Cet été, des locataires d’un immeuble bouilloire, épaulés par l’association Locataires ensemble, sont arrivés à contraindre leur bailleur millionnaire d’installer des brasseurs d’air. Récit d’une lutte victorieuse.
Se regrouper entre locataires pour faire valoir ses droits face aux propriétaires : c’est le leitmotiv de l’association Locataires ensemble. Sa victoire la plus récente date de cet été. À Lyon, 73 locataires vivant dans un « immeuble bouilloire » ont obtenu la pose de brasseurs d’air, permettant de mieux évacuer la chaleur la nuit. Ils ont le même propriétaire, à savoir CFL, une filiale du Crédit agricole, possédant 1 800 logements dans l’agglomération et affichant un résultat net d’exploitation de 31 millions d’euros en 2025. Les 73 voisins habitent une immense barre de 14 étages, près de la gare Part-Dieu. La plupart des appartements y disposent de balcons. Ces derniers étaient initialement protégés par des toiles brise-soleil.
Devenues vétustes, CFL, au lieu de les remplacer, a préféré les enlever, considérant que les volets étaient suffisants. Résultat : « Cet été, on a mesuré jusqu’à 60°C sur notre balcon. » Et le stock de chaleur de rayonner jour et nuit par temps de canicule. Paola vit en colocation dans un de ces apparts, au 11e étage. Sa chambre de 9 m² donne plein ouest. Elle qui télétravaille, y passe beaucoup de temps … « L’été a été épuisant, mais l’appartement est traversant, c’est déjà ça. » Ce n’est pas le cas du petit appartement de sa voisine du dessus, Fanny, elle aussi plein ouest avec balcon. C’est elle qui a contacté Locataires ensemble au printemps.
Un million d’euros débloqués
Loïc Michel est salarié de l’association : « On connaissait bien CFL car on était déjà en conflit avec eux dans un autre quartier. On a fait le compte : sur les 1 800 appartements qu’ils possèdent, 1 441 disposent de fenêtres sans protection solaire. » Loïc rencontre Fanny et Paola, qui, après un rapide porte-à-porte, s’aper-çoivent que l’appartement bouilloire de Fanny n’est pas un cas isolé.
Un groupe WhatsApp dédié rassemble rapidement 80 membres. La colère est là, elle est transformée en revendication : l’installation de brise-soleil et de brasseurs d’air. Mais comment établir le rapport de forces pour tordre le bras de CFL ? En effet, même si les logements loués deviennent à la limite de l’habitable trois mois par an, il est très difficile, pour l’heure (lire encadré p. 8), de porter ce genre de revendication devant la justice, ce qui prendrait par ailleurs plusieurs années. Les demandes individuelles des locataires sont bien sûr restées lettres mortes. Menace de grève de loyer ? Tout le monde n’est pas prêt à s’engager car c’est illégal et certains locataires ont peur des représailles du bailleur. Pétitionner ? Manifester ? Certes, mais CFL a montré, lors du conflit dans l’autre quartier, qu’il était un expert dans le « Oui oui, on va étudier le dossier ». Les habitants, épaulés par Locataires ensemble, vont choisir la médiatisation : le Crédit agricole est sûrement soucieux de son image. Les locataires vont donc fabriquer leurs propres brise-soleil avec des draps … inscrivant chacun une lettre géante. Une fois les draps installés en toute sécurité par des artisans militants, et mis bout à bout à la manière des tifos* des stades de foot, le message apparaît en lettres capitales pour qui regarde la façade : « Insécurité climatique : mon droit d’rénov », faisant écho à la revendication portée par Locataires ensemble (voir page suivante). Nous sommes fin juin, en pleine canicule : l’action arrive comme du pain béni pour les journalistes qui relaient massivement. Ça marche : CFL fait rapidement son mea culpa et concède un million d’euros pour équiper ses logements bouilloires d’occultants, voire de brasseurs d’air. Rue du Lac, une soixantaine de logements ont déjà été équipés.
Fabien Ginisty
* Animation réalisée par les supporters dans les tribunes : drapeaux, banderoles, feuilles colorées formant un visuel.









