Pour les troupes de théâtre, le festival d’Avignon constitue une fantastique opportunité de se faire connaître. Mais pour beaucoup, les prix de location des salles sont devenus inabordables. La CGT a donc aménagé sa propre salle, où six compagnies peuvent se produire gratuitement chaque mois de juillet.
Comme chaque mois de juillet depuis soixante ans, Avignon va devenir la capitale mondiale du théâtre. En quatre semaines, plus de 1 400 compagnies vont se croiser dans ses 139 théâtres. Au total, avancent les organisateurs, la ville comptera plus de 27 000 levers de rideaux. Derrière les rideaux, justement, les compagnies jouent souvent très gros. Pour elles, le festival représente une immense opportunité de rencontrer un public, d’être repérées par des programmateurs et de se faire une réputation. Mais le coût financier d’une participation est devenu extrêmement élevé. Pour jouer chaque soir devant un public, les troupes doivent ainsi débourser plus de 10 000 euros, voire quatre fois plus, pour réserver un créneau. Il faut encore ajouter les frais de logement – inutile d’épiloguer sur le prix d’un hébergement en juillet à Avignon … –, on comprendra qu’une participation à cette grand messe du théâtre représente bien souvent un risque monumental, voire un pari à quitte ou double.
« Ils en ont besoin pour travailler »
Une salle fait néanmoins exception : ici, les compagnies sont accueillies gracieusement ! Cette salle, c’est celle de la Bourse du travail, directement gérée par la CGT du Vaucluse. Le syndicat l’a ouverte en 2008, après avoir aménagé ce qui constituait jusque là une grande salle de réunion. Année après année, elle a été équipée d’une scène, de gradins, de sièges, de rideaux … Désormais véritable et belle salle de spectacles, elle permet, chaque année, à six troupes de se produire pendant toute la durée du festival, une fois par jour – sauf le lundi, jour de repos : on ne rigole pas avec le droit du travail. Une commission, composée d’une quinzaine de membres issus de divers syndicats et structures de la CGT Vaucluse, se charge de sélectionner les heureux élus, parmi les très nombreuses demandes. « Dans cette commission, il y a des agents d’EDF, des fonctionnaires territoriaux, personnellement je suis un hospitalier, il y a de tout, explique Fred Laurent, le directeur de la salle. Ce sont des syndicalistes du département, des passionnés qui veulent œuvrer en faveur d’une culture émancipatrice et d’une culture pour tous. »
Durant le festival, seules des troupes professionnelles sont accueillies. « Ce festival est trop important pour ceux dont c’est le métier, ils en ont besoin pour pouvoir travailler », justifie Mireille Paume, directrice artistique et membre du bureau confédéral des retraités de la CGT. Durant un mois, les membres des troupes sélectionnées vont, avec l’appui du syndicat, autogérer le site. Ce sont eux qui assureront le ménage, la billetterie, un standard téléphonique pour les réservations … « Du coup, on s’approprie le lieu et pendant 1 mois on se sent comme chez nous », témoigne Claire Pouderoux, de la compagnie Le doute est permis. Elle a pu, pour la première fois, participer au festival d’Avignon en 2023 avec sa pièce Présent, grâce aux conditions offertes par la CGT. « C’était déjà génial de vivre 20 représentations dans cette ambiance particulière. Mais en plus, il y a eu 60 programmateurs et programmatrices qui sont venues nous voir, et nous sommes repartis avec une quarantaine de dates de tournées. À part à Avignon, c’est quelque chose d’impossible ! » La commission essaye de mélanger des troupes encore jeunes avec d’autres plus aguerries, ce qui permet d’enrichir encore l’expérience. En 2023, Claire Pouderoux a ainsi partagé la scène avec Jean-Claude Drouot, connu du grand public pour avoir interprété Thierry la Fronde dans la série télévisée des années 1960. Cette fois, il interprétait Jean Jaurès, et « il tenait à le faire ici, à la Bourse du travail », se souvient Mireille Paume. Des acteurs et actrices reconnues, comme Ariane Ascaride, suivent et soutiennent cette salle, envoient des compagnies, envisagent de s’y produire … Peut-être, suggère Fred Laurent, « parce que dans notre lieu, il y a l’esprit de Jean Vilar. C’est un peu prétentieux d’affirmer ça, mais comme plusieurs personnes nous l’ont dit … »
Nicolas Bérard
> Théâtre de la Bourse du travail,
8 rue Campane, Avignon.
> Claire Pouderoux et la compagnie Le doute est permis retourneront cette année à Avignon, cette fois à
La Scierie (15 boulevard du quai Saint Lazare),
avec Poursuite, un « seul en scène forestier ».









