La gestion de l’épidémie de dermatose bovine s’explique aussi par des raisons économiques, liées aux exportations agricoles. Elle interroge sur les stratégies gouvernementales qui favorisent l’agro-industrie.
La réponse officielle repose sur la contagiosité de la maladie, son impact sur la santé des bovins et sur les pertes de production qu’elle engendre. Au micro de France Inter, la préfète de Haute-Savoie explique : « Si nous n’enrayons pas le risque, c’est une explosion telle, que nous ne serions plus en mesure de garantir l’existence de cette race génétiquement améliorée depuis des années. Parce que sans cela d’où viendront les vaches que nous voulons remettre dans les élevages qui ont été concernés par un abattage ? Si les voisins sont atteints et les voisins des voisins. C’est cela qu’il faut stopper aujourd’hui. [ …]_Notre effort doit être rapide et radical dans les premiers temps pour pouvoir sauvegarder le maximum d’élevages voisins, pour pouvoir repeupler les foyers qui ont malheureusement connu l’abattage. » *
Manon Meunier, députée LFI de Haute-Vienne , référente sur les questions agricoles, estime quant à elle que « l’intérêt de l’abattage total est à relativiser. Pour la dermatose, avec une période d’incubation d’un mois, à partir du moment où vous actez l’abattage, ça fait un mois au moins que le troupeau est contagieux et que la maladie s’est déjà propagée. »
Classe A sans appel
Surtout, cette mesure répond aux exigences européennes. La maladie est classée A dans la loi de santé animale, c’est-à-dire qu’elle doit être éradiquée immédiatement. « On sent que le gouvernement est plutôt dans une obstination sanitaire pour répondre aux attentes de l’Europe, pour être sûr de ne pas perdre son classement », exprime Manon Meunier. Ce classement, c’est celui de pays « indemne ». Une zone touchée par une maladie de classe A voit ses exportations gelées. En cas de vaccination également, pour au moins 14 mois. Un pays peut circonscrire cette zone, afin que le reste de son territoire reste préservé de la maladie. Mais tous les pays extérieurs ne reconnaissent pas forcément ces délimitations. Ainsi, les exportations sont interdites pour tout élevage de la zone réglementée. Cela concerne la viande, les produits laitiers, mais aussi les semences et embryons, ainsi que les transferts d’animaux, au sein de l’Europe et avec des pays tiers. L’enjeu économique pour les filières bovines est de taille. La France dépend par exemple beaucoup de l’Italie – elle aussi touchée par la DNC – pour l’engraissement des « broutards », veaux de vaches laitières et vendus pour leur viande. Pour la députée de Haute Vienne, « la pression politique devrait se tourner vers l’Europe, pour obtenir une dérogation temporaire et à terme, faire en sorte d’être souverains en France ».
De plus en plus d’épidémies
Développer le travail de sélection, travailler sur l’immunité naturelle, avoir des activités agricoles plus diversifiées pourraient faire partie des moyens de lutter, ou tout du moins de s’adapter aux épidémies à venir. « Le plus efficace, c’est la vaccination, pour le coup », selon Manon Meunier. Mais là encore, une question de souveraineté s’invite. Cet été, les vaccins ont dû être importés d’Afrique du sud. Pour la fièvre catarrhale ovine qui a décimé les troupeaux de brebis durant l’été 2024, le temps avait été long avant de recevoir les vaccins d’Espagne. « Il faut réindustrialiser en France la production de nos vaccins », estime la députée. D’autant que les épidémies, notamment celles véhiculées par des pullulations d’insectes lors de fortes chaleurs, devraient augmenter. « L’impact des maladies est différent selon les situations. C’est lié aussi à l’industrialisation. On a spécialisé, donc fragilisé les animaux. Il y a un moment où il va falloir travailler sur l’immunité des troupeaux et développer un pôle de recherche et d’expérimentation. Il faut de la prudence et de l’humilité face aux maladies », ajoute Stéphane Galais, de la Confédération paysanne. Pour Manon Meunier, avec la stratégie du gouvernement déployée pour la DNC, « on va détruire trop de filières, d’élevages extensifs et on va accompagner la transformation du modèle d’élevage [vers de l’intensif]. » En effet, l’article 3 de la loi Duplomb, qui allège certaines règles environnementales pour l’élevage (lire p. 23 du journal n°209), vise à « tout donner à l’agro-industrie, à favoriser l’élevage industriel par rapport à l’élevage extensif qui fait des paysages, des filières, des terroirs… C’est une vraie question de société. Si on ne change pas cette vision c’est qu’on n’a pas compris que les épidémies vont s’accélérer._»
Lucie Aubin
* L’info d’ici, 15/07/25








