À Saint-Paul-la-Coste, dans les Cévennes gardoises, un collectif se bat depuis des mois contre l’implantation d’une antenne-relais. Le projet, mené par Bouygues Telecom via son bras armé, l’entreprise Spie, est emblématique d’un système totalement fou, hors de contrôle, qui foule au pied la démocratie, la santé publique, l’écologie et tout ce qui va avec.
Sur cette commune habitent (au moins) trois personnes souffrant des ondes électromagnétiques, leur électro-hypersensibilité ayant été attestée par des certificats médicaux. L’une d’elles est reconnue comme étant en situation de handicap par la MDPH (1) du Gard. Une autre s’est installée dans la commune il y a moins d’un an, justement parce qu’elle y avait trouvé un logement en zone blanche. Ce logement serait… l’habitation la plus proche de l’antenne, en ligne directe avec les émetteurs.
Lors d’une réunion de concertation, tout cela a été expliqué au maire de la commune – qui n’a quasiment plus aucun pouvoir en la matière –, au sous-préfet local – qui a écouté sagement avant de s’empresser de ne rien faire – et aux représentants de Bouygues Telecom, qui n’ont rien trouvé de mieux que d’ironiser sur le sort des personnes électro-hypersensibles (EHS) et de multiplier les mensonges (« l’OMS, l’Anses (2) retiennent qu’il n’y a pas de risques sanitaires pour les personnes qui vivent à proximité des antennes-relais »). Rappelons aux étourdis que l’Anses estime que les personnes EHS pourraient représenter 5 % de la population (estimation de 2018) et que l’OMS classe les ondes électromagnétiques dans la catégorie 2B, « cancérogène possible », au même titre que le plomb ou le chlordécone. Découvrant tout cela, le conseil municipal de la commune a réclamé, via une délibération prise à l’unanimité, d’obtenir les certificats d’assurance de l’opérateur couvrant notamment le risque sanitaire. Volonté sur laquelle s’est allègrement assis Bouygues Telecom, qui a repris les travaux le 30 juin, sans rien avoir transmis.
Le pays sortait tout juste d’une canicule comme jamais il n’en avait connu – canicule qui devait de nouveau frapper une semaine plus tard, selon les prévisions. Les températures venaient de battre tous les records de chaleur, cela ne constituant sans doute qu’un aperçu de ce qui nous attend dans les décennies à venir. Or, l’industrie numérique émet désormais plus de gaz à effet de serre que le parc automobile mondial. Et un transfert de données passant par une antenne-relais consomme au moins dix fois plus d’électricité que par la fibre optique.
Ce même 30 juin, donc, l’opérateur s’apprêtait à hélitreuiller l’antenne sur le site où avait été effectué une coupe rase quelques semaines plus tôt – une zone Natura2000 et réserve de biosphère. La planète brûle et la startup nation plante des antennes… par hélicoptère.
Texte : Nicolas Bérard
Dessin : Slevenn
1- Maison départementale des personnes handicapées.
2- Organisation mondiale de la santé (Nations Unies) et Agence nationale de sécurité sanitaire (établissement public).









