Enfin, la France a reconnu l’état palestinien. Il aura fallu attendre la mort de plus de 65 000 personnes, tuées par l’armée israélienne, entre 2023 et 2025. Ce geste diplomatique restera cependant symbolique, pour ne pas dire hypocrite, tant que nous poursuivrons des échanges commerciaux avec Israël, notamment en matière militaire.
Ainsi, au mois de juin, contrairement aux entreprises russes qui en avaient été exclues en 2023, les sociétés israéliennes ont été autorisées par le gouvernement à exposer au salon de l’armement du Bourget, relève l’Observatoire des armements. « Ce deux poids deux mesures s’explique par la coopération multifacettes que l’industrie d’armement française entretient avec Israël : exportations de composants (Nicomatic, Exxelia, Radiall) à des sociétés militaires comme Elbit, mais aussi achat de solutions en matière d’IA (Safran) ou co-développement de nouveaux produits avec des ingénieurs israéliens (Nicomatic, STMicroelectronics), souligne l’association. La France bénéficie ainsi d’un savoir-faire israélien perfectionné au prix du sang versé en Palestine. »
L’association a rédigé un rapport (1) qui met en évidence, en s’appuyant sur des données douanières, que des entreprises françaises ont réalisé « des transferts de milliers de composants vers Israël de 2022 à 2025 », en s’adaptant « aux demandes spécialisées de leurs clients militaires israéliens ».
Les équipements exportés alimen- tent la guerre à proprement parler, mais aussi, sous couvert de « prévention du terrorisme », un système carcéral qui joue une place « centrale dans la gestion coloniale de la population », souligne la chercheuse Assia Zaino, autrice de Des hommes entre les murs – Comment la prison façonne la vie des Palestiniens (2). « Chaque famille a au moins un prisonnier, ce qui prend une place importante dans les imaginaires. » (3) Les arrestations servent à « extorquer des informations, recruter des collaborateurs en utilisant le chantage », et surtout « modeler les consciences ».
Derrière les murs des prisons, pourtant, tout ne se passe pas exactement comme l’a prévu l’état colonial…
Assia Zaino a collecté les témoignages de nombreuses personnes passées par les geôles israéliennes, et s’est penchée sur les travaux de chercheuses palestiniennes. Elle explique que depuis plusieurs décennies, la prison a été « réinvestie comme laboratoire révolutionnaire, politique et universitaire » par les militantes et militants palestiniens. « Des pratiques d’auto-organisation ont été construites et portées vers le dehors. » Parmi celles-ci, Assia Zaino évoque la mise en place de cours d’alphabétisation et même de cursus universitaires clandestins et diplômants, avec la complicité des avocats. Livres écrits sur des emballages de margarine ; manuels scolaires imprimés spécialement à l’intérieur de romans d’amour pour tromper la censure, et recopiés en plusieurs exemplaires par de jeunes prisonnières ; utilisation des rêves comme support pédagogique lorsque les manuels sont confisqués… De la ténacité et de l’imagination collective à soutenir, plus que jamais.
Lisa Giachino – Dessin : Nawal
1- Comment la France coopère avec Israël, Les notes de l’Observatoire n°8, juin 2025.
2- Agone, 2016.
3- Citations issues d’une intervention d’A. Zaino à la Maison commune (04), organisée par Action antifasciste, le 20 septembre dernier.









