« On a du rhum martiniquais pas mauvais, un rhum arrangé qu’a du succès, une tireuse comme dans un vrai bar … » Et plein de BD humoristiques à vendre. Bienvenue Chez Rouquemoute, à Nantes, le bar-librairie de la maison d’édition éponyme et indépendante, qui brave les tempêtes du milieu.
Rouquemoute ? Ce nom vous dit peut-être quelque chose. Spécialisée dans les bandes dessinées et l’humour, c’est avec cette maison d’édition nantaise que nous avons publié le recueil de strips La Détonte, de l’un de nos illustrateurs historiques, B-gnet. En argot, un rouquemoute désigne « un roux qui boit du vin », me raconte Maël Nonet, sourire aux lèvres derrière le bar, barbe et cheveux brillant de reflets blonds vénitiens. La maison d’édition est née en 2016 et espère passer le cap des dix ans malgré les difficultés économiques. Lors de notre passage, Maël était donc fraîchement rentré du festival d’Angoulême et déjà sur le pont pour ouvrir son bar-librairie – « en bon gérant qui s’auto-exploite » –, pendant que Pauline, son acolyte, faisait le tri des bouquins. Autour d’une infusion de fruits en gelée, entourés de rayons de BD, on a un peu parlé de ce lieu qui est passé par plusieurs stades de vie. En 2020, l’idée était d’ouvrir une boutique entre éditeurs de BD indépendants de la région, « avec un parti-pris de vraie librairie, une licence 4 et un compte ouvert chez les diffuseurs de la région », raconte Maël. Le Covid ayant « tout tué », le bar a « vivoté » deux ans et Rouquemoute l’a repris en 2022. Après « Les Boucaniers », puis « La Flibuste » il est devenu fin 2024, « Chez Rouquemoute ». Dans la foulée d’un appel à soutiens, la maison d’édition a en effet recentré la vente sur ses propres livres, des goodies et quelques « coups de cœur arbitraires » venus des « copains éditeurs ».
Eviter le pilon
« Economiquement et financièrement, la BD indé, c’est la catastrophe absolue, lance Maël. Elle souffre aussi de surproduction, alors que le porte-monnaie, lui, ne double pas. » Le petit équipage s’est déjà vu réduit de trois quarts en un an et demi. Le bar, les festivals, les événements organisés apportent quelques revenus. Un petit espace de travail partagé est loué sur la mezzanine. Rouquemoute vend aussi sur internet ; on peut aller « au bout de la connerie » en faisant ses achats sur la boutique en ligne pour venir les retirer à la boutique en ville. Question connerie, l’éditeur n’a pas voulu céder à celle de faire imprimer ses livres plus loin qu’en Vendée. « Une question de bon sens plus que de militantisme écolo », estime Maël, qui cherche aussi à « réduire les coûts de production et ne pas gâcher de papier ». Rouquemoute évite à ses livres le pilon et trouve des créneaux de vente pour les mener « jusqu’à leur ultime souffle ».
L’appel à soutiens ayant plutôt marché, les pronostics de sauvetage étaient bons, début 2025. Mais en avril, « d’un seul coup de fil », la banque a donné un ultimatum pour rembourser une dernière dette. Qu’à cela ne tienne. Si ce banquier-là ne veut rien entendre, d’autres prêtent l’oreille, et de l’argent. « À ce jour, il n’est pas prévu que nous mettions la clé sous la porte », nous rassure l’infolettre du 15 avril. La vente de soutien continue et la maison envisage d’autres modèles économiques. Elle lance un appel aux lecteurs, investisseurs, groupes éditoriaux indépendants… réfléchissant à éventuellement ouvrir son capital.
Lucie Aubin
Article publié en mai 2025, L’âdf n° 206
Pour soutenir Rouquemoute : sauvons.rqmt.fr et rouquemoute-editions.fr
Pour aller Chez Rouquemoute, c’est 6 allée Susan B Anthony, à Nantes.







