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Auteur de polars et d’un conte sur les arbres de la Zad, cet habitant de Belle-Ile-en-mer fait aussi partie des pinseyeurs : ces promeneurs, à la fois éboueurs des plages et artistes, qui créent à partir des déchets ramenés par la mer.
Une créature grandie sur le bitume s’échappe pour rejoindre les derniers arbres libres de la forêt voisine. Dans Aux arbres, dernière sommation, de Léon Layon (2018), les humain·es ne sortent plus sans masque car l’air de leur ville est irrespirable…
J’ai lu ce petit conte juste après La zone du dehors, gros roman de science-fiction d’Alain Damasio, paru en 1999. Deux œuvres très différentes, mais qui se font écho et aiguisent nos questionnements en ces temps de surveillance policière, de contrôle social et d’emprise technologique exacerbés. Alain Damasio décrit une cité construite sur un astéroïde, entièrement artificielle, où le confort, les normes et l’évaluation de tous par tous fabriquent des citoyen·nes fantômes qui se laissent docilement gérer. Seul espace de liberté pour les résistant·es : la Zone du dehors, qu’ils rejoignent clandestinement pour se confronter à un écosystème brut de roche et de gaz, hostile mais vivant.
« J’ai voulu donner la parole aux arbres »
Le conte de Léon Layon, lui, se déroule sur terre, sa « zone du dehors » est la « forêt commune », et ses personnages sont des végétaux. Les deux auteurs ont en commun d’avoir fréquenté régulièrement Notre-Dame-des-Landes (1).
Léon Layon y fait directement référence. « J’ai voulu donner la parole aux arbres de la Zad… et aussi à ses dominés, explique-t-il. Car même dans les luttes, il y a des rapports de force, de l’exclusion. J’ai voulu l’exprimer de façon poétique. Les chantiers de la Zad auxquels j’ai participé sont l’une des plus belles expériences que j’ai vécues. On essaie maintenant d’accompagner les espoirs magiques, les utopies, même si c’est en train de se normaliser. La Zad a perdu les plus faibles, les déshérités, une certaine diversité. Mais elle reste une base arrière pour soutenir les luttes. » D’un côté, « des illégaux, des squattarbres, des frondeuses farouches, des squatteureuses, des no pasararbres, des fleurs incontrôlarbres, des brigandeuses légères des brindilles sans hiérarchie, à la parole invisible » écrit-il dans Aux arbres. De l’autre, « des arbres stratèges, des fleurs organisées, des tritons communicants, des champignons pragmatiques ». Différents, mais tous « sincères dans la lutte ».

Maître-nageur dans des bassins d’apprentissages mobiles qui allaient de village en village dans les années 70, puis prof d’EPS, l’auteur est aujourd’hui à la retraite. Sur son « caillou », à Belle-Ile-en-mer, il se balade, va « voir les poissons dans la mer », lit, écrit… Son premier essai d’écriture ? Un épisode du Poulpe (2), série de polars dont chaque volume est l’œuvre d’un auteur différent. « Après avoir lu les Poulpes, j’ai commencé à bidouiller avec les mots. J’écrivais pas du tout, mais j’ai essayé, moi aussi. »
Avec sa compagne Louise Savennières, il a publié Korrigans, présentation illustrée des lutins de Belle-île. Lenny, un autre polar, a été édité par La marge, une association d’Angers qui s’inspire des cartoneras d’Amérique latine, en fabriquant à la main des livres aux couvertures originales en carton récupéré – nous en parlerons dans une prochaine édition.
Aller « au pinsé »
Cet amoureux de la mer est aussi sculpteur, ou plutôt pinseyeur. « Pinsé » signifie naufrage en breton. À l’origine, dans le Finistère, on allait « au pinsé » récupérer sur la plage du bois pour se chauffer ou construire des meubles. « Aujourd’hui la petite tribu des pinseyeurs, ces “artistes” promeneurs, éboueurs, collecteurs, bricoleurs, dépollueurs inventent et créent avec ce que la mer rejette », écrit Léon Layon (3). Avec ses trouvailles, l’artiste crée des séries : boules-planète, sirènes, bateaux, poissons, personnages féminins… Il anime aussi des ateliers dans les écoles.
Sur les marchés, il expose tout son petit monde : bouquins (les siens et ceux de La marge), infos sur la Zad et sur Bure, journaux (Le Monde libertaire et maintenant L’âge de faire), et sculptures. L’essentiel des ventes et soutient des associations, des médias, les actions d’aide aux exilé·es, ou encore des projets locaux.
Lisa Giachino
1 – Alain Damasio a écrit une nouvelle de science-fiction qui imagine la Zad en 2045, publiée dans le recueil collectif Éloge des mauvaises herbes, éd. Les liens qui libèrent.
2 – Toubib or not toubib, Baleine, 2001.
3 – Lutopik n°17, hiver 2017.
> Aux arbres, dernière sommation, Léon Layon, 2018, éd. Oiseaux de passage
> Korrigans, Le petit peuple de Belle-Ile, 2019, éd. Oiseaux de passage








