La bicyclette est une technologie formidable. Certes, elle a un coût : on ne construit pas un vélo sans faire fumer quelques cheminées et la colle à rustine ne s’achète pas en magasin bio. Mais aucun objet ne tombe du ciel. On laisse la pureté au vide intersidéral et on apprécie cet outil qui nous permet d’aller plus vite et plus loin, sans pétrole, sans payer d’assurance. Le vélo nous rend plus libres, dans le bon sens du terme : on gagne en puissance individuelle sans pour autant écraser les autres et cramer la planète.
Si on veut bien se donner la peine de se salir les mains, on comprend comment fonctionne l’outil, on peut le réparer, l’adapter à son usage. Tout le contraire des SUV, du monde connecté et des biotechs. Le vélo est ainsi devenu le symbole de cette belle liberté qu’est l’autonomie. Là où les libertariens tels qu’Elon Musk nous vendent un idéal de puissance désincarné assez flippant, à base d’IA et de colonisation de Mars, les Vélonomes revendiquent cet idéal d’autonomie, faite d’huile de coude, de simplicité et de convivialité. Un idéal qui n’est pas une promesse pour demain, mais une pratique, ici et maintenant. L’alter ego n’y est pas celui dont tu achètes le travail, c’est celui qui te rassure pour monter sur un vélo, celui qui t’aide à réparer ta roue, et que tu aideras à ton tour le moment venu. Ce « gros mot » de Vélonomie, L’âge de faire ne l’a pas inventé.
On imagine qu’il est né dans une manif « vélorutionnaire », ou autour d’une roue voilée dans un atelier d’auto-réparation, il y a peut-être déjà une vingtaine d’années. Depuis, rien de nouveau côté déplacements : il faut bouger encore plus, et encore plus vite. Les voyages en avion se sont multipliés, les voitures plus grosses sont devenues soit disant « propres », et les trottinettes non électriques ringardes. Grâce au smartphone, on « débloque » à tour de bras … Mais l’alternative garde les pieds sur les pédales, plus que jamais vivante. Les vélos ne vont pas plus vite aujourd’hui qu’hier, pourtant, les ateliers vélo auto-gérés* n’ont jamais été autant fréquentés. Pas besoin d’aller loin pour être dépaysé. Il suffit de pousser leurs portes. Le voyage en Vélonomie commence.
FG
* La plupart des ateliers vélo sont membres du réseau L’Heureux cyclage. www.heureux-cyclage.org








