On s’interrogeait sur les mythes modernes et les extra-terrestres. On en a parlé avec Maurice Chapsoul, 84 ans, mémoire vivante d’une histoire mystérieuse qui s’est passée en 1965.
Qui êtes-vous ?
Je suis Maurice Chapsoul. J’habite Valensole et je suis président de l’association Mémoire vivante. Cette association existe pour que vous les jeunes, vous sachiez ce qui se faisait avant. Vous êtes avec vos ordinateurs, mais avant ça n’existait pas. Nous, on avait la plume ! Et je suis la voix de Maurice Masse qui, lorsque ça lui est arrivé, ne voulait plus parler. Il m’a dit : « Tu vas parler pour moi ! »
Pouvez-vous nous raconter l’histoire qui s’est déroulée à Valensole en 1965 ?
Un agriculteur, qui s’appelait Maurice Masse et avait 41 ans, voulait biner ses lavandes avec son tracteur. L’été, quand il faisait chaud, il commençait à travailler à 5 heures. Il a arrêté son tracteur et il a fumé une cigarette. Il était sur son clapier* quand il entend un petit sifflement. Il se lève, et il croit voir une voiture jaune dans son champs. Mais en fait, c’était pas une voiture. Ça ressemblait plutôt à une grande araignée, ou à un ballon de rugby avec un axe central qui descendait dans la terre. Maurice aperçoit aussi deux petits êtres, pas plus grands que vous, penchés sur ses lavandes. L’un des deux se lève et, quand il voit Maurice, il braque sur lui un petit tuyau qui sort de sa combinaison. Maurice se retrouve alors paralysé, il ne peut plus bouger. Quand il revient à lui, il arrive à bouger les bras.
À quoi ressemblaient ces êtres ?
Une tête ronde sans cheveux, de grandes oreilles, pas de cou.
Et leurs yeux ?
Comme les nôtres, avec un regard d’une grande bonté.
Est-ce que leur peau était verte ?
Non, elle était humaine. Et leurs combinaisons étaient gris-vert.
Moi, je trouve que c’est un joli mythe…
Comme un conte de Grimm ou de Perrault ? Il faut dire qu’au village, Maurice était un peu blagueur. Par exemple, s’il avait pêché une truite, il disait : « J’en ai pêché dix. » Et à Valensole, on nous appelle « le pays des grosses têtes ». Alors les gens lui ont dit : « Tu as pris la grosse tête ? »
Pourquoi avez-vous décidé de raconter l’histoire de Maurice Masse ?
Parce qu’il me l’a demandé. On l’a tellement pris pour un fou, un imbécile ! Et puis, la sage-femme avec laquelle je suis né était la mère de Maurice Masse.
Ça vous plait vraiment de raconter cette histoire ?
Ça me fait plaisir. Il ne se passe pas une heure sans que quelqu’un me demande !
Êtes-vous content du film sorti sur cette histoire ?
Un peu oui, un peu non. Dans le film, il est souvent en colère, jusqu’à donner des coups de poings. Maurice n’était pas comme ça. Il souriait beaucoup. Il n’aurait pas fait de mal à une mouche !
Est-ce qu’il existe des traces de l’événement ?
Maurice n’a jamais parlé de soucoupe ni de martiens. La terre était détrempée, meuble, avec un trou central de 40 cm, et les lavandes étaient brûlées. Mais quand les gendarmes sont arrivés, la terre était devenue dure comme du béton. Après ça, Maurice aurait dormi toute la journée, et s’il portait une montre, soit elle avançait, soit elle reculait. Plus rien n’a poussé à cet endroit pendant dix ans.
Est-ce que vous croyez à cette histoire ?
Oui. Maurice a été interrogé par les gendarmes pendant longtemps. Ils lui ont demandé s’il avait bu un coup, s’il cherchait à gagner de l’argent ou à se rendre intéressant… Il est venu des professeurs et des scientifiques. On a dit que ça pouvait être la foudre… Mais personne n’a pu dire que cette histoire n’était pas vraie. On sait qu’il s’est passé quelque chose, mais on ne peut pas l’expliquer.
La presse en a parlé ?
Oui, d’abord la presse locale, puis nationale et internationale ! Toute la journée, des gens venaient voir. Il y a en a eu des centaines. Un jour, quelqu’un est venu de Moscou ! Maurice en avait marre de répéter, c’est pour ça qu’il m’a demandé de raconter pour lui. Et ça continue ! L’an dernier, un couple m’appelle pour que j’en parle, ils venaient de Seattle. Il y a trois ans, le New York Times** m’a téléphoné. Les Américains sont très friands de ça. On a eu aussi une agence de voyage de Lille dont les clients étaient intéressés par l’histoire.
Vous parlez anglais ?
Je ne connais que le français et le provençal.
Propos recueillis par Morgane Turlure, Cameron Baymeyer et Clément Arnaud-Rey
* Dans cette région, quand les agriculteurs labourent, il y a toujours des pierres qui remontent. On les met en tas, les unes sur les autres, et on appelle ça un clapier, nous explique Maurice.
** Un journal des Etats-Unis.









