« Pour être libre, il faut être craint » (1) … Mais voyons Manu, qu’est-ce qui te prend ? Il ne faut pas dire des choses aussi idiotes ! Tu es président de la République, des gens pourraient te croire !
Certes, les rapports de forces existent, dès la cour de récré. Et quand on n’est pas du bon côté, il faut savoir faire face : au camarade de classe harceleur, au patron voyou, au conjoint violent, à l’agresseur quel qu’il soit. Faire face, d’accord. Mais inspirer la crainte ! En affirmant qu’ « il faut être craint » pour se faire respecter, tu mets le doigt dans quelque chose de puant, Manu. N’es-tu pas en train de dire que le harceleur, que la mafia, que Trump et Poutine et que tant d’autres, en utilisant arbitrairement la force, ont raison ?
Tuer pour éviter des morts…
Ah oui, j’oubliais. La dissuasion nucléaire. Pas besoin d’agresser pour être craint, puisqu’on appuiera sur le bouton après avoir été agressés, alors que l’ennemi aura déjà envoyé ses têtes nucléaires ! Grâce à la bombe atomique et à sa capacité d’annihiler l’ennemi après qu’il nous ait tué, c’est vrai qu’on se sent vachement en sécurité. Il faudra appuyer vite, avoir le bon timing. La difficulté sera d’appuyer juste après, et pas juste avant …
D’ailleurs, pour être craint, n’est-il pas plus sûr de « prouver sa force » en frappant le premier ? Même les Etats-Unis, qui ont inauguré l’escalade nucléaire en 1945 en lançant leurs bombes atomiques sur le Japon, disent s’être défendus. Ils ont tué plus de 200 000 personnes pour sauver préventivement des vies. Agresser pour ne pas être l’agressé. Tentant, non ? La guerre préventive est très tendance en ce moment.
Alors tu enfiles tes lunettes d’aviateur et tu joues à celui qui aura la plus grosse ogive. Tout ça « pour être libre ». J’aimerais bien que tu m’expliques à quoi ressemble ta liberté. Elle ne sent pas un peu l’impérialisme, ta liberté protégée par des bases militaires un peu partout dans le monde ? Notre liberté, c’est la liberté de penser, la liberté de s’exprimer, la liberté de vivre debout sans exploiter quiconque, du moins d’essayer. Cette liberté n’a pas besoin de ton impérialisme et de tes bombes. Si quelqu’un d’extérieur a un jour l’idée de s’en prendre à nos libertés, t’en fais pas Manu, on sera là, on fera face. Mais pour l’heure, la montée des idées fascistes n’est-elle pas plus préoccupante pour nos libertés que « l’ennemi extérieur » que tu nous fais redouter ?
Texte : Fabien Ginisty
Dessin : The chômeuses go on (CC-BY)









