Entre les soins, l’alimentation, les enclos et le reste, tenir un refuge animaliste demande beaucoup d’argent, et ce sans aide publique. En Centre-Bretagne, le refuge de l’Épine blanche cherche à développer une activité de polyculture-refuge.
Dans une petite commune au centre de la Bretagne, un hectare de prairie accueille depuis août 2023 le refuge de l’Épine blanche et ses pensionnaires : trois moutons et trois brebis. « On pense accueillir d’autres animaux mais on attend d’être stables », pose Leïla, qui fait partie du noyau dur avec Matt et Erell. La jeune troupe est antispéciste, c’est-à-dire qu’elle lutte contre la domination des animaux par l’humain. « On avait organisé un festival, appelé Nuisibles, qui a attiré une cinquantaine de personnes dans notre coin. Mais on voulait aussi être dans l’action directe, pour vivre un mode de relation avec les animaux qui ne soit pas de la domination », raconte Matt. Le projet se concrétise par l’achat de quatre hectares : un pour le refuge, le reste pour une activité de maraîchage et pour le collectif.
Dans l’enclos mobile, les deux jeunes béliers, Heol et Frim (soleil et verglas en breton, la météo du jour de leur naissance), se pressent et bousculent leur mère Ice pour s’approcher du groupe et satisfaire leur curiosité. « Ice appartenait à un homme qui faisait de l’élevage pour sa consommation personnelle. Elle a eu une portée par an pendant douze ans. Heol et Frim, ce sont les premiers enfants qu’elle va garder », souligne Erell. C’est elle qui lance l’activité de maraîchage avec sa compagne : « On entend toujours dire que le futur du modèle agricole c’est la polyculture-élevage. Nous on veut faire de la polyculture-refuge : c’est le même principe sauf qu’on n’exploite pas les animaux et on ne les mange pas à la fin », sourit la jeune femme.
Une cantine mobile
Tenir un refuge demande du temps et de l’argent. L’Épine blanche estime avoir besoin d’un fonds de roulement de 1 000 euros pour, si besoin, pouvoir payer une opération. Leïla sort le classeur qui rassemble les factures du vétérinaire de la région : une visite sans intervention, 20 euros, une consultation et un vermifuge, 69 euros, la castration des deux béliers, 106 euros… Dans les refuges accueillant des cochons, une visite d’un vétérinaire spécialisé peut coûter jusqu’à 1 000 euros. à l’Épine blanche, le plus gros investissement financier réalisé concerne les clôtures, financées par le festival Nuisibles et par un don de 4 000 euros d’une entreprise de cosmétiques.
La solidité financière du projet repose surtout sur sa cantine végane, qui se déplace lors de festivals pour nourrir les participant·es à prix libre. « La cantine, c’est une véritable chance de l’avoir. Sans ça, on aurait été incapable de créer le refuge », reconnaît Erell. L’activité de maraîchage aura aussi son rôle à jouer. « Le refuge seul n’est pas autofinançable, il est un moyen d’action dans une vision politique plus globale. Le maraîchage, la cantine, le refuge… tout est lié », complète Matt. « On ne veut pas reposer sur les dons de particuliers, car dans les périodes où les gens n’ont plus de thunes, ils arrêtent les dons. Plein de refuges sont en galère aujourd’hui à cause de cette instabilité. »
Les refuges d’animaux dits de ferme sont dans une sorte de vide juridique : leurs pensionnaires ne sont ni des animaux d’élevage, ni des animaux domestiques. Pourtant, le refuge de l’Épine blanche paie des cotisations pour ses animaux, qu’il déclare comme s’il s’agissait d’un élevage. Une situation assez ironique : de nombreux refuges accueillent des animaux qui leur sont remis… par les préfectures ! Fin d’un élevage, animal saisi pour maltraitance… il n’existe pas de « fourrière » pour conserver ce petit monde. Les refuges interviennent alors, sans bénéficier pour autant d’aides publiques.
« Nous travaillons pour que les refuges aient un statut »
En septembre 2022, le Réseau national des refuges animalistes, dont fait partie l’Épine blanche, a été créé pour répondre à cette problématique. « Très souvent, les animaux qui arrivent en refuge ne sont pas en bonne santé et il y a aussi l’alimentation, les bâtiments, etc., expose Virginie Sabourin, fondatrice du réseau. Nous travaillons pour que les refuges aient un statut à part entière, une véritable reconnaissance des institutions publiques et donc un soutien financier. Les membres de notre réseau ne prennent pas de vacances et peu se rémunèrent. Tout le monde cumule différentes activités annexes, pour à peine rentrer dans ses frais. » Matt aimerait lui aussi voir la création d’un statut spécifique : « Ces animaux-là existent, ils sont une classe sociale à part entière. Ils ont été créés par et pour l’humain. C’est notre devoir de les respecter et de leur proposer une autre vie, sans rapport de domination. »
Marine Forestier
> Pour en savoir plus : page Helloasso du refuge de l’Épine blanche : helloasso.com/associations/le-refuge-de-l-epine-blanche







