
  • Femmes « Black Feminism » en Afrique du Sud / Entretien avec Francis Hallé : « Une forêt tropicale humide ne brûle pas »
  • Carte des alternatives à Tours
  • Actu : La fausse annonce de Castaner / Grrr-ondes : 5G, le grand mensonge de la transition énergétique / Économistes atterrés :Statistiques de la pauvreté et pauvreté des statistiques en Outre-Mer
  • Lorgnettes : Intimité chez soi : les rideaux bientôt obsolètes ? / Pesticides : « On n’arrive pas à protéger les populations »
  • L’atelier : Opération zéro déchet ! / Au jardin / Couture & Compagnie / Le coin naturopathie
  • Fiche pratique : Faire son bokashi

Ménage, qui fait le « sale boulot » ?

Pour Roman, de la communauté Longo Maï, c’est « un révélateur de la qualité de vie collective ». Pour Ghislaine, employée de mairie, un métier qu’elle « n’aime pas », faute de reconnaissance. Ce mois-ci, L’âge de faire s’intéresse au ménage, dont la répartition est marquée par les inégalités de genre et de classe. En coloc, en entreprise, en famille, entre les couches sociales…
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