Ce mois-ci, le hasard a trouvé une chanson ayant un petit lien avec notre dossier (sur les plantes sauvages) : son refrain, sans en vanter les vertus, évoque une plante médicinale bien connue et que l’on peut fumer, souvent illégalement. Sa musique, au moins aussi connue que la marijuana, n’est pas seulement celle d’une comptine ou d’un folklore hispanique. L’entendez-vous déjà quand vous lisez son titre : « La Cucaracha » ? Un petit air qui sautille dans votre tête pour y rester un moment… Les paroles ont tant de fois été réécrites au fil d’événements historiques que certaines versions ont désormais leur place dans les carnets de chorales militantes.
Les pattes et les poils
Poétiquement, la forme est celle d’un corrido, une ballade narrant souvent des faits sociaux, des histoires d’oppression… Certains font remonter ses premières occurrences écrites avant 1492, pendant la Reconquista, avec des paroles censées galvaniser les soldats espagnols contre les Maures. Dans l’une de ses nombreuses versions, elle raconte l’histoire d’un cafard à qui il manque une patte, puis deux, arrachées par les habitants de la cuisine où il se promène. Pour se venger, il fait venir tous ses copains pour y danser. Peut-être est-ce pour cela que les reprises parlent assez souvent de faire, avec les jambes ou la barbe de l’ennemi, un outil pour triompher de lui, ou un trophée.
Postérité mexicaine
Avant de revenir à nos oreilles, elle fut importée de l’Espagne au Mexique où dès le XIXe siècle, elle accompagna de nombreuses étapes de l’histoire du pays. Les couplets seront régulièrement revisités et c’est principalement de la Révolution, dès 1910, que viennent les paroles transmises aujourd’hui dans les chorales de lutte. Le refrain à la marijuana décrivait Victoriano Huerta, président du Mexique de 1913 à 1914, ayant trahi et assassiné son prédécesseur Francisco Madero, l’une des figures des débuts du mouvement révolutionnaire. Huerta passait alors pour un cafard, à cause de ses lunettes noires et de sa démarche d’alcoolique, en plus de sa supposée dépendance à la marijuana. Ajoutons que le mot cucaracha désignait aussi une cigarette de cannabis. La boucle est bouclée. Plus tard, Pancho Villa puis Emiliano Zapata, ont aussi eu des couplets personnalisés, qui suggéraient d’utiliser les moustaches de Carranza, contre qui ils luttaient, pour les mettre à leur chapeau ou leur cheval.
En France, la ritournelle s’est faite connaître sous le régime de Vichy, par la voix de Pierre Dac qui la chantait en guise de générique de l’émission de la BBC pour la France, avec ce slogan : « Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand ». Si vous chantez « La Cucaracha », décryptez donc bien les paroles avant… si vous ne les avez pas vous-mêmes réinventées !
Lucie Aubin
Quelle version écouter ?
Sur l’internet mondial, vous tomberez tout de suite sur des versions par des groupes de mariachis, ou encore, celle des Gipsy kings, quand ce ne seront pas des comptines avec dessins animés.
Mais pour vous éviter d’avoir cette ritournelle collée dans les oreilles pendant plusieurs jours, tentez cette version instrumentale, dont les quelques variations apportent une légèreté bienvenue.
Ou encore, plus fort et bien plus éloignée de l’originale, cette réécriture par la chanteuse mexicaine Lila Downs, dans son album Uma Sangre.
Les paroles :
Vous l’aurez compris, il en existe beaucoup de différentes. Voici celles de Lila Downs.
La cucaracha que ya no puede caminar
Porque no tiene, porque le falta
La marihuana, marihuana que fumar
En la misa y en la feria
Todo el mundo ya lo sabe
Los que llegan al gobierno
Porque se puede comprar
Del partido comunista
Ya no queda casi nada
Ahora todos van buscando
Como hacerse millonadas
Refrain
La cucaracha
La cucaracha, muchacha
La cucaracha
La cucaracha
Fue la junta de naciones
A poner en sus opiniones
Todos no estaban de acuerdo
Cuándo y dónde bombardear
Se sientan los presidentes
En la silla del gobierno
Luego mandan a la guerra
A la gente de su pueblo
Refrain
La cucaracha
Ay, la cucaracha
La cucaracha
La cucaracha, la cucaracha
Que ya no puede caminar
Porque no tiene, porque le falta
La marihuana que fumar
La marihuana que fumar
Guaracha, muchacha, que vamo’ a guarachar
Va una cucaracha que quiere comerciar
Toca, loca ábreme la boca
Búscame una coca que no quiero trabalear
Mica, rica para zapatear
Pido a Victor Jara no me vaya a doblegar
Chama, chama al Ché Guevara
Una petición, una cucaracha
Por culpa y omisión
La cucaracha, la cucaracha
Que ya no puede caminar
Porque no tiene, porque le falta
La marihuana que fumar
La marihuana que fumar
Todos se pelean la silla
Que les deja mucha plata
En el norte Pancho Villa
Y en el sur viva Zapata
Ya murió la cucaracha
Ya la llevan a enterrar
Entre cuatro zopilotes
Y un ratón de sacristán
Refrain
La cucaracha
La cucaracha
Ay, la cucaracha, señores







