Plutôt que de limiter notre exposition aux ondes, l’Agence nationale des fréquences veut relever le seuil des points “atypiques” de 6 à 9 volts par mètre ! Une consultation publique, lancée en catimini, dure jusqu’au 12 septembre.
S’il fait trop chaud, ne cherchez pas à faire baisser la température, cassez plutôt le thermomètre. C’est du moins la stratégie adoptée par l’Agence nationale des fréquences (ANFR) en matière d’exposition du public aux ondes électromagnétiques. Les réseaux se multiplient (2G, 3G, 4G, 5G), les gens de tous âges passent de plus en plus de temps sur leurs smartphones et regardent des fichiers de plus en plus lourds. Mécaniquement, le niveau d’ondes électromagnétiques ambiant augmente. Sans pour autant dépasser les normes en vigueur dans notre cher et beau pays, puisqu’elles ont été fixées à des niveaux tellement élevés (entre 36 et 61 Volts/mètre) qu’elles sont quasiment inatteignables. Si vous les dépassiez, vous risqueriez tout simplement de voir apparaître des brûlures sur votre corps, ce que même l’Académie de médecine déconseille.
Ces normes sont donc tellement permissives que les autorités savent pertinemment qu’il faut maintenir l’exposition à des niveaux largement inférieurs pour protéger un tant soit peu la santé publique. Ainsi, lorsque l’ANFR réalise dans un lieu accessible au public ou dans une habitation une mesure supérieure à 6 V/m, l’agence le note comme « point atypique ». Il est alors demandé aux opérateurs de chercher une solution technique pour faire baisser cette exposition. Pourquoi 6V/m ? En 2015, ce chiffre a été choisi parce qu’il correspondait « au dernier pourcent des valeurs mesurées les plus élevées ». Pour info, c’est déjà énorme : si vous êtes exposés à un tel niveau dans votre chambre, ne cherchez plus d’autres causes à vos insomnies ou vos réveils en sursaut. Et si c’est au bureau, vous y trouverez peut-être la cause des migraines dont vous souffrez en rentrant chez vous le soir. Pourtant, avec la démultiplication des communications sans fils, ce qui était « atypique » il y a encore quelques années l’est de moins en moins. Alors que les lieux exposés à plus de 6V/m concernaient environ 1 % des mesures jusqu’en 2017, cela se monte désormais à plus de 3,5 %.
Environ 2,5 % des mesures dépassent même 7 V/m, et 1,5 % sont supérieures à 8V/m. Bref, ça se met à clignoter de partout sur le territoire, et surtout en milieu urbain. Halte là ? On calme les opérateurs pour préserver la santé du public ? Cours toujours. Ce n’est pas parce qu’on sait que l’utilisation de pesticides augmente les risques de cancers qu’on en bannit l’utilisation : au contraire, celle-ci grimpe chaque année. Il en va de même pour cette autre pollution de masse que sont les ondes électromagnétiques. Alors, la solution proposée par l’ANFR consiste à … relever le niveau au-delà duquel un point est considéré comme atypique. De 6, il passerait à 9 V/ m*. C’est qu’il ne faudrait pas trop embêter les opérateurs. Lorsqu’ils sont quatre sur un même pylône, par exemple, lequel de Free, SFR, Orange ou Bouygues rendre responsable des émissions trop élevées ? « L’ajustement du niveau de champ supposerait en outre une entente locale entre les quatre opérateurs lors de chaque évolution de réseau du voisinage, prohibée par le droit de la concurrence. » On comprend bien que les questions de santé publique ne pèsent rien à côté des règles du marché ! Ne pas relever les seuils pourrait avoir pour effet de « rendre de plus en plus difficile la densification des réseaux mobiles dans les villes alors que cette dernière est pourtant nécessaire pour répondre aux besoins croissants d’utilisateurs plus nombreux », note également l’agence, glissant son idéologie entre les lignes de son rapport.
Car ces « besoins » sont-ils réels ? Cette « densification » est-elle si « nécessaire » ? Mieux : même en laissant de côté les préoccupations d’ordre sanitaire, est-elle souhaitable ? Ces questions, l’ANFR ne souhaite surtout pas les poser : ça pourrait nous faire réfléchir ! Pour sauver les apparences démocratiques (lire aussi notre édito p. 2), elle nous en pose quand même une : que pense-t-on de ce projet de rehausser la valeur des points atypiques ? Une consultation publique a été lancée sur le sujet. C’était le 10 juillet, en plein été, sans tambours ni trompette, tout bien comme il se doit pour recueillir le moins d’avis possible. Vous pouvez y participer jusqu’au 12 septembre, ce n’est donc peut-être pas trop tard. Précisons que le lien vers cette consultation n’apparaît même pas sur la page de garde du site de l’ANFR !
Pour donner votre avis, nous vous conseillons donc de passer par des sites d’associations telles que Agir pour l’environnement, Priartem ou Robin des toits. Tapez le nom d’une de ces assos suivi de « anfr consultation » sur un moteur de recherches, vous devriez atterrir sur une page appropriée, avec des exemples de réponses à envoyer.
Nicolas Bérard
* S’il fallait une preuve supplémentaire de l’hypocrisie de cette mesure, notons que celle-ci ne concernerait, dans un premier temps, que les zones urbaines, et non les secteurs ruraux. Les urbains résisteraient-ils biologiquement mieux que les ruraux aux ondes électromagnétiques ?
>>>>> https://www.anfr.fr/fileadmin/2025/2025-07-10_Consultation_publique_seuil_PA_DEF.pdf








