Si la « transition » consiste à remplacer les énergies fossiles par des renouvelables, sans faire baisser la consommation énergétique globale, cela nécessitera un extractivisme épouvantable, dévastera des régions entières et engendrera des pollutions millénaires.
C’est un problème majeur de la « transition » qui est pourtant largement passé sous silence : est-il envisageable d’extraire de la planète Terre – système fini – les métaux nécessaires à la construction des machines panneaux solaires, éoliennes, réseaux électriques, etc.) que réclame sa réalisation ? Et surtout, quelles conséquences sociales et environnementales aurait cet extractivisme ? Dans l’ouvrage La Ruée minière au XXIe siècle*, la journaliste et philosophe Celia Izoard mène l’enquête sur « les métaux à l’ère de la transition » et apporte de nombreux éléments de réponse.
Rio Tinto, le troisième groupe minier de la planète, tient son nom de celui du village espagnol où il a commencé à exploiter le cuivre à la fin du XIXe siècle. L’autrice s’y est rendue pour voir à quoi ressemblait désormais ce site. Réponse, donnée par un guide touristique enthousiaste : un « paysage étrange qui ressemble à la planète Mars ». Certes, un fleuve – le Rio Tinto, c’est malin – continue de couler, mais son eau est tellement acide que rien ne peut y survivre. Sur terre, pas un arbre, pas une plante. Au lieu de la montagne de 535 mètres de haut qui se dressait là il y a quelques décennies, se trouve désormais une fosse, de 420 hectares et 230 mètres de profondeur. Si ce n’était que ça…
Les exploitations de ce type ne consistent pas uniquement à creuser pour « extraire » les matières intéressantes. Ici, les roches ne contiennent que 0,4 % de chalcopyrite – même pas du cuivre, mais un minéral sulfuré d’où on extrait ce métal. Il faut donc broyer la roche, puis plonger la poudre obtenue dans divers bains chimiques (on vous passe le nom barbare des hydrocarbures utilisés, mais c’est pas joli-joli). A-t-on alors obtenu du cuivre ? Penses-tu ! Tout juste un « concentré » qui ne l’est pas tant que ça : sa teneur ne dépasse pas 23 %.
Tout ça est donc envoyé en Chine, où il va être chauffé à très haute température pour envoyer les impuretés dans l’atmosphère, puis re-bain chimique associé à une bonne petite électrolyse et,enfin, voilà du cuivre, concentré à 99,99 %,
UNE CHIMÈRE
Les mines de la « transition » ne sont donc pas des grands trous qu’il suffirait de reboucher une fois l’exploitation terminée. Elles engendrent des pollutions qui perdureront plusieurs milliers d’années. Or, la « transition énergétique », qui correspond grosso modo à l’électrification de nos usages, nécessiterait un extractivisme tout simplement insoutenable, pour peu qu’on veuille le regarder en face. L’Académie des sciences observe par exemple que « le programme de véhicules électriques français fait appel à des quantités de lithium et de cobalt très élevées, qui excèdent, en fait et à technologie inchangée, les productions mondiales d’aujourd’hui, et ce pour satisfaire le seul besoin français ! ». Le livre de Celia Izoard est en cela essentiel à plus d’un titre. Il démontre, de manière implacable, que la transition qui nous est vendue est une chimère, matériellement irréalisable et qui pourrait, au nom de la lutte contre les émissions de CO2, dévaster la planète d’une autre manière.
« On ne peut miser sur les énergies renouvelables qu’en réduisant drastiquement la production et la consommation. » Elle nous montre aussi l’importance, et la légitimité, de lutter contre l’ouverture de nouvelles mines – alors que nous pourrions être tentés de vouloir « prendre notre part » des pollutions utiles à cette transition : les besoins sont tels qu’« ouvrir des mines en Europe ne signifie (…) pas rapatrier les mines, mais en créer en Europe et partout ailleurs. » Selon l’autrice, se battre pour des mines plus « propres » ou plus « responsables » serait une erreur stratégique : « Avant de se demander comment obtenir des métaux de façon moins destructrice, il faut se donner les moyens d’en produire et d’en consommer moins ».
NB
* La ruée minière au XXIe siècle, de Celia Izoard, éd. Seuil, coll. écocène, 340 pages, 23 €.







