« We want bread, but we want roses too. » : « Nous voulons du pain, mais nous voulons aussi des roses. » Des roses ? Oui, « Les roses de la vie, de la musique, de l’éducation, de la nature et des livres » (1). Car les corps ont faim, certes, mais les cœurs aussi. D’autant plus quand on trime 10 heures par jour pour gagner maigrement son pain. C’était l’une des revendications de Helen Todd, inspectrice du travail qui en 1910, fit une tournée avec quatre camarades du groupe de femmes de Chicago, pour réclamer le droit de vote. À bord d’une voiture, elles ont harangué les foules ébahies, dans les rues de l’Illinois.
Du discours d’H. Todd est né un slogan, « bread and roses », dont James Oppenheim, romancier s’intéressant aux difficultés du monde ouvrier, fit un poème. En janvier 1912, la phrase sera l’emblème d’une grève importante, surnommée aujourd’hui « grève du pain et des roses » : celle des ouvriers immigrés des usines textiles de la ville de Lawrence, dans le Massachusetts.
Des immigrés et des femmes !
Au cœur d’un rude hiver, des employées polonaises d’une usine de coton découvrent qu’elles touchent 2 heures de salaire en moins par jour. Le temps de travail hebdomadaire avait baissé, certes, mais de 2 heures par semaine, passant de 56h à 54h, conformément à une loi qui venait d’être adoptée. Même constat dans les autres usines textile du secteur. La grève démarre. Elle durera 54 jours, mobilisera jusqu’à 23 000 employé-es de multiples nationalités et sera coordonnée par le syndicat IWW, Industrial workers of the world. Lors d’une première manifestation, la police tire à balles réelles, tuant Anna Lo Pizzo qui était au devant du cortège avec d’autres femmes et des enfants. Plus tard, un ouvrier mourra aussi sous une baïonnette. Au terme de plusieurs événements (2), les grévistes obtiendront gain de cause. La mobilisation aura tenu tête aux persiflages des patrons et syndicats conservateurs prétendant qu’autant d’immigrés et de femmes étaient incapables de s’organiser. Pour le rôle important que ces dernières ont joué, « bread and roses » est encore un slogan proche des luttes féministes. (2)
Mimi Farina, sœur de Joan Baez, mit le poème d’Oppenheim en musique, en 1976. C’est la version que l’on entend le plus souvent aujourd’hui. Une scène emblématique fait honneur à cette chanson dans le film Pride, sorti en 2014, relatant le soutien de la communauté LGBT aux mineurs grévistes du Pays de Galles en 1984.
Lucie Aubin
1 Extrait du récit de H. Todd paru dans The American magazine, sept. 1911.
2 Pour en savoir plus sur le détail de ces événements, on vous invite à regarder « Bread and Roses. Histoire d’un chant, histoire d’une grève. Lawrence, États-Unis, 1912. » – YouTube : L’Atelier d’Histoire.
Quelle version écouter ?
Sur l’internet mondial, vous tomberez d’abord sur une boulangerie, particulièrement bien référencée sur le net. Passez.
La version conseillée par la rédaction : cette interprétation a cappella, de Joan Baez, avec Mimi Farina
Et celle du film Pride, ci-dessus évoquée. Profitez-en pour voir le film tout entier. Pourquoi pas même, le documentaire arte qui retrace l’histoire du groupe LGBT londonien, emmené par Mark Ashton, ayant soutenu les luttes des mineurs du Pays de Galles en 1984.
Les paroles :
As we go marching, marching, in the beauty of the day,
A million darkened kitchens, a thousand mill lofts gray,
Are touched with all the radiance that a sudden sun discloses,
For the people hear us singing: Bread and Roses! Bread and Roses!
As we go marching, marching, we battle too for men,
For they are women’s children, and we mother them again.
Our lives shall not be sweated from birth until life closes;
Hearts starve as well as bodies; give us bread, but give us roses.
As we go marching, marching, unnumbered women dead
Go crying through our singing their ancient call for bread.
Small art and love and beauty their drudging spirits knew.
Yes, it is bread we fight for, but we fight for roses too.
As we go marching, marching, we bring the greater days,
The rising of the women means the rising of the race.
No more the drudge and idler, ten that toil where one reposes,
But a sharing of life’s glories: Bread and roses, bread and roses.
Our lives shall not be sweated from birth until life closes;
Hearts starve as well as bodies; bread and roses, bread and roses.







