Le chant des forêts, documentaire de Vincent Munier, 1h33, en salles.
Fin de journée. Repas pris sur le pouce. France Info : Mercosur, Iran, Venezuela … Je prends mon vélo et arrive pile à l’heure, le temps de bien m’installer et de passer en mode avion. Ouf. Le documentaire Le chant des forêts commence. Il s’ouvre sur un plan fixe qui dure, qui dure … je me demande s’il n’y a pas un problème. Si le projectionniste n’a pas appuyé sur « pause » sans faire attention. Mais non. Ce plan fixe sur la forêt vosgienne s’anime peu à peu. Rien d’autre que le brouillard, l’humidité de la forêt qui s’évapore, qui monte… se met à danser au gré du vent. La respiration de la forêt. Ok. Je dois changer de rythme, fixer mon attention. Ça y est, je vois la beauté. Comme en forêt ?
Vous avez peut-être eu la chance, en vous baladant, d’apercevoir un renard, de surprendre un chevreuil, de croiser un jour la course têtue d’un sanglier. C’est le genre de moment dont on se souvient. Cela dure en général quelques secondes et puis tout redevient normal. C’est comme un voyage de quelques secondes. On devient étranger au lieu. Ses habitants ont d’autres façons de vivre. On sent qu’on dérange, qu’on effraie. Parfois, on peut aussi être nous-mêmes effrayés à la seule pensée que nous marchons dans une forêt habitée par un ours, un loup … C’est le sauvage. Le terme vient d’ailleurs du latin silvaticus, de silva, forêt. Il s’oppose au domestique, à la « maison », à ce qui nous est familier. Rencontrer le sauvage, c’est voyager, être confronté à l’Autre.
On cherche le voyage de plus en plus loin alors que le sauvage autour de nous s’amenuise. Et on cherche le voyage en général comme on traite le sauvage : en essayant de le maîtriser, de le contrôler, d’aller dans des lieux où l’on aura nos repaires – d’où le succès des Starbucks et autres chaînes et labels dans les lieux touristiques ? Ça doit nous rassurer.
J’adore le cinéma mais en général, je n’aime pas les documentaires animaliers. Celui de Vincent Munier m’a fait comprendre pourquoi : parce qu’ils veulent domestiquer le sauvage. Les animaux sont filmés parfaitement, en gros plan, autant de temps que nécessaire. La maîtrise de l’humain sur le sauvage est totale… « Oh regarde ce petit renard qui joue on dirait qu’il sourit, comme un bébé humain »… Tout est sous contrôle, même ce qu’il se passe dans la tête de l’animal. Ça doit nous rassurer ?
Mais alors, le sauvage disparaît. La maîtrise de Vincent Munier derrière son énorme téléobjectif est totale, évidemment. Il pourrait nous faire le coup du renardeau. Pour autant, il parvient à nous faire partager, à l’écran, « la part sauvage ». Comment l’expliquer ? Peut-être parce que son film parle moins des animaux que de la rencontre avec les animaux, par l’affût. L’art de l’affût du photographe est celui de la bonne distance. Il nous apprend que la rencontre est impossible s’il n’y a pas un peu de distance. Et la rencontre est magnifique.
Texte : Fabien Ginisty
Dessin : Lucie Aubin









