On a bu l’apéritif avec les voisins et les touristes, partagé le pique-nique, on a parlé de tout et de rien et de la canicule, normal. On a constaté à quel point le soleil peut détruire… à quel point on a, là aussi, de la chance. L’effet de serre, oui, mais juste ce qu’il faut ! Certains constats partagés sont restés ouverts, sans conclusion. On sent que l’avenir climatique inquiète.
Le gouvernement n’en a pas fait des caisses, c’est très bien comme ça. Il a distribué gratuitement suffisamment de lunettes pour que la question d’en trouver ne se pose pas. Et il a donné un billet aux clubs d’astronomie qui voulaient payer la tisane. Tout s’est déroulé sans accroc puisque l’événement était prévu de longue date.
Retour à la réalité : le gouvernement avait prévu… de ne pas acheter de lunettes ! Il a laissé « le marché » s’en occuper, se contentant des messages de prévention. Dans ces conditions, la pénurie était aussi prévisible que l’éclipse ! Ça n’a pas loupé. Beaucoup de Français se sont ainsi retrouvés à fixer l’horizon… à l’est, et d’apprécier l’étirement des ombres – au demeurant très joli.
Mais donner à tout le monde, à commencer par les enfants, la possibilité de regarder pleinement le spectacle et de s’émerveiller, est-ce qu’on n’est pas tous d’accord pour considérer que c’est le boulot de la collectivité ? Nous, on avait tous le regard dans la même direction. Il y avait un sentiment de partager quelque chose qui nous dépasse. L’éclipse nous l’a rappelé : pas besoin d’étranger, d’adversaire, pas besoin d’ennemi pour se sentir appartenir à un même groupe, sur ce petit caillou chaud, juste ce qu’il faut.
Fabien Ginisty









