Grâce à la recherche participative,15 000 personnes aident à localiser, étudier et comprendre ce qui nuit aux lucioles et vers luisants.
Certains organismes produisent de la lumière via une réaction chimique : c’est la bioluminescence. « En mer, c’est la règle, explique Marcel Koken, chercheur au CNRS. Sous les 150 m de profondeur, 80 % des organismes font de la lumière. » Sur terre, le phénomène est plus rare. On dénombrerait : « Six mollusques, 120 champignons,
25 mille-pattes, 3 bactéries, 41 vers de terre (sur 7 000), 2 200 insectes sur les 15 millions recensés », énumère le chercheur.
Parmi les plus connus : les vers luisants et les lucioles. Mais qui n’a jamais parlé avec des anciens, de leur nostalgie des spectacles offerts par ces coléoptères qui s’éclairent le soir venu d’un léger halo vert – intermittent pour les lucioles, continu pour les femelles vers luisants ?
« Les gens aiment ces bestioles »
Alors qu’une de ses anciennes étudiantes en biologie marine à Concarneau, devenue professeure, cherchait un projet avec ses collégiens, Marcel Koken lui a suggéré de recenser les vers luisants sur les îles du sud Bretagne. Les élèves auraient pris la mission « à bras le corps », provoquant un engouement général des habitants. Marcel Koken a cherché un autre scientifique intéressé par la question et a trouvé en Vendée Fabien Verfaillie, du groupe associatif Estuaire et spécialisé dans les sciences participatives. Ainsi est né, en 2015, l’Observatoire des vers luisants (et des lucioles), ou OVL. 15 000 personnes y participent en faisant part de la présence des petits insectes lumineux aux environs de leurs maisons, le long des routes et des chemins, ou pour les plus aguerris, en aidant à leur identification taxonomique. « Cette bestiole attire les hommes », constate Marcel Koken. Ces petites lueurs seraient rassurantes face à la peur du noir.*
« où sont les femelles ? »
On recense en France plus d’une dizaine d’espèces de vers luisants et trois de lucioles, dont seule Luciola lusitanica est endémique. Aujourd’hui, l’Observatoire cherche à déterminer les causes de leur déclin.
Dès qu’une femelle ver luisant est fécondée, elle n’émet plus de lumière. C’est pourquoi il est difficile d’avoir des chiffres : d’une nuit à l’autre, un groupe abondant de femelles peut devenir invisible. Une chose est sûre néanmoins, la population générale diminue. On pointe du doigt les pesticides, le fauchage, la sécheresse ou encore les limacides, une larve pouvant dévorer un escargot tous les trois jours ! Enfin la lumière artificielle perturbe les mâles vers luisants, qui ne voient alors plus les femelles briller.
Autre projet d’envergure : surveiller l’incidence de la population de Photinus signaticollis, une luciole venue d’Amérique du Sud, friande de vers de terre.
Lucie Aubin
* L’OVL travaille aujourd’hui avec un anthropologue. Et M. Koken a ses propres expériences : « Au Japon, on adore cette bestiole. En Chine elle est gage de mariage heureux. À Madagascar, elle représente les âmes des défunts, ou celles des méchantes gens. »
Écoutez cet article, lu par Benjamin Huet :







