Le dernier long-métrage d’animation de Bill Plympton met en scène un cow boy et sa guitare, en lutte contre un maire corrompu dont les grands projets menacent de détruire un village de pêcheurs. L’âge de faire en profite pour se pencher sur quelques résistances outre-atlantique. Car les États-Unis sont le pays de Donald Trump, mais aussi celui de luttes sociales, antiracistes et écologistes acharnées.
Confortablement allongé sur son large et fidèle destrier, Slide taquine sa guitare. Une rengaine langoureuse et chaloupée s’en échappe. Mais qu’il fait chaud… Qu’il fait soif… Les lèvres du cow boy solitaire sont aussi sèches et friables que la terre craquelée sur laquelle il avance. Les vautours rôdent, les chiens de prairie sont aux aguets, le spectre de trois immenses arbres aux pendus annoncent un sombre présage. Et voilà qu’un orage torrentiel éclate. Slide se réveille aux abords de Sourdough Creek…
Nous sommes en 1940. Cette ville forestière est administrée par un maire vulgaire, corrompu et tyrannique. Lui n’aime pas la musique lente. Il exécute en direct et sans scrupule les guitaristes qui en jouent sur la scène du Lucky Buck, le « Rennes chanceux ». Tout à la fois cabaret, maison-close et église, cet établissement concentre la ville et ses vices. Le bureau du maire y est installé, d’où il écoute, observe ses administrés et leur sert la messe à coups de frayeurs sataniques. Avec son frère jumeau, il n’hésite pas à planifier la construction d’un complexe hôtelier de luxe, Monte Carlo del Norte, et d’un énorme barrage, pour satisfaire l’équipe hollywoodienne d’un film à gros budget. Le tournage a lieu dans une semaine ? Qu’à cela ne tienne, il ne reste qu’à raser les maisons des pêcheurs, tronçonner fissa les forêts vivantes de ce splendide territoire et construire. C’est sans compter sur la résistance locale et son vengeur masqué.
Dessins et musiques s’emmêlent
Pour ce long-métrage d’animation, préparez vos mirettes. Bill Plympton a tout dessiné à la main et ne ménage pas ses spectateurs, qu’il envisage adultes. « Une rupture par rapport à la production numérisée des grands studios – et une chose faite avec amour et passion », revendique-t-il. Corps excentriques, excessifs, déjantés… Personnages qui le sont tout autant dans leurs travers ou leurs sensibilités… Les images nous assaillent, avec « une violence choquante et un humour sexuel » assumés. Courses-poursuites, batailles de pelleteuses, remue-seins mécaniques, serial-killers aux corps-mitraillettes… Les gags s’enchevêtrent, improbables et rocambolesques, dans des caricatures qui rappellent aussi de tristes vérités des luttes : morts sur les chantiers, manipulation des foules, injustices… Le tout sur fond de peur du « démon » – insecte géant et sensible – et de coup de foudre amoureux entre les deux dernières recrues du Rennes chanceux : Delilah, la nièce du shérif et Slide, venu remplacer le dernier guitariste flingué sur scène. Slide est capable de tout et surtout de gagner les corps, les cœurs et les luttes avec les mélopées de sa guitare lapsteel. « J’ai toujours pensé que l’animation était bien plus attrayante accompagnée par de la musique de qualité. » Et en effet, de nombreux airs ponctuent et adoucissent les mœurs de ce « western noir » en forme de comédie musicale, film infatigable où les passions des personnages sont interprétées en dessins, musiques et chansons expressives et touchantes.
Lucie Aubin
> Duel à Monte Carlo del Norte, Bill Plympton, ED Distribution, en salles le 5 novembre







