Au XVIIe siècle, Galilée a payé le prix de l’obscurantisme religieux, après avoir soutenu que la Terre tournait autour du Soleil. Il évita la peine de mort en se rétractant, mais fut tout de même assigné à résidence pour le restant de ses jours. En pleine période d’Inquisition, il était interdit de s’interroger sur les dogmes de l’église, selon laquelle la Terre était immobile, au centre de l’univers. « Et pourtant, elle tourne », aurait marmonné le scientifique suite à sa condamnation*. Parce que oui, en vrai, elle tourne …
Ces temps nous semblent loin. Nous bénéficions aujourd’hui de la liberté de choisir notre religion ou de ne pas en avoir du tout – ce qui concerne d’ailleurs plus de la moitié des personnes habitant en France – et de ne pas avoir à subir les dogmes religieux. Vive la liberté de conscience !
Le 1er juin, le doctorant Achille Baucher devait soutenir sa thèse en informatique à l’université de Grenoble. Il a passé 43 mois à la bosser, et a franchi toutes les étapes requises : validation du sujet, des rapporteurs, du jury … Tout se passait bien, donc, jusqu’à ce que le président de l’université interdise la soutenance. « Ça n’arrive jamais, surtout à moins d’un mois de la soutenance, après plus de trois ans de travail, et alors que le sujet est connu depuis le début ! », s’indigne Romain Couillet, son directeur de thèse.
Mais quel est, au juste, le sujet de celle-ci ? « Désescalade numérique, recherche-action dans l’écosystème grenoblois ». En voici quelques-unes des premières lignes : « Nous vivons une époque dans laquelle les dégâts causés par l’expansion industrielle tendent à être aussi incontestables que la responsabilité de l’escalade numérique dans ceux-ci. Cependant, (…) les efforts menés par la communauté des chercheuses et chercheurs en mathématiques appliquées et en informatique pour enrayer ces nuisances et mitiger le déferlement numérique restent superficiels. Au contraire, ils contribuent bien souvent à une escalade des moyens technologiques et à troubler notre compréhension du problème. En s’appuyant sur d’autres mouvements qui combattent depuis quelques décennies l’escalade technologique, ce manuscrit tente de dépasser le conditionnement opéré par le cadre institutionnel. » Hérésie des temps modernes ?
C’est ainsi qu’on pourrait analyser l’interdiction formelle de soutenir cette thèse, signée par le président de l’université grenobloise. Car la véritable religion de notre époque, c’est le Progrès, notamment dans sa forme récente, numérique. Même le Pape, qui a appelé fin mai à « désarmer » l’intelligence artificielle, semble voir en lui un sérieux concurrent … Il paraît en tout cas interdit de critiquer le Progrès, d’affirmer qu’il repose sur des crimes, qu’il constitue un danger grave pour l’habitabilité de la planète et qu’il convient donc de le combattre.
Et pourtant, il ne tourne pas rond.
Texte : Nicolas Bérard Affiche : C. Leval / Extinction Rebellion
* Cette citation relèverait de la pure légende.









