Votre ordiphone (pour celleux qui en ont encore un) devient un véritable auxiliaire de police. À vos dépens…
Demain, ce sera peut-être le b.a.-ba de toute enquête : déclencher un ordiphone à distance pour le transformer en mouchard de poche. C’est l’une des dispositions proposées dans le projet de loi d’orientation et de programmation du ministère de la justice 2023-2027, actuellement étudié au Sénat. L’article 3 de ce projet prévoit que les enquêteurs puissent ordonner « l’activation à distance d’un appareil électronique à l’insu ou sans le consentement de son propriétaire ou possesseur ». Toutes sortes d’appareils peuvent ainsi être concernés par ces dispositions : les voitures, désormais connectées via leur GPS, pourraient être géolocalisées, les assistants vocaux (Alexa, etc.) trônant sur la table du salon pourraient permettre d’écouter les conversations qui se tiennent dans le foyer, etc.
Mais de quel meilleur mouchard que l’ordiphone les enquêteurs pourraient-ils rêver ? Pour rappel, ces appareils sont équipés, en moyenne, de deux caméras, trois micros, et de dispositifs permettant la géolocalisation au mètre près. Et la plupart du temps, celles et ceux qui en possèdent un ne s’en séparent jamais. Ainsi, un simple smartphone permettrait de localiser son propriétaire, d’écouter ce qu’il se dit autour de lui grâce aux micros, et même ce qu’il s’y passe grâce aux caméras. Elle est pas belle, la vie d’enquêteur 2.0 ?!
UN ASSISTANT ? NON, UN TRAÎTRE !
« Mon smartphone, c’est mon assistant personnel », disent certains. Un assistant ? Un traître, plutôt ! Toujours en train de refiler des informations personnelles aux boîtes privées qui veulent se faire du fric sur son dos ou aux flics qui mènent l’enquête. Sans scrupule ni retenue, il balance toutes les infos qu’il a emmagasinées au long des journées, des mois et des années passées en compagnie de son humain de compagnie. Ce dernier a beau le savoir, il refuse de se séparer de cet abominable cafteur, parce que, « tu comprends, j’ai toute ma vie là-dedans »… C’est bien le problème ! Photos, vidéos, contacts, messages, emploi du temps… Les enquêteurs n’ont plus qu’à se servir, tout est à disposition, tout est classé, ordonné.
Doit-on le préciser ? Ce genre de pratiques ne se limiterait pas aux enquêtes menées contre de dangereux terroristes sur le point de commettre des attentats au nom d’une religion ou d’une idéologie d’extrême droite. Les principaux visés pourraient bien être les militant·es écologistes, qualifiés par le sinistre Gérald Darmanin d’ « écoterroristes ». Pour ces dernier·es, un geste salvateur et cohérent avec la défense de l’environnement pourrait consister, tout simplement, à abandonner définitivement l’ordiphone.
Nicolas Bérard







