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Xavier Boileau, designer à Boulogne-Billancourt, est sourd de naissance. Il raconte les vibrations, et aussi la discrimination.
Toi l’entendant, si tu touches une grande enceinte lors d’un concert, tu sentiras une grosse vibration dans ta main. C’est exactement ce que ressentent les sourds, dans tout leur corps, des pieds à la tête en passant par le ventre. Et ils adorent ça ! Je sens, comme la plupart des sourds, ces vibrations des sons graves. Les sons aigus sont plus difficiles, voire impossibles à percevoir pour nous.
Pour sentir la musique, nous devons monter le son à fond, ce qui n’est pas très agréable pour les voisins, surtout quand on est confiné dans un appartement, comme ma compagne et moi en ce moment. On a toutefois la possibilité d’écouter de la musique via nos appareils auditifs connectés.
Là où nous sentons le plus les vibrations, c’est dans les lieux que tu trouves bruyants : bars, festivals, discothèques, etc. Les sourds adorent la fête de la musique ! Personnellement, j’aime bien rester devant un petit concert en plein air pour recevoir « physiquement » les ondes sonores. Je prends aussi un réel plaisir à « écouter » différemment la musique. Côté sensations, j’ai du mal avec les musiques d’orgues, que je trouve ennuyeuses. Je préfère les rythmiques dynamiques (pop-rock, funk, musiques latino-américaines). Certaines percussions donnent des vibrations très agréables.
Ces ondes puissantes que nous sentons dans le corps peuvent aussi provenir du passage d’une grosse moto ou d’un avion de chasse ; quand on croise un marteau-piqueur – pas très agréable ! ; ou encore quand une grosse voiture accélère rapidement – un joli bruit ! Concernant les sons de la nature, c’est surtout les vibrations de l’air des coups de tonnerre que je ressens très fort.
« Lire sur les lèvres demande beaucoup d’effort »
Grâce à ma surdité, j’ai donc développé ce « sens » de la vibration. Également, j’ai sûrement développé une attention visuelle plus grande, notamment pour l’expression des visages, ainsi que pour la captation des mouvements. Mais la surdité reste un handicap ! Le principal obstacle est lié à la participation sociale. Lire sur les lèvres demande beaucoup d’effort, il m’est donc très difficile de suivre une conversation d’un groupe d’entendants. Il m’est également très difficile voire impossible d’être écouté selon les contextes. Très concrètement, je me retrouve ainsi exclu des interactions sociales dans un lieu où je me trouve être présent.
Certains entendants craignent d’entrer en relation avec des sourds parce que nous nous exprimons différemment. J’ai quand même l’impression que les choses évoluent de façon positive. De plus en plus de gens prêtent attention à articuler quand ils parlent, apprennent les bases de la langue des signes. Mais la discrimination existe encore. Trop d’entreprises ont encore peur d’embaucher un sourd alors qu’il a les compétences requises. Il faut continuer la sensibilisation, c’est primordial pour tordre le cou aux idées reçues.
Il y a aussi l’accueil de certaines administrations, l’absence de sous-titrage ou d’interprétation pour nombre d’informations orales… Un exemple parmi d’autres : quand un TGV, soi-disant à la pointe de la technique, s’arrête en rase campagne, je dois demander à mon voisin ce qu’il se passe, combien de temps le train est bloqué, etc. Encore faut-il que ce voisin soit disposé à communiquer ! »
Recueilli par FG
> Site web de Xavier Boileau : http://xamediart.com








