De l’Angleterre à la Libye, Gaëtan Mareschi a rencontré des figuiers dont il a prélevé quelques rameaux pour faire des boutures. Aujourd’hui, ses 150 figuiers, appartenant à une soixantaine de variétés différentes, attendent à Grasse de trouver un coin de terre.
Des enfilades de chambres où logent des volontaires, une cantine, un poulailler, un potager, des bureaux et ateliers d’artistes, une chapelle qui sert de salle d’exposition… À Grasse, l’ancien couvent Sainte-Marthe est devenu un lieu partagé. Tetris, une coopérative créée par un collectif d’associations, y accompagne de nouvelles activités, avec l’appui de son centre de recherche sur « l’innovation sociale ». Dans la vaste cour, un atelier de réparation de vélos voisine avec un stand dédié au travail du bois. Et juste en face, posée sur le goudron, une petite forêt hors-sol… Des dizaines et des dizaines de figuiers en pots.
Chaque arbre, âgé de 1 à 12 ans, a été bouturé par Gaëtan Mareschi, qui ne part jamais en randonnée sans son sécateur. Italie, Espagne, Portugal, Algérie, Grèce, Croatie, Libye, Tunisie, mais aussi Angleterre…
Les 150 arbres bouturés appartiennent à une soixantaine de variétés différentes. Partout où l’ont mené ses balades, prélever quelques rameaux de figuier a été propice aux rencontres, car le voyageur ne sortait jamais son sécateur sans demander l’autorisation. « Ça me permettait de parler avec les gens du lieu, d’avoir une approche particulière de la région », explique Gaëtan, qui partage volontiers son savoir en précisant toujours : « Je suis un passionné, pas un spécialiste. » Parfois, il retourne sur les lieux pour offrir, en guise de remerciement, un jeune figuier aux personnes qui l’avaient accueilli.
Cet enthousiasme lui est venu après une vie professionnelle bien remplie, durant laquelle il a « travaillé comme tout le monde dans ce monde de fous ». Il a commencé par créer un arboretum pédagogique en zone de montagne, dans l’arrière-pays niçois, avant de se concentrer sur l’arbre qui a marqué son enfance.
Histoires de figue, histoires de sexe
Il est aujourd’hui intarissable sur cet arbre « historique » qui aurait, comme le raconte la Genèse, fourni à Adam et Eve ses feuilles pour dissimuler leurs parties génitales. Gare aux irritations, car la feuille du figuier est agressive ! La ressemblance de la figue avec la vulve des femmes a inspiré toutes sortes de métaphores, de la poésie à l’insulte. Les mots grecs sukon et latin ficus désignent à la fois la figue, et le sexe féminin – voire, parfois, masculin (1).
Quant à la sexualité du figuier, elle n’est pas banale. Pour produire des figues comestibles, l’arbre a besoin que ses fleurs femelles (contenues à l’intérieur de la figue) soient pollinisées par un insecte, le blastophage. Pour se reproduire, celui-ci a besoin de pondre dans des figues spongieuses qui sèchent rapidement. Souvent appelées « figues de boucs », elles ne sont pas bonnes à manger et poussent sur les caprifiguiers. « Le caprifiguier est le seul à accueillir l’insecte. Il faut qu’il y en ait un dans un rayon de 5 km pour qu’on puisse manger des figues, indique Gaëtan. Sauf au-dessus de la Loire, où on a des figuiers autofertiles. »
Mais les variétés les plus savoureuses dépendent, semble-t-il, du blastophage… En Crète, 2000 ans avant Jésus-Christ, les paysans suspendaient dans les figuiers domestiques des rameaux de caprifiguiers pleins du précieux insecte (1).
Verger pédagogique
Par-dessus le goudron, au pied des figuiers de Gaëtan, de l’humus s’est constitué à base de feuilles mortes et autres débris végétaux. L’un des arbres en a profité pour exploser son pot et étendre ses racines. « C’est la revanche du sol sur le béton », sourit Juliette Beaumont. Gaëtan a transmis à la jeune femme une partie de ses connaissances, à travers l’Observatoire pédagogique du figuier qu’ils ont animé ensemble. À près de 70 ans, il espère maintenant trouver un vrai coin de terre pour ses arbres, et des personnes motivées pour s’en occuper. « Il faut de l’eau et du soleil, dit-il. Cela peut être un partenariat ou un achat… Pourquoi pas un partage de terres avec de jeunes agriculteurs ? » La production des figuiers pourrait alors créer une activité économique, pour une association ou une ferme. Quelques arbres seront aussi plantés à Sainte-Marthe, et participeront à la vie de l’ancien couvent.
Lisa Giachino
1 – Le retour de la figue prodigue, hors-série de la revue Fruits oubliés, juillet 2021.
Observatoire pédagogique du figuier
06 65 25 89 99 – 06 15 89 14 72
arboretum.sarroudier@free.fr – adele.malerba@sfr.fr







