La dernière remise de diplômes d’AgroParisTech a fait du bruit : huit jeunes sont montés sur scène pour dire leur refus d’emprunter les chemins de l’agroindustrie, et inviter leurs camarades à prendre la tangeante.
Le 30 avril à Paris, lors de la cérémonie de remise des diplômes de l’école d’ingénieurs AgroParisTech, le discours de Lola Kerafon est annoncé sur l’écran. Musique, lumières. Mais Lola n’entre pas seule sur scène. Sept autres étudiantes et étudiants sont avec elle pour lancer à leurs camarades un appel à déserter. « Nous sommes plusieurs à ne pas vouloir faire mine d’être fiers et méritants d’obtenir ce diplôme, à l’issue d’une formation qui pousse globalement à participer aux ravages sociaux et écologiques en cours, commence Lola. Nous ne nous considérons pas commes les ” talents d’une planète soutenable “. Nous ne voyons pas les ravages écologiques et sociaux comme des ” enjeux ” ou des ” défis ” auxquels nous devrions trouver des solutions entant qu’ingénieurs. Nous ne croyons pas que nous avons besoin de ” toutes ” les agricultures. Nous voyons plutôt que l’agroindustrie mène une guerre à tous les paysans partout sur la Terre. Nous ne voyons pas les sciences et techniques comme neutres et apolitiques. Nous pensons que l’innovation ou les start-up ne sauveront rien d’autre que le capitalisme. »
« Désertons avant d’être coincés par des obligations financières »
Les étudiant·es s’adressent alors à « celles et ceux qui doutent », pour les inviter à « chercher leurs propres chemins ». L’une d’entre eux explique : « Nous avons suivi des personnes qui luttent, qui nous ont permis de voir l’envers des projets sur lesquels nous aurions pu travailler en tant qu’ingénieurs. » Tour à tour, les jeunes diplômé·es ont enfin partagé leurs projets de vie : installation agricole en collectif, engagement sur une Zad ou auprès des Soulèvements de la Terre, bifurcation vers le dessin… Loin des parcours de jeunes cadres dynamiques auxquels ils et elles semblaient destiné·es, avec « un burn-out à 40 ans » en ligne de mire.
À écouter
Dan*, 28 ans, diplômé de Centrale Paris, qui a déserté depuis 2019 pour renouer avec la terre et trouver un sens à son métier.
Ingénieur déserteur, il revient à la terre
À voir
En 2014 déjà, Mathieu Dalmais expliquait dans une conférence gesticulée pourquoi il avait refusé son diplôme d’ingénieur.
Pour aller plus loin
L’association Ingénieurs sans frontières réunit des étudiant·es et jeunes ingénieurs et met en place « des actions de solidarité et d’éducation populaire pour une technique au service d’un monde plus juste, dans une démarche de déconstruction des dominations et des interdépendances génératrices d’inégalités ».







