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Dans le nord des Deux-Sèvres, un collectif d’habitants s’est mis en place pour cultiver des pommes de terres au profit des plus démunis. Après la récolte, une journée bilan a permis d’imaginer les suites à donner pour aller plus loin vers l’autonomie alimentaire.
« Nous avons récolté plus de 4 tonnes de pommes de terres et mobilisé 150 personnes sur six communes du Bocage. » Nous sommes dans le Bocage bressuirais, au nord des Deux-Sèvres. Sylvie, mégaphone à la main, perchée sur un rocher qui domine la cours de la salle des fêtes, annonce fièrement le bilan de l’opération “Bocage a la patate”. Elle fait partie de la poignée de militants qui, il y a six mois, confinée mais pas résignée, n’est pas restée les bras croisés face à la crise sociale qui s’annonçait déjà. Un article dans la presse locale, quelques mails et trois réunions téléphoniques ont suffi à lancer six groupes d’habitants avec une même idée en tête : cultiver des légumes pour qui en aura besoin à l’automne.
Ramasser des doryphores… et refaire le monde
Première étape : trouver du foncier. Quelques particuliers ont proposé un bout de parcelle et trois mairies ont accepté de mettre un terrain à disposition. À Combrand, juste derrière l’école et sa cantine, les agriculteurs ont retourné la terre d’une parcelle constructible à vendre. Quelques jours après la levée du confinement, une quinzaine de bénévoles s’est retrouvée pour les plantations, grâce aux dons de plants qui sont arrivés d’un peu partout. Les chantiers se sont ensuite succédés au fil de la saison, pour pailler, désherber, arroser, ramasser les doryphores… et refaire le monde.
« Moi, les patates, le jardin, en fait, j’aime bof », reconnaît Paul, qui a rejoint le groupe de la commune du Pin. Résident de Vivre au Peu, un lieu de vie qui accueille des demandeurs d’asile et personnes au parcours de vie chaotique, il confie, les yeux pleins de malice : « Ce qui me plaît ici, c’est d’être en groupe, rencontrer des gens, donner un coup de main, me faire des amis. » Anne, qui coordonne la structure d’accueil, confirme :
Restos du cœur, associations d’aide aux migrants, épicerie solidaire… de nombreuses structures locales participent à l’aventure. Les bénéficiaires de ces associations ont été conviés aux chantiers en famille, et ont pu repartir avec une partie des récoltes. Le reste sera distribué dans les semaines à venir.
En cette journée de bilan ensoleillée, après un repas partagé où les salades de pommes de terres aux harengs ont côtoyé les grenailles rissolées, pas le temps pour la sieste ! L’heure est aux débats sur les suites à donner : « Qu’est-ce qu’on fait de toutes les patates qui nous restent ? C’est quoi, une démocratie alimentaire ? Au fond, quel est notre objectif commun ? »
« Ne pas faire la charité »
Si le projet est parti d’un élan de solidarité en période de crise, pas question qu’il s’arrête là pour Estelle, grande robe rouge et cheveux en cascade.
À l’instar de la jeune femme, le collectif voudrait élargir la portée de son action. Trouver davantage de terrains communaux pour fédérer davantage de structures, mais aussi d’habitants. Aller chercher en dehors des réseaux militants habituels, et semer les graines d’un grand débat sur notre alimentation.
Pour se faire connaître, les idées ne manquent pas. À Combrand, deux rangs de patates ont été laissés pour que les enfants de l’école puissent venir les récolter et les manger à la cantine, ou repartir avec un petit sac chez eux. Ailleurs, on parle de donner les patates au club de foot pour sa soirée frites. D’autres encore sont partants pour vendre des tubercules à prix libre sur le marché de Bressuire, histoire d’interpeller les gens sur l’autonomie alimentaire du territoire. Et pourquoi pas un petit plaidoyer pour inciter les élus locaux à faciliter l’installation de paysans ?
Après tous ces échanges, chacun est reparti dans sa commune, avec quelques recettes et plein de nouvelles idées pour la suite. Le genre de journée qui donne la patate !
Marie Gazeau








