De Sydney à Mexico en passant par Saint-Étienne, 65 collectifs de livreurs à vélo se sont fédérés au sein de Coopcycle. Ils mutualisent via l’association leur plateforme de travail, mais pas que : Coopcycle a vocation a être un outil plus large au service des salariés.
L’histoire de Coopcycle ne commence pas dans un garage de la Silicon Valley, mais quelque part dans la foule de Nuit Debout et des manifs anti-loi travail à Paris, en 2016. Un développeur informatique s’y politise et, au chômage, commence à taper du code. Alexandre Ségura, la trentaine, a parmi ses proches des livreurs à vélo soumis aux diktats des grandes plateformes. Il veut leur proposer une alternative : un logiciel qui leur appartiendrait. Il fait connaître son travail, en parle avec des copains de Nuit Debout, des syndicats de livreurs… Une petite communauté se constitue et mûrit ce projet « social et politique avant d’être économique », selon son inventeur. L’association Coopcycle est lancée en 2017 avec, comme leitmotiv, la réappropriation par les livreurs de leur outil de travail. Elle met donc à disposition, dans l’esprit des logiciels libres, une plateforme qui permet de faire le même métier qu’avec la plateforme Uber, mais sans Uber…
Réservé aux coopératives et associations
Or, qu’est-ce qui garantit aux concepteurs de la plateforme qu’elle ne sera pas utilisée par une nouvelle start-up qui veut ubériser toujours plus les livreurs ? Cette question de la « récupération du code » et de sa propriété n’est pas nouvelle chez les informaticiens, et elle reste cruciale : de grandes firmes comme Google se sont appuyées sur la culture du logiciel libre et du travail gratuit pour construire leur empire. Comment faire en sorte que certaines entreprises puissent utiliser la plateforme… mais pas toutes ? Comment garantir aux développeurs, en particulier les bénévoles, que leur travail ne sera jamais récupéré à des fins capitalistes ? Aux débuts de Coopcycle, le droit français n’a pas la réponse. L’association va mobiliser des juristes qui vont trouver la parade.
Aujourd’hui, tout le monde a accès au code informatique de la plateforme Coopcycle. Ainsi, contrairement aux plateformes « propriétaires » des géants du secteur, les algorithmes qui rythment la vie des coursiers utilisant Coopcycle sont en place publique. Par contre, seules des entreprises coopératives ou des associations ont le droit de l’utiliser. Et si elles l’utilisent, elles peuvent en être gestionnaires, en adhérant à l’association Coopcycle qui en est propriétaire. Ainsi, ce sont les utilisateurs de la plateforme qui décident collégialement de son évolution. « Chacun cotise à hauteur de 2,5 % de la valeur ajoutée réalisée l’année précédente, précise Adrien Claude, l’actuel coordinateur de Coopcycle. C’est le pourcentage fixé pour cette année. L’an prochain, cela dépendra de ce que les adhérents décident. C’est leur outil. »
« Intention fédérative »
Actuellement, Coopcycle compte 65 structures adhérentes. La plupart sont encore sous forme associative mais ont vocation à devenir des coopératives, à l’image des Coursiers stéphanois. « La moitié des collectifs sont en France, indique Adrien Claude, et l’autre moitié en Allemagne, en Espagne, en Angleterre, à Mexico, à Vancouver, à Montréal, à Sydney… » Le projet est devenu en quelques années un outil mutualisé par des coopératives de livreurs aux quatre coins de la planète. Mais l’association ne veut pas cantonner son rôle au seul partage de frais d’un outil informatique. Oui, la plateforme donne une visibilité commerciale à chaque structure sur coopcycle.org, mais « au-delà, on a une intention fédérative, être là aussi pour porter les intérêts des salariés des coopératives ». L’association a par exemple développé un programme de formation de gestion d’entreprise pour les coursiers, désormais devenus leurs propres patrons. « Il est traduit en trois langues, et animé par trois gérants parmi les structures historiques du réseau. »
FG







