Jerry K. milite au sein du Collectif pour une Sécurité sociale de l’alimentation. Il nous en dit davantage sur ce projet politique, au cœur d’une vingtaine de d’initiatives locales en France.
L’âge de faire : À quoi ressemblerait une Sécu sociale de l’alimentation (SSA) à l’échelle nationale ?
Jerry K. : Notre référence, c’est tout simplement le système de la Sécu tel qu’il fonctionnait avant 1967, organisé et géré par les personnes qui cotisent et celles qui travaillent dans le secteur, ici celui de l’alimentation. La SSA serait une branche supplémentaire du régime général. De nouvelles cotisations sociales permettraient de donner à chacun les moyens de choisir une alimentation de qualité et aux travailleurs et travailleuses des secteurs de l’alimentation de travailler dans de bonnes conditions. La carte vitale pourrait ainsi être créditée chaque mois d’une somme donnée, 150 euros par exemple, pour acheter des produits auprès de producteurs et magasins conventionnés, à l’image des pharmacies et des médecins avec la branche santé.
Qu’est-ce qui distinguerait la SSA du chèque alimentaire ?
C’est le projet strictement inverse ! Le chèque alimentaire est paternaliste, financé par les riches (via l’impôt, Ndlr) à destination des pauvres, et c’est l’État qui décide de tout. Or, pour nous, « une politique pour les pauvres reste une pauvre politique ». Par les cotisations sociales, au contraire, ce sont les travailleuses et les travailleurs qui financent le dispositif. On tient également beaucoup au principe d’universalité, fondateur de la Sécu : qu’on soit riche ou pauvre, on a droit à la même chose. Enfin, on est très attachés au fait que ce soient les personnes concernées qui décident de l’emploi du fonds qu’elles financent, notamment en ce qui concerne le conventionnement et l’allocation des cotisations. La gestion démocratique, par les mangeurs et les mangeuses, serait un formidable moyen pour que les gens s’approprient des questions politiques : comment on travaille, comment on produit, comment on consomme, dans quoi on investit, etc. La SSA serait par ailleurs un levier financier, via les conventionnements, pour mettre en place un nouveau système alimentaire, de l’agriculture à la distribution en passant par la transformation, en dehors de la logique capitaliste. Comme l’a fait la Sécu pour la santé.
Comment on met en place cette utopie concrète ?
Comme toutes les caisses assurantielles, la SSA gagne à être mise en place à l’échelle nationale, car cela améliore sa capacité à être à l’équilibre tout en reposant sur un principe de solidarité entre travailleurs, territoires, maillons du secteur, etc. Il faudra donc, à terme, que le Parlement légifère. Pour autant, à l’image de la Sécu avant 1967, le système reposerait sur des caisses gérées à différents échelons, à commencer par le local, pourquoi pas à l’échelle des bassins de vie. Ce principe démocratique « au plus près » est déjà expérimenté dans plusieurs territoires, à l’image du Soli’doume, et une dizaine d’expérimentations supplémentaires sont en gestation. Ce n’est que le début !
Recueilli par Fabien Ginisty







