Réformer l’assurance-chômage pour développer la précarité

La réforme de l’assurance-chômage s’inscrit dans les objectifs du gouvernement : affaiblir la protection sociale, obliger les salariés à accepter n’importe quel emploi.
Au début de l’année, le gouvernement a exigé que les allocations chômage soient réduites de 1,5 milliard d’euros par an. Pourtant, celles-ci n’étaient déjà pas généreuses : 1010 euros par mois en moyenne ; 44 % seulement des demandeurs d’emploi sont indemnisés par l’Unedic.
Certes, depuis 2008, l’assurance chômage a accumulé 37 milliards de dette. Mais, ce ne sont pas les chômeurs qui en sont responsables. C’est la crise financière puis les politiques d’austérité qui ont maintenu le taux de chômage au-dessus de 8,25 %, taux qui assure l’équilibre financier de l’Unedic. Par ailleurs, l’Unedic finance le fonctionnement de Pôle emploi, ce qui représente chaque année 3,5 milliards d’euros. Sans ce transfert, l’Unedic n’aurait pas de dette. En 2020, l’Unedic devait être en équilibre. La baisse exigée des prestations vise à montrer au patronat et à Bruxelles que le gouvernement réduit les dépenses publiques.
Cette baisse s’accompagne d’un discours idéologique. Ce serait les chômeurs eux-mêmes qui sont responsables de leur chômage. Ils préfèrent vivre des prestations plutôt que traverser la rue pour trouver un emploi. En fait, il y a au plus 300 000 emplois vacants pour 6 millions d’inscrits à Pôle emploi ; 45% des chômeurs occupent des emplois précaires à temps très partiels. Cela n’empêche pas le gouvernement de prétendre, sans le moindre fondement, que la baisse des prestations chômage ferait baisser le nombre de chômeurs de 200 000.

Allocation divisée par deux

À partir du 1er novembre, il faudra avoir travailler 6 mois sur les 24 derniers mois et non plus 4 mois sur 28 pour avoir droit à l’indemnisation, ce qui privera d’allocation 250 000 chômeurs parmi les plus précaires.
À la suite du mensonge de Muriel Pénicaud selon laquelle 20 % des chômeurs touchent plus que s’ils travaillent, l’allocation sera calculée sur le salaire mensuel et non plus sur le salaire journalier. Un salarié en chômage partiel, qui n’a pu travailler que la moitié du temps sur la période de référence, verra son allocation divisée par deux par rapport à la situation actuelle, s’il passe en chômage total.
Pour les allocations chômage comme pour les retraites, Macron veut étatiser la Sécurité sociale, faire oublier que ses ressources, c’est l’argent des salariés que les syndicats sont légitimes à gérer. La réforme, décidée sans tenir compte de l’avis des syndicats, est passé par décrets, sans vote du parlement. C’est la négation de la démocratie sociale et politique.

Henri Sterdyniak, économiste atterré