Dans un journal de bord tenu durant la pandémie de Covid, Renaud Garcia, à la fois prof de philo et parent d’élève, décrit son quotidien bousculé au grès des changements de « protocoles » et la façon dont le gouvernement détruit l’éducation nationale.
On dit parfois d’une histoire rocambolesque qu’on pourrait en faire un roman. Mais pour parler de la gestion de l’Éducation nationale en période de Covid, il n’y a sans doute pas mieux qu’un journal de bord se bornant à décrire la stricte réalité. Renaud Garcia s’y est collé et était tout désigné pour le faire : prof de philosophie dans les quartiers Nord de Marseille, mais aussi père de deux enfants inscrits en maternelle et primaire, et « militant », notamment opposé à la numérisation de l’enseignement (et du monde en général). Trois caractéristiques qui lui ont, forcément, fait passer une année scolaire 2021-2022 particulièrement mouvementée…
Le livre a certes été imprimé en octobre 2022 mais, huit mois plus tard, il paraît peut-être encore plus précieux. Ce témoignage nous rappelle en effet ce qu’a été la période, l’incertitude permanente, les temps de confinement, les tests antigéniques, l’école à la maison, l’enseignement distanciel qui, pour l’auteur, est un « euphémisme pour “abolition de la relation d’enseignement” ». Car, explique-t-il, « on enseigne avec son corps, on est à la classe par des gestes, une attitude, une démarche, un ton de voix, des variations vocales, un regard. On occupe l’espace et, en philosophie, une pensée ne captive que si elle trouve à s’incarner dans quelqu’un, là, face à soi. »
Désorganisatin totale
Le père de famille n’est pas mieux loti que le professeur. Ainsi, chaque matinée est bercée du suspens consistant à savoir si l’Éducation nationale sera en mesure ou non de mettre un instituteur devant la classe de primaire de sa fille. Un instit’ disparaît sans plus donner de nouvelles, n’est remplacé que plusieurs mois plus tard, avant que le remplaçant ne soit affecté à un autre remplacement… Les parents doivent s’adapter, improviser des crèches dans le salon, s’associer à d’autres parents d’élèves pour faire des tours de garde…
Ce qui ressort nettement de la description de ce naufrage d’État, c’est que l’épidémie n’est qu’un exhausteur de (mauvais) goût : c’est parce que le système scolaire était déjà déliquescent que la crise Covid a abouti sur sa désorganisation totale. Or, à ces maux, la startup nation a appliqué de mauvais remèdes – dont celui de la numérisation accrue –, ce qui ne laisse rien présager de bon pour les années à venir… Dans ce bourbier, des profs, des parents d’élèves continuent de se battre. Renaud Garcia cite ainsi le philosophe Günther Anders : « Les happenings n’ont lieu que dans les moments historiques où les possibilités d’une véritable résistance, pour ne rien dire des chances de la révolution, sont égales à zéro, mais où, en revanche, le renoncement à la résistance, à la révolte ou à la révolution est chaque jour plus douloureux aux opposants. »
Nicolas Bérard
La déconstruction de l’école, de Renaud Garcia, éd. La Lenteur, 140 p., 10 €.







