« Aire naturelle de camping ». Trois mots qui me mettent en joie. Pas besoin de réserver, pas de barrière à l’entrée, on se met où on veut, l’aménagement est limité au strict minimum. Un terrain plat, des sanitaires propres, un accueil à l’entrée. Sur la porte, il est indiqué : « Si vous arrivez hors des horaires d’ouverture, merci de glisser votre règlement dans la boite aux lettres. » Le prix, modique, est censé payer les frais et le salaire de l’agent qui s’occupe du nettoyage.
Ce lieu existe, j’y ai dormi. Vous aussi peut-être ? Qu’est-ce qu’on y est bien ! Ça sent bon la liberté ! Certes, ce n’est pas le bivouac au milieu de nulle part, mais vu le nombre que nous sommes à pratiquer le bivouac, il commence à y avoir foule au milieu de nulle part. Il y a d’ailleurs une appli pour ça, sur laquelle tu renseignes le lieu où tu peux poser ton camion et être seul au monde dans un endroit paradisiaque. Autant dire que l’année d’après, il y a une barrière à l’entrée.
Avant, tu pouvais te planter et tomber sur un endroit pourri, c’était « comme ça ». Aujourd’hui, avec toutes les données disponibles, tu es plus que jamais seul responsable de tes choix. Gare aux frustrations quand Météo France n’a pas anticipé les trois jours de pluie au Pays basque, ou quand telle base de données participative a annoncé, à tort, un poêle à bois dans ce refuge trop mignon. C’était comment, de voyager sans smartphone ? C’était hier et pourtant, la plupart d’entre nous a déjà oublié. Il y avait bien Le Routard pour nous filer « les bons plans », mais l’info était beaucoup plus parcellaire. On risquait de ne pas manger dans « le meilleur restaurant », de rater l’artiste local … Avoir peur de rater quelque chose est devenu un syndrome qui a sa page Wikipedia : le Fomo, Fear of missing out. Ce biais cognitif est surtout convoqué quand il s’agit d’expliquer notre dépendance aux réseaux sociaux.
Mais il y a de cela aussi quand on voyage, me semble-t-il. Face aux queues dans les calanques, à la mobilhomisation des campings, à la réservation dans les refuges, à la privatisation des plages, face au « tourisme » partout tout le temps, « où atterrir ? » Autrement dit, « où planter sa tente » ? Le monde semble s’être « rétréci » à ce qu’on trouve sur Internet, qui prétend être omniscient. Il suffit de s’en passer un peu pour que l’immensité se redéploie. Il y a mille itinéraires possibles pour aller d’un lieu à l’autre, le GPS a tendance à nous le faire oublier. Prendre du plaisir à l’imprévu : c’est peut-être la meilleure des façons de ne pas contribuer, soi-même, à la touristification.
Fabien Ginisty
PS : Vous passez une nuit dans un refuge ? Un camping ? Laissez-y votre L’âge de faire, vous contribuerez à multiplier les lectures imprévues !








