Anna Entraygues fait partie des quatre élèves de l’école d’agronomie AgroParisTech qui ont décidé de rédigé cette tribune, rejoints ensuite par des jeunes d’autres écoles. Elle explique que les établissements ont été prévenus très peu de temps avant l’annonce du plan. « On avait une semaine pour organiser les débats, puis une semaine pour envoyer le compte-rendu, se souvient-elle. Neuf établissements ont été sollicités, cinq ont participé. » Au sein d’AgroParisTech, se sont les représentants élus des étudiants qui se sont chargés d’organiser quatre débats. « Des membres du gouvernement se sont déplacés pour les débats, ça avait l’air sérieux. Je me suis dit “Génial, je vais avoir un vrai impact, ce sera peut-être pris en compte.” »
Après le débat, le directeur de l’école de l’époque propose de « poursuivre ce dialogue. On s’est réunis entre étudiants motivés, on a attendu le discours, raconte Anna. Quand on l’a entendu, j’ai été plus que déçue. Je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi tourné vers la technique, la génétique, la robotique. On s’est dit : il est vraiment à côté de nous ! D’où viennent ses propositions ? C’est pour ça qu’on est allés voir ce que disaient les autres écoles. On a récupéré tous les compte-rendus. »
Lila Robert, qui vient de terminer ses deux ans de classe préparatoire au lycée agricole de Marmilhat, près de Clermont-Ferrand, a elle aussi participé aux débats, organisés cette fois-ci par les professeurs principaux. « Nous, les élèves de prépa, on a été avertis la veille, parce qu’on n’a pas de prof principal. On était en binômes, et on avait deux minutes pour répondre à chaque question. Ensuite, on a listé les propositions. Ce n’était pas vraiment un débat. »
Ensuite, dans le lycée de Lila, plus personne n’a parlé de la consultation, ni du discours. Jusqu’à ce qu’Anna la contacte.
« Qu’ils disent que leur politique, c’est nos souhaits, ça non ! »
La lecture des compte-rendus des quatre autres écoles a confirmé ce qu’Anna pensait : la parole des jeunes a été enterrée, et n’a servi qu’à légitimer une certaine vision de l’agriculture. « Ne pas être écoutés, on s’y attendait un peu, souligne Lila. Mais qu’ils disent que leur politique, c’est nos souhaits, ça non ! » En écrivant leur tribune (1), les étudiant·es ont d’abord voulu rétablir la vérité. Ils remarquent par exemple que «les termes ” légumineuses “, ” justice sociale “, ” lutte biologique “, ” agroécologie “ n’y sont pas évoqués. Pourtant, chacun de ces termes apparaissent à plus de dix reprises dans les compte-rendus des débats étudiants. À l’inverse, le terme ” génétique “, prononcé trois fois dans le discours, n’est évoqué qu’à deux reprises dans l’ensemble des débats. »
Pour les auteur·es, il y a aussi un « enjeu de montrer que nous sommes porteurs de solutions pertinentes », explique Anna, qui aimerait « continuer à réfléchir sur l’agriculture de demain ».
Lisa Giachino
(1) Récupérer les compte-rendus, les dépouiller, rédiger le texte et collecter des signatures a pris du temps aux étudiant·es, ce qui explique le délai écoulé entre le discours de Macron et la publication de leur tribune.








