A Bruxelles, la délégation française a rencontré des représentants étrangers touchés directement par l’extraction minière. Les militants français sont clairs : c’est bien au plan mondial qu’il faut lutter contre l’extractivisme.
« Votre transition, notre extinction », voici le mot d’ordre de la soirée du 14 mai. Autour de la table, deux Argentins et un Birman sont venus à Bruxelles poules pour informer sur le processus d’extraction de minerais utilisés en Europe. Les Français présents expliquent être conscients d’être dans le bon continent et de bénéficier des fruits de cette « transition énergétique ». Pourtant, ils se positionnent aux côtés des pays du sud. « Ni ici, ni ailleurs » est notamment l’un des slogans de Stop Mines 03. « C’est notre territoire et nous ne voulons pas le lâcher. Nous sommes touchés par des maladies à cause du lithium, on a de moins en moins d’eau et elle est de plus en plus polluée. La répression policière est très forte face à nos contestations. Personne ne nous écoute, ni le gouvernement, ni les entreprises »*, explique Verónica Chávez, membre de la communauté autochtone de Tres Pozos (province de Jujuy, Argentine). Les terres de son peuple sont aujourd’hui exploitées par des multinationales pour extraire du lithium. « Nos luttes sont censées être protégées par des droits humains et indigènes. Or, il reste des zones d’ombre, nous ne voyons pas comment on peut faire des recours si nos droits ne sont pas respectés. L’UE affirme respecter le droit international, pour l’instant ce ne sont que des mots »*, regrette Ñushpi Quilla Mayhuay Alancay, avocate autochtone Kolla-Quechua et porte-parole de sa communauté à Mendoza (Argentine). Sa région est exploitée pour son potassium, son lithium et son cuivre.
« Pour qui est cette transition énergétique ? »
« Personnellement, je suis franco-colombienne. Je pense qu’en France nous avons la possibilité de nous exprimer sans nous faire totalement opprimer. C’est donc un devoir pour nous d’alerter sur nos situations locales », indique Natalia de Sauvegardons Razac (Dordogne). En Birmanie, dans la région de Kachin, toujours minée par une guerre civile, de nombreux métaux lourds sont extraits. Cette industrie pollue les sols, provoque des glissements de terrains (au moins 174 morts dans la catastrophe de la mine de jade de Hpakant en 2020) et dégrade la santé des locaux. « Les acheteurs chinois achètent tout pour leur marché. Ils transforment les minerais. Ensuite, beaucoup de produits arrivent en Europe dont un cinquième en Allemagne »*, détaille Seng Li, directeur de l’ONG Shanan Foundation. Selon lui, les acheteurs européens devraient essayer de traiter directement avec le KIO (Organisation Indépendante du Kachin). Il affirme que le groupe respecterait bien plus les populations locales. Malheureusement, « pas tout le monde est ouvert à entendre notre discours. Un eurodéputé allemand m’a dit que c’est un conflit interne »* au Kachin, ajoute Seng Li. Certains parlementaires se bouchent les oreilles alors que leur pays bénéficie en masse de ces minerais tachés de sang. « Nous sommes victimes du réchauffement climatique ! Pour qui est cette transition énergétique ? Ce ne sont pas nos communautés qui bénéficieront de voitures électriques »*, alerte Ñushpi Quilla.
Sauver les communautés locales ?
Extraire en France et en Europe, pourrait-il sauver des communautés locales opprimées d’Argentine, de Birmanie, du Congo, de Colombie… ? Spoiler : non. Dans une voiture électrique, il y a du graphite, du cuivre, du cobalt, du nickel, des terres rares, du lithium et du manganèse. Ces minerais sont loin d’être tous présents en Europe et en Amérique du Nord. « Extraire chez nous n’empêche pas de saloper à l’étranger. Extraire plus ici pour faire n’importe quoi revient à mettre la pression à l’étranger », indique Etienne de Stop Mines 03. Finalement, extraire plus localement, pour produire plus, nécessite aussi d’extraire plus ailleurs.
Virgile Revelle
*Ces citations ont été traduites de l’espagnol et de l’anglais.
Photo : Carola Rackete tient le micro, entourée des représentants des délégations argentine et birmane
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