Contre l’obésité la souveraineté alimentaire

Nous allons assister globalement à une très forte hausse du nombre de personnes souffrant de certains types de cancer, de diabète, d’accidents vasculaires cérébraux ou de crises cardiaques », rapportent les auteurs d’une étude publiée en janvier par le groupe de réflexion ODI (1). Celle-ci note qu’aujourd’hui, déjà, plus d’un humain sur trois souffre de surpoids (2). Et ce n’est que le début : l’étude prédit une véritable pandémie d’obésité dans les pays du Sud d’ici à vingt-cinq ans. Les premiers signes sont là : la majorité des personnes en surpoids se trouve désormais dans les pays « en développement ». En moins de trente ans, leur nombre y a quadruplé. Comme un symbole, le Mexique devance désormais son voisin américain : 32,8 % des adultes mexicains sont obèses, 70 % en surpoids.
Les nutritionnistes expliquent l’augmentation de l’obésité dans les pays émergents par la « transition nutritionnelle » : « Plus de densité calorique et énergétique, plus de gras et de sucre, l’augmentation de la taille des portions, une nourriture plus accessible et disponible, la perte des modèles culturels traditionnels sont autant de facteurs qui caractérisent cette transition nutritionnelle », analyse le professeur Arnaud Basdevant (3). Dans certains pays, en particulier en Amérique du Sud, cette transition est si brutale qu’ « on observe la coexistence dans une même région, une même ville, voire dans une même famille, des cas de dénutrition et de surpoids », témoigne le spécialiste. Selon lui, les plus pauvres sont les plus vulnérables :

Plus les changements de comportements alimentaires sont rapides, plus l’obésité s’installe rapidement.

UN JOUET OU UNE PIZZA…
Idem dans les pays riches : les catégories les moins favorisées sont celles qui sont les plus touchées par l’obésité. La France compte ainsi deux fois plus d’obèses chez les ouvriers que chez les cadres (4). Des sociologues font un lien avec le degré d’«éducation à l’alimentation » : « Les plus diplômés sont ceux qui ont l’alimentation la plus saine parce que ce sont ceux qui s’intéressent le plus aux liens entre nutrition et santé », commentent les experts du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc). La lutte contre l’obésité passe donc par des campagnes d’information nutritionnelle.
Les auteurs de l’étude d’ODI invitent aussi les pays émergents à mener des campagnes d’information nutritionnelle s’ils ne veulent pas subir une épidémie d’obésité qui plomberait leurs systèmes sociaux.
Mais selon eux, de telles campagnes ne suffisent pas. A leur crédit, l’exemple sud-coréen, où la consommation de fruits a été multipliée par 4 en moins de trente ans et où la proportion de personnes obèses n’a jamais cessé d’augmenter, en particulier chez les plus défavorisées. Mais pourquoi donc les pauvres, même aussi bien informés, continueraient-ils à avoir de mauvaises habitudes alimentaires ? Il s’avère que l’obésité ne relève pas seulement de la responsabilité individuelle, mais aussi de la société dans laquelle on vit, rappelle Marie Citrini, secrétaire générale du collectif national des associations d’obèses (5) :
« Quand on a 50 euros en poche pour faire les courses, on compense les jouets que l’on ne peut pas acheter par l’achat de boissons sucrées, de frites, de pizzas. Parce que l’on veut faire plaisir à ses enfants et que ces plaisirs-là ne coûtent pas très cher. »
Les auteurs de l’étude d’ODI appellent les pouvoirs publics à prendre des mesures pour limiter la malbouffe. L’économiste José Cuesta invite aussi les dirigeants à prendre des mesures pour réguler la variations des prix des produits agricoles : « avec la persistance de prix alimentaires soutenus et probablement de plus en plus instables, les “mauvaises” calories tendent à coûter moins cher que les bonnes. On le voit avec le phénomène de la malbouffe dans les pays développés tandis que, dans les pays en développement, les ménages pauvres sont contraints de consommer des aliments moins nutritifs sous l’effet de crises récurrentes. » Ainsi, il ne suffit pas d’inciter à « manger des pommes » : la lutte contre la malbouffe, pour la souveraineté alimentaire et contre la spéculation sur les produits alimentaires apparaît au moins aussi indispensable.

Fabien Ginisty

• 1- The Overseas Development Institute (ODI) est un « think tank », un « laboratoire d’idées » anglais. • 2- Les scientifiques parlent de surpoids quand l’indice de masse corporelle (IMC) est supérieur à 25, et d’obésité quand l’IMC est supérieur à 30. L’IMC est égal au poids en kg divisé par la taille en mètres au carré (p/t2). Par exemple, une personne mesurant 1.65 m sera en surpoids à partir de 68 kg, et considérée obèse à partir de 82 kg. • 3- Dans Le Monde du 06/01. • 4 – D’après la dernière enquête nationale sur l’obésité et le surpoids. • 5 – Dans Bastamag le 07/01.

 

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