Contrôlons le gouvernement plutôt que les chômeurs

Par Sabina Issehnane, économiste atterrée.

Après les déclarations de François Rebsamen, ministre du Travail, sur la nécessité de contrôler les chômeurs, le rapport sur l’expérimentation dédiée au contrôle des demandeurs d’emploi vient d’être rendu public. Ce rapport, qui n’a aucune vocation scientifique, montre des résultats qui ne peuvent être utilisés qu’avec prudence, comme l’affirme aujourd’hui le directeur de Pôle emploi. Pourtant, pendant près d’une semaine, a résonné sur toutes les ondes un résultat erroné, selon lequel un chômeur sur cinq ne recherchait pas un emploi.
Rappelons que, depuis début 2014, Pôle emploi a mis en place une nouvelle offre de service qui distingue trois types d’accompagnement, selon les besoins du demandeur d’emploi : « renforcé », « guidé », « suivi ». Un conseiller suit ainsi en moyenne 181 demandeurs d’emploi en portefeuille « suivi », 108 demandeurs d’emploi pour un portefeuille « guidé », et 56 demandeurs d’emploi pour l’accompagnement « renforcé ». Derrière ces moyennes, se cachent d’importantes disparités, notamment territoriales : un conseiller peut être amené à suivre plus de 400 personnes.
En 2013, Pôle emploi déclare que le contrôle pour insuffisance de recherche d’emploi a conduit à environ 1 175 chômeurs radiés par mois. On peut donc s’interroger, dans ces conditions, sur l’utilité de créer des équipes de contrôle de la recherche d’emploi…
Quoiqu’il en soit, l’expérimentation dont il a été question sur les ondes a été mise en œuvre dans neuf agences de trois régions différentes. En moyenne, sur les trois régions, 17 % des 6 572 demandeurs d’emploi contrôlés ont été radiés.
Chômeurs de longue durée
L’expérimentation comporte cependant plusieurs biais. D’abord, les résultats sont fortement dépendants des modèles de ciblage retenus pour les contrôles, selon que ces derniers s’appuient davantage sur des requêtes ciblées à partir de la situation du demandeur d’emploi, que sur des requêtes aléatoires. En outre, les radiations ont été pour l’essentiel d’une durée de 15 jours et le taux de réinscription après radiation a été de 61 à 71 %. Enfin, seuls les chômeurs avec plus de 4 mois d’ancienneté ont été contrôlés. Les chômeurs sanctionnés sont ainsi en majorité des chômeurs de longue durée et sont moins souvent indemnisés. Rappelons juste que moins de la moitié des demandeurs d’emploi sont indemnisés au titre du chômage et que les bénéficiaires de l’assurance chômage perçoivent 1100 euros par mois en moyenne. Contrairement à ce que voudrait nous faire croire le gouvernement, nous sommes donc loin d’une armée de chômeurs vivant sur leur allocation sans rechercher un emploi.

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