« A la rondelle près » : en octobre, à l’aide de rondelles de carotte et de poireau, on vous expliquait comment notre Scop fait « bouillir la marmite ». En gros, nos recettes se répartissent en 83 % de ventes (abonnements, commandes des diffuseurs, livres et hors-séries), 7 % de dons, 10 % de subventions publiques. Elles doivent payer notre travail (7 salarié·es en CDI pour 6,3 équivalents temps plein, articles à la pige, illustrations, déplacements), qui représente 55 % de nos dépenses. Les autres charges sont l’imprimerie (15 %), la Poste (15 %) et les frais généraux (15 %). Ces dernières années, ça s’équilibrait à peu près, en grignotant peu à peu notre trésorerie.
Mais là, ça ne passe plus : notre dernier exercice comptable affiche un déficit de 18 000 euros. En cause, la hausse des coûts (La Poste vient de relever de 7 % les tarifs presse), la perte de la subvention qui finançait nos ateliers d’éducation aux médias, et surtout l’érosion de nos ventes. Le contexte défavorable, pour ne pas dire hostile, qui pèse sur la presse papier indépendante, vient bousculer un modèle économique déjà fragile.
Car l’information n’est pas une marchandise comme les autres. C’est ce qu’avait compris le Conseil national de la Résistance qui, dans son programme « Les jours heureux », en 1944, annonçait « la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’État, des puissances d’argent et des influences étrangères ». C’est pour garantir cette liberté que le CNR a institué les aides à la presse. Elles existent toujours, bien que dévoyées : la plus grosse part du gâteau est distribuée à des médias appartenant à des milliardaires, des banques, et autres « puissances d’argent ». Il devient compliqué de produire une information de qualité, accessible au plus grand nombre, en rémunérant équitablement les travailleurs de la presse. De ce point de vue, le modèle de L’âge de faire est original. Parmi nos camarades de la « Presse pas pareille » nous faisons partie des rares médias qui peuvent payer chaque mois une équipe en CDI. Nos 24 pages mensuelles en papier journal, sans pub, sont vendues à un tarif très bas, pour que l’argent ne soit pas un frein à leur lecture. Ce bas prix a aussi été pensé pour permettre aux personnes, associations et entreprises qui le souhaitent de se lancer facilement dans la diffusion en commandant des paquets de journaux. Mais la baisse de nos ventes rend ce pari difficile à tenir. Heureusement, les dons et abonnements « soutien » renflouent notre trésorerie.
Nos tarifs n’avaient pas bougé depuis mars 2024. Nous avons décidé de les augmenter de 6 % le mois prochain. L’abonnement de base passera de 33 à 35 euros, et le prix au numéro à 3,20 euros. Par solidarité avec nos diffuseurs, qui s’engagent financièrement pour nous soutenir, nous avons cependant choisi de ne pas toucher à leurs tarifs. Ils pourront continuer à acheter leurs exemplaires 1,60 ou 2 euros, ce qui augmentera la marge de ceux qui les vendent (voir p.4 du journal n°215).
Nous travaillons toujours d’arrache-pied à trouver de nouveaux abonnés et lieux de diffusion. L’émission Carnets de campagne, qui nous a permis le 12 février de présenter le journal à l’antenne de France Inter, nous a donné un beau coup de pouce : les commandes ont afflué, de personnes souhaitant découvrir L’âge de faire. Notre numéro de février est bientôt en rupture de stock !* Merci aux personnes qui nous ont « dénoncés » à France Inter, merci de nous faire connaître, merci pour vos encouragements… On continue et on vous tient au courant !
Texte : Lisa Giachino / Légumes : Lucie Aubin
*à l’heure où cet édito est rédigé, Lydia, notre cheffe de site internet, nous dit que le n°214 a été commandé 214 fois depuis le 12 février. Si ça nous porte pas chance…









