Sur scène, Amélie Chamoux et Laurent Eyraud-Chaume interprètent une panoplie de personnages. Sans décor ou presque, ils font le pari de stimuler l’imaginaire du public
Amélie Chamoux et Laurent Eyraud-Chaume travaillent ensemble depuis plus de vingt ans. Avant Le pas de l’oiseau (lire notre reportage), ils faisaient déjà partie de la même compagnie. « Pile ou versa » proposait alors un théâtre itinérant dans les Hautes-Alpes, avec chapiteaux et caravanes. « On faisait du théâtre assez corporel, clownesque, on était beaucoup sur la pitrerie, avec des costumes très colorés, se souvient Amélie. Au bout de six ou sept ans, on a eu envie d’un autre genre de théâtre, avec un rapport au texte et à l’écriture… et plus de sédentarité. »
Ils reprennent alors, à Veynes, une association en sommeil, Le pas de l’oiseau, que Jean-Pierre Sauvet, son fondateur, leur a confiée. « Ce qui était formidable, avec Jean-Pierre, détaille Amélie, c’est qu’il avait toute une pédagogie avec les enfants, pour leur apprendre à faire du théâtre. Comment transmettre le théâtre à des enfants qui ont du mal à retenir un texte ? Et déjà même, à s’exprimer ? Aborder le théâtre avec les enfants par le texte, c’est aller à l’échec ! » Les deux comédiens décident alors de reprendre le flambeau, associatif et pédagogique. Puis, Laurent part faire un stage avec un grand nom du renouveau du conte, qui inspirera beaucoup leurs techniques : Pépito Matéo.
STIMULER L’IMAGINAIRE
« Cela a été une révélation !, se souvient Amélie. Il est revenu avec 15 minutes d’un début de spectacle, il me l’a montré et je lui ai dit : “Banco Laurent, on fait la suite !” » Ce premier spectacle, qui s’appelle L’héritage, lance leur compagnie. Petit à petit, Laurent et Amélie découvrent une identité, celle du théâtre-récit. C’est l’art d’utiliser des techniques de conteurs, qui font qu’on est complètement absorbés par un récit, quel que soit ce qu’il se passe sur scène.
« Tout est basé sur la réflexion d’écriture contemporaine, que veut-on raconter ? Voilà les fondements d’un spectacle, il faut pouvoir être sur un plateau et se dire, avec presque rien, on fait partir les gens très loin. » Sur leurs planches, quasi sans décor, on oscille entre personnage et conteur. C’est un défilé organisé, « on aime faire une panoplie de personnages, on passe de l’un à l’autre et ça surprend les gens ! Si c’est bien écrit au départ, le public ne se perd pas, il suit le fil. Dans notre façon de faire du théâtre, on affirme haut et fort que le spectateur fait 50 % du boulot, et nous on fait les 50 autres. C’est stimuler l’imaginaire du spectateur, ce que font les conteurs », confie Amélie.
Les comédiens sont traversés par les questions de la communauté des hommes et des femmes, de l’intime et du collectif, de l’imaginaire et du réel. Le « comment faire pour bien vivre ensemble ? » Leurs spectacles chorale, où il y a énormément de personnages, parlent toujours de groupes humains. Leurs spectacles sont joués un peu partout en France. Dans les Hautes-Alpes, Laurent effectue même l’une de ses tournées à vélo !

Lisa Vincent
Photo du haut : Amélie Chamoux en pleine représentation de« Pistou, récit d’adolescence ». © REMI PETIT
Photo du bas : Le spectacle de Florence Férin, « Un fil… », avec les enfants du centre social de Veynes. © CLAUDE MERY







