Où peut-on trouver à la fois un bar-restaurant à base de produits locaux, une épicerie en circuit court, une recyclerie et des espaces de travail partagés ? À Veynes, dans les Hautes-Alpes, l’ancien buffet de la gare a été rénové par des bénévoles. On y vient souder, flâner, manger, faire ses courses, réparer son vélo…
« Quels sont nos rêves pour le Buëch ? » Les adhérents de l’association Court-circuit se sont posés la question lors de plusieurs rencontres. Et « c’est le projet d’une maison commune qui est sorti pour réunir les idées de chacun », raconte Aline Chipaud, la présidente. Nous sommes donc dans le Buëch, un territoire rural des Hautes-Alpes. L’association Court-circuit est née en 2014, comme association de « consomm’acteurs », en soutien aux paysans locaux. « Être ensemble et faire ensemble, c’est notre dada ! » déclare Aline.
Comme maison commune, l’association a choisi l’ancien buffet – bar-resto – de la gare de Veynes, un bourg de 3 000 habitants. Il a pu être acheté à la SNCF grâce à « l’addition d’un prêt bancaire, d’un financement participatif et de fonds propres, le tout arrosé d’un montant d’achat très très bas ». Le bâtiment de quatre étages, qui prenait l’eau depuis bien longtemps, est en bordure du village. Ses antiques escaliers en bois, sa hauteur de plafond démesurée et ses fenêtres tout en long lui donnent une allure d’un autre temps… En suivant les rails le long de la petite terrasse extérieure, on accède à l’entrée principale, et côté parking, à une autre entrée : celle de l’épicerie.
« On a des locaux, qu’est-ce qu’on pourrait en faire ? »
Les premiers bénéfices de la recyclerie ont permis de lancer au fur et à mesure les différentes activités : épicerie, bar, puis un boulanger qui a installé son fournil sur place. Ce sont les adhérent·es et les salarié·es de Court-circuit qui font tourner la boutique, en assurant des permanences. Comme tous les espaces cohabitent, on peut flâner côté fringues, chiner des ustensiles de cuisine, bouquiner, puis faire quelques courses à l’épicerie, tout ça au rez-de-chaussée. La grande salle fait à la fois salon, bar et bibliothèque. Court-circuit propose aussi des ateliers de soudure, couture, menuiserie, électricité, électronique, tricot, cuisine, et des séances hebdomadaires d’autoréparation de vélo.
Une fois toutes ces activités lancées, l’équipe lance un appel aux usagers du lieu : « On a des locaux, qu’est-ce qu’on pourrait en faire ? Que pensez-vous qu’il manque ici ? » Aline raconte qu’il « y a eu une grosse demande d’espaces de coworking ». Les membres de l’association se sont alors lancés dans un chantier de rénovation du premier étage, avec l’aide d’une entreprise et de nombreux·ses bénévoles, qui ont travaillé main dans la main. Cette coopération imprévue a égayé huit mois de travaux éprouvants pour tout le monde. « Maintenant, il y a sept bureaux d’espaces partagés et deux chambres pour accueillir des jeunes volontaires, d’ici et d’autres pays. Ce qui nous intéresse, c’est le mélange de nos cultures. Il y a aussi deux espaces de dortoirs occasionnels. La base, c’est qu’on se rencontre, soutient Aline. C’est comme ça que naissent les projets, puis le concret. »
Court-circuit, comme son nom l’indique, fonctionne en circuits courts ou directs. « On évite les intermédiaires chaque fois que c’est possible. On a décidé de soutenir le bio, pas forcément le labellisé mais le bio, détaille Aline, c’est-à-dire des productrices et producteurs qui travaillent proprement, sans intrants chimiques, qui respectent la terre et les humains. On a suivi des gens qui étaient en conversion, c’est super dur, et très courageux. J’ai pris conscience du saut qu’il faut faire pour passer du conventionnel au bio. »
Café et chocolat : des produits de luxe
On peut quand même trouver dans l’épicerie du Buffet quelques produits importés : « Par exemple, on a du café. Le torréfacteur est à Crest, il travaille avec un importateur qui rémunère les producteurs entre sept et onze fois plus qu’un producteur lambda, explique Aline. Donc le café est cher, on en boit pas un bol le matin, on en boit une petite tasse, parce que c’est un produit de luxe. » Pour Court-circuit, l’intermédiaire doit faire preuve d’une éthique extrêmement précise et exigeante. « Le cacao, c’est pareil, mentionne-t-elle. On travaille avec une petite entreprise qui est à Glandage, dans la Drôme*. On ne mange pas une tablette de chocolat par jour, on mange un petit carré. On le paye plus cher et on sait pourquoi. » Leur dernier produit arrivé est un papier toilette fabriqué en Normandie, uniquement à partir de papier recyclé. Malgré ces exigences, l’association veille à proposer des prix accessibles aux personnes touchées par la pauvreté.
Lisa Vincent







