Dans les Hautes-Alpes, puisque aucune institution ne coordonne le développement des énergies renouvelables, la Société alpine de protection de la nature a pris le taureau par les cornes. Elle travaille à une adaptation départementale du scénario Négawatt, en invitant à participer collectivités locales, associations, habitant·es, acteurs de l’énergie…
« Quand on est un habitant et qu’on croise son voisin à la fête du village, on ne peut pas ignorer les problèmes. Par exemple, en Ille-et-Vilaine, un collectif citoyen propriétaire d’un parc éolien a bridé une éolienne parce qu’elle gênait un voisin quand elle était à pleine puissance, quitte à baisser le rendement ! » – « Je suis un adhérent fervent des coopératives citoyennes. Mais c’est pas avec nos coopératives qu’on fera la transition énergétique ! Il ne faut pas opposer coopératives et industriels ! »
Université de Gap, 9 décembre. Des représentants d’Énerguil et Énergie collective, deux coopératives de production d’électricité, échangent avec la salle. Sur les bancs de l’amphi : des étudiant·es, des élu·es et technicien·nes de collectivités locales, des membres de coopératives de production d’énergie et d’associations écologistes, des professionnel·les, des habitant·es… Intitulé « Quel avenir énergétique dans les Hautes-Alpes ? », ce colloque est issu de deux ans de travail de la part du groupe « énergie » réunissant des membres de la Société alpine de protection de la nature (SAPN FNE 05) et du collectif Négawatt qui, au niveau national, élabore des scénarios de transition vers un modèle sans énergies fossile ni nucléaire. Des élèves de la fac ont participé à l’organisation.
« La question, c’est : comment on peut imaginer une transition énergétique qui prenne en compte la protection de la nature, résume Hervé Gasdon, président de la SAPN FNE 05. On est en train de travailler à l’adaptation du scénario Négawatt à l’échelle du département des Hautes-Alpes. L’un des objectifs principaux du colloque, c’était que ce travail soit ouvert, partagé. Ça a fonctionné ! Le vice-président du conseil départemental chargé de l’environnement était présent, avec d’autres représentants des collectivités locales. »
Tout le monde n’était pas d’accord sur tout durant ce colloque, mais un premier constat a fait l’unanimité : « Aujourd’hui, personne ne sait véritablement ce qui se consomme et se produit sur un territoire », a souligné un élu local. Hervé Gasdon confirme : « Dans le nord du département, ce sont les micro-centrales hydroélectriques sur les torrents qui se multiplient. Dans le sud, les parcs solaires. Il n’y a aucune coordination, aucune institution n’est capable de dire combien il y a de projets. »
Première étape : le bilan des consommations
De rares collectivités ont entamé un inventaire. Quant au groupe de travail SAPN/Négawatt, il a réalisé un bilan par secteur d’activité, ce qui lui a permis de constater que le tourisme absorbe 30 à 40 % des consommations d’énergie du département. Ce premier travail a été partagé avec les participant·es du colloque. La seconde étape sera « une réflexion technique, pour savoir comment être plus sobres », indique Hervé Gasdon. Enfin, la troisième étape sera consacrée à la production d’énergies renouvelables. « Nous verrons quels sont les besoins, après avoir fait les calculs selon le scénario de Négawatt. Mais en attendant, les espaces déjà anthropisés suffisent pour avancer ! »
Cette position, tous les écologistes ne la partagent pas. « Certains pensent que pour sortir des énergies nucléaires et fossiles, il faut vite étendre les énergies renouvelables », – y compris en artificialisant des sols. « Mais nous avons pu échanger au cours de ce colloque, se réjouit Hervé Gasdon. Les visions que nous avions les uns des autres étaient un peu caricaturales. »
Avec 250 adhérent·es pour 140 000 personnes vivant dans le département, la SAPN sait mobiliser – il y a trente ans contre l’A51, qui n’a jamais été terminée ; plus récemment contre les lignes à très haute tension, la Croisière blanche en 4×4, les scouters des neiges ou encore la question du loup. Cette fois, elle espère élargir le cercle des participant·es à la réflexion sur l’avenir énergétique des Hautes-Alpes : « La rédaction des documents est ouverte à tous. »
LG








