Vivons-nous toujours, en France, au sein d’une démocratie ? Vous aurez peut-être remarqué, depuis quelques années, une sorte d’inversion des réponses reçues par l’intrépide qui ose formuler cette question : hier, il se faisait traiter de complotiste, aujourd’hui, il se voit plutôt taxer de naïf – « bien sûr que non, tu débarques ?! ».
Entre temps, il y a eu la répression féroce des Gilets jaunes, et la gestion autoritaire de l’épidémie de Covid. Si on s’en était tenu là, sans doute pourrions-nous encore nous bercer avec l’idée que, durant ces « crises inédites », la démocratie est mise entre parenthèses, avant de reprendre ses droits dès que l’événement « totalement exceptionnel » est terminé. Mais il faut avouer que l’illusion démocratique a tendance à disparaître. Faut-il rappeler que suite à la dissolution de l’Assemblée nationale, il y a à peine plus d’un an, des élections législatives ont eu lieu, au terme desquelles le camp présidentiel a été balayé ? Camp qui a refusé de lâcher le pouvoir, s’est contenté de changer une poignée de visages sans rien modifier à sa politique globale (1).
Faut-il rappeler, autre exemple, qu’une pétition contre la loi Duplomb a recueilli plus de 2 millions de signatures ? À la suite de quoi la présidente de l’Assemblée a finalement expliqué qu’elle était favorable à la tenue d’un débat, ajoutant néanmoins que, cette loi ayant été adoptée, il n’était pas question de revenir dessus. Faut-il rappeler, dernier exemple parmi tant d’autres, qu’un tribunal administratif avait prononcé l’annulation des autorisations de chantier de l’autoroute A69, mais que la Cour administrative d’appel a accordé un « sursis à exécution » du jugement ? Autrement dit, les travaux peuvent reprendre en attendant la décision en appel. Les juges pourront alors constater que les travaux ont été réalisés dans l’illégalité … mais qu’ils ont été réalisés quand même. Le tout se fait au nom de la « raison impérative d’intérêt public majeur », notion qui peut englober tout et n’importe quoi, et à laquelle chaque bon citoyen devrait se plier s’il ne veut pas passer pour un égoïste, voire un séparatiste (2). Construction d’un data center géant, d’une mine, d’un aéroport, d’une autoroute ? À chaque fois, c’est censé représenter un « projet d’intérêt national majeur » ou autre formule du genre. Problème : devant l’absurdité des projets imposés, plus personne n’y croit, à cette prétendue « raison d’état »…
Nous aurions presque envie de joindre nos voix à celle du chanteur punk Didier Super qui, dans l’un de ses morceaux, supplie nos dirigeants : « Manipulez-nous mieux ! » En attendant, un appel à « tout bloquer » a été lancé pour le 10 septembre. Les grosses ficelles habituelles sont de sortie pour dire tantôt que c’est un vilain coup de l’extrême droite, tantôt que c’est une abominable manif d’extrême gauche et qu’il ne faut surtout pas y aller. Raison de plus pour discuter de tout ça, le 10, dans la rue !
Nicolas Bérard
1- Oui, bien sûr, « il y a pire ailleurs », et le simple fait que l’Assemblée puisse faire tomber un gouvernement montre qu’un semblant de démocratie reste en place. Au moment où vous lirez ces lignes, le gouvernement Bayrou aura peut-être été renversé à son tour. Et un macroniste sera peut-être chargé de constituer un nouveau gouvernement… macroniste ?
2- Lire à ce sujet le passionnant livre La Terre confisquée, critique de l’aménagement du territoire, du philosophe Jean-Marc Ghitti (éd. La Lenteur).









